jeudi 6 août 2009

Michel Cerveau, un homme bien


Michel Cerveau était concierge aux Halles de la Cité, un centre d'achats où l'on trouvait de tout sauf du silence et de la béatitude.

On y trouvait des tas de commerces et de publicités clinquantes sur écran plat.

On y trouvait aussi de la poussière et toutes sortes de détritus, sans compter ces hordes de je-regarde-et-je-n'achète-rien qui venaient paisiblement finir leurs jours dans ce décor de stucco.

Michel Cerveau nettoyait tout de A à Z. De Animalerie Bubu à Zorba restaurant grec. Tous les deux cent trois commerces.

Et il en avait marre, marre, marre.

-Faut que j'me pousse! J'm'en va's dev'nir fou moé-là!

Michel Cerveau n'était pas encore fou. Pas du tout. Il était encore tout à son ouvrage. Et de rage il travaillait en hurlant des insanités propres à de vieilles liturgies précambriennes: hostie, tabernacle, christ, bouddha, patof, rantaplan, vraiment tout passait dans sa bouche.

-Maudit calice de tabarnak de job sale de saint-sacrement d'ciboire que j't'la crisserais là c'te saint-chrême de job de cul de marde de saint-sacré-coeur qui m'fend l'cul du saint-stanislas d'hostie!

Michel Cerveau sortait tout ça sans pour autant réduire la qualité de ses services. Il passait la serpillière comme un pro, tout en sacrant, et il lisait aussi les oeuvres complètes de Pouchkine en version originale russe. Il portait bien son nom, Michel Cerveau, puisqu'il parlait deux langues, le joual et le russe.

Michel Cerveau, franchement, c'était un homme bien.

Et si j'en parle à l'imparfait, vous aurez compris que c'est parce que rien n'est parfait en ce bas monde.