vendredi 7 août 2009

Élagage


J'ai relu sans plaisir La route de Los Angeles de John Fante, un auteur surestimé, faussement perçu comme un précurseur des beatniks, eux-mêmes surestimés.

La route de Los Angeles est dans le ton de l'époque où le roman a été écrit. C'est l'histoire d'un artiste raté, Arturo Bandini, un gus qui joue au surhomme mais qui n'en demeure pas moins un artiste raté et un homme tout ce qu'il y a de plus larvaire.

J'ai rapidement décroché de cette lecture. Les atermoiements m'emmerdent. Et le moimoiement aussi. Trop de moi et il n'y a plus de place pour le lecteur. Moi, moi, moi comme si l'auteur se branlait en pensant à lui-même. Ça finit par devenir indécent ce type d'onanisme trop fréquent en littérature chez les jeunes auteurs. Bien sûr, ce livre écrit en 1933 n'a finalement été publié qu'en 1986. Franchement, il aurait été publié en 2086 que ça ne m'aurait pas fait pleurer.

J'ai profité de cette lecture ennuyante pour procéder à un élagage de ma bibliothèque. Je n'ai gardé que les classiques, les auteurs que mon coeur chérit ou bien qui pourraient m'être utiles. On ne sait pas quand on pourrait avoir besoin d'un siphon de toilette et l'on en tient un dans l'hypothèse où la chiotte déborderait. C'est pareil pour certains auteurs. Je me suis gardé Madame Bovary, au cas où je devrais me claquer cette vieille histoire du temps où les gens allaient se baigner en complet trois pièces et chapeau de paille pour attraper la siphylis. Le temps est passé vite et de nos jours les gens courent nus sur les plages en se donnant des coups d'organes génitaux sans que cela n'émeuve personne.

Aristote a résisté à mon élagage. Il s'en est fallu de peu. Sa notoriété l'a plus aidé que sa plume qui m'endort. C'est pareil pour Platon, Spinoza et Descartes. Je ne suis pas prêt de les relire. Et je les garde par prudence intellectuelle ou par snobisme, pour dire aux uns et aux autres que j'ai lu ces livres soporifiques.

Les fous de bassan de Anne Hébert est allé vers l'élagage ainsi qu'une bonne flopée de romans à deux sous, les Menaud, maître draveur et autres trésors de la petite prose québécoise ont été expulsés manu militari de ma bibliothèque. Rien à foutre. Trop plate à lire.

J'ai gardé Noeud de vipère de François Mauriac mais je me suis départi de tous ses autres romans. Je n'ai jamais été capable de lire plus qu'une page de Mauriac - peut-être qu'un paragraphe. Ennuyant, c'est le seul mot qui me vienne à l'esprit. Je garde Noeud de vipère pour me rappeler un jour que j'avais tort. Je doute cependant qu'il survive à mon élagage l'an prochain.

Je me suis aussi débarrassé de trois ou quatre Maurice Barrès: ennuyant, trop de plus-que-parfait du subjonctif, nationalisme crétin et propos de quelqu'un qui devrait boire un bon litre de jus de plote avant d'écrire.

J'ai retrouvé mon exemplaire de Tropique du capricorne de Henry Miller. Je vais le relire sous peu pour voir si je vieillis aussi bien que mes belles lectures d'antan. J'ai ma collection des romans de Marcel Aymé. Mes Jack London adorés. Mes Zinoviev. Mes André Maurois. Oua! J'ai beaucoup trop de livres et je ne suis pas pour vous dresser une liste exhaustive de tout ce que je garderai sur mes étagères.

J'ai conservé la crème de la crème.

Ça, j'en suis sûr.

Ou presque.