samedi 28 février 2015

Évita, la vraie patriote en g-string

Évita ne s'appelait pas vraiment Évita. On ne voyait pas ce prénom-là sur sa carte d'assurance-maladie. Elle s'appelait, en fait, Georgette Laprise, un nom qui ne convenait pas du tout à son âge. Évita n'avait même pas trente ans. Personne de sa génération de type caucasien ne s'appelle Georgette, à moins de provenir de quelque coin reculé du globe où sévissent encore des curés sur les registres baptismaux.

Cette jeune femme, plutôt jolie et pas méchante pour deux sous, détestait son prénom. Évita, selon elle, cela faisait plus mystérieux que Georgette.

Évita Peron n'avait rien à voir dans le choix de son surnom. Georgette ne savait même pas qui c'était, Évita Peron, et Madonna n'était pas vraiment de sa génération. Elle trouvait que ça sonnait bien, Évita, et ça lui suffisait.

Évita aimait porter des vêtements qui laissaient voir le galbe de ses cuisses et le piercing de son nombril. Son physique étant plus avantageux que son vrai prénom, on peut comprendre qu'elle ait choisie cette voie pour mettre pleinement en valeur sa personnalité.

Elle se pavanait à moitié dénudée hiver comme été. La plupart des gens ne trouvaient rien à redire, sinon qu'elle devait se les geler l'hiver, disaient les vieilles, en parlant sans doute de ses ovaires.

Évita, qui n'était pas méchante pour deux sous comme je le disais précédemment, aimait chantonner toutes sortes de trucs où il était question de sweet love, de lovers et de paradise. Les mecs la regardaient avec de la bonne humeur bon enfant selon leur âge et leur expérience.

Georgette, alias Évita, savait bien qu'elle suscitait quelques émois, autrement elle aurait revêtu une poche de patates en jute. C'était même sa manière bien à elle d'être patriote en exhibant sans contrainte les charmants attributs de sa féminité sans complexe.

Mais voilà qu'un drôle de barbu s'était installé près de chez-elle. Il ne voyait pas d'un bon oeil le fait qu'elle s'affiche ainsi dans toute sa splendeur.

Le barbu, religionnaire de métier, disait à toutes ses filles ainsi qu'à ses femmes qu'elle était une prostituée, une mécréante, une impie. Pour les rappeler à la piété, il les obligeait à revêtir des poches de patates en jute dans lesquelles il pratiquait un trou pour qu'on ne puisse voir que leurs yeux.

-Comme ça, qu'il disait le sale plouc, je suis sûr que vous ne deviendrez pas des putains!

Il prenait le même autobus que Georgette tous les matins, ce barbu barbant qui, d'ailleurs, s'appelait Bubu Le Grand dans sa langue maternelle, le Chouinne-gomme, un dialecte à peu près disparu de la surface de la terre.

Un jour, n'en pouvant plus, il traita Évita de chienne et de prostituée pour son habitude de se montrer ainsi les jambes, les cuisses et la craque du cul.

-Allez vous habiller! Vous insultez Dieu! qu'il lui a dit, le tabarnak.

-Veux-tu bien aller chier ma calice de barbe en poils de cul? qu'elle lui a répondu du tac au tac. Chu chez-nous calice pis icitte on s'habille comme on veut. T'aimes pas ça? Crosse-toé avec une poignée d'braquettes pis décrisse!

Le barbu se tut par dépit puisque tous les passagers le regardaient comme s'il était le roi des ploucs.

Le pire c'est qu'il était lui-même vêtu étrangement. Il était déguisé en femme et portait une robe. Pourtant, personne ne lui reprochait quoi que ce soit. S'il voulait s'habiller en femme, c'était son affaire.

L'histoire s'arrêterait ici qu'on aurait de quoi s'en contenter.

Mais non! Notre société étant inclusive comme cela ne se peut pas, le barbu revint le soir même chez-lui pour découvrir ses affaires pliées dans des sacs verts sur la galerie de son appartement. Ses filles et ses femmes ne portaient plus leurs sacs de patates en jute sur le corps et s'étaient même vêtues un peu comme Évita, avec le g-string qui dépasse de la mini-jupe et tout le tralala.

-Qu'est-ce que vous faites femmes impies? leur demanda le barbu en agitant sa robe.

-On veut que tu foutes le camp! Va te masturber avec une poignée de braquettes! qu'elles lui dirent en lui jetant au visage leurs poches de patates.

-J'appelle la police!

-Pas nécessaire... C'est déjà fait et ils viennent te chercher sale connard!

Le barbu fût bientôt entouré de policiers qui lui expliquèrent sommairement ses droits, dont celui de communiquer avec un avocat.

On l'incarcéra pour violence conjugale, agressions sexuelles multiples, etc.

Le soir même, lorsque Georgette revint chez-elle, elle fût surprise de voir ses voisines écouter Madonna à plein volume dans l'appartement qu'occupait auparavant l'infâme barbu.

Filles et femmes dansaient lascivement en brandissant des bouteilles d'alcool qu'elles buvaient à larges rasades.

-Nous sommes libres! qu'elles criaient. Qu'il aille se faire foutre cet enculé!

Évita ne savait pas la bonne influence qu'elle pouvait avoir dans son quartier.

C'était une vraie patriote en son genre. Ses piercings et son g-string faisaient tomber les intégristes plus vite que tous les discours des stupides politiciens.

vendredi 27 février 2015

Mon pays et le Code de vie d'Hérouxville

Je ne ferais pas un bon politicien et je m'en réjouis. D'abord, je ne suis pas politicien. Ensuite, j'aime me réjouir, rire de bon coeur et penser par moi-même sans me soumettre à un comité de crétins ambitieux.

J'ajoute que je n'ai aucune constance dans mes affirmations. Je défais ce que j'ai dit jadis. Je réfléchis souvent à voix haute et m'exprime tant bien que mal sur des sujets qui m'échappent selon l'effet produit par tel ou tel phénomène. J'adapte trop facilement ma pensée aux nouvelles données qui me parviennent. On dit qu'il n'y a que les fous qui ne changent jamais d'idées et moi, je m'en étonne, j'ai l'impression que je ne suis pas si fou que j'en ai l'air.

J'en viens à croire que non seulement je me trompe, mais que je puis aussi tromper, sans nécessairement faire usage de malice. Ce qui fait de moi un piètre analyste de l'actualité. D'aucuns diraient que je suis opportuniste alors qu'il est évident, à voir mon parcours, que je ne profite de rien et mets tous mes efforts pour me débarrasser de toute forme d'accointance avec quelque groupe que ce soit. J'évite les cocktails, les réceptions, les assemblées publiques, les réunions de comités, etc. Je ne participe qu'aux manifestations qui me semblent justes et refuse de jouer au mouton au sein de celles-ci.

***

Où veux-je en venir avec cette confession ridicule?

À ceci que mes opinions ont changé sur plusieurs sujets au cours des ans.

J'étais indépendantiste en 1987, quand plus personne n'y croyait.

En 1995, j'ai voté Oui tout en critiquant le nationalisme étriqué de Lucien Bouchard et Mario Dumont.

En 1996, après le référendum, je me suis dit citoyen du monde.

En 1997, j'ai flirté un temps avec le fédéralisme, dégoûté par le nationalisme à tête grise.

En 2001, j'étais un habitant de l'Île de la Tortue, fier de son appartenance aborigène.

Et maintenant? Je suis redevenu souverainiste. L'État canadien me semble une prison et la monarchie constitutionnelle est un anachronisme dont on ne se débarrassera jamais au sein de la Confédération. L'indépendance du Québec est une voie pour préserver nos valeurs au sein d'un monde où tout éclate. Les conservateurs, les libéraux et les libertariens méprisent le Québec et cette langue française que j'écris tous les jours. Cela vient me chercher. J'en viens à croire, peut-être à tort, que l'on finira de nous mépriser en tant que Québécois lorsque nous aurons un pays. Et je me dis que l'on ne saurait devenir maîtres chez-nous au sein du Canada puisque nous sommes radicalement différents des preachers de l'Ouest.

***

J'ai changé de position aussi sur le Code de vie de Hérouxville. J'ai tourné André Drouin en bourrique et me suis moqué de ce fameux code de vie sans même l'avoir lu.

La première fois que je l'ai lu, c'était hier via un commentaire laissé par Robert Barberis-Gervais sur le site Facebook de Victor-Lévy Beaulieu. Vous pouvez en prendre connaissance ici.

On les a traités de racistes, de xénophobes, voire d'imbéciles et d'ignorants. Hérouxville ne méritait pas ce traitement. En fait, je me sens cheap d'avoir ri de cela. Je me sens cheap de les avoir pris pour des culs-terreux, en parfait idiot d'intellectuel déconnecté que je suis.

Il y a même de l'humour dans le Code de vie d'Hérouxville. Il exprime clairement que nous avons des us et des coutumes qui ne sont pas négociables, comme les baignades publiques où les hommes côtoient les femmes, les policières qui peuvent arrêter un homme, l'arbre de Noël qui peut convenir autant aux croyants qu'aux athées en tant que référence culturelle, etc.

Cela semble con et grossier à première vue, alors que la vraie grossièreté est de se comporter dans notre pays comme si c'était une colonie où l'on peut traiter les indigènes comme des sauvages qu'il faut civiliser avec de fausses croyances réductrices.

Les aborigènes croyaient que la terre n'appartenait à personne et ne virent aucun mal à laisser de la place aux Français et aux Anglais. Ils ont été confinés dans des réserves pour laisser aux colonisateurs le soin d'occuper tout l'espace public.

Les Québécois sont fortement métissés avec les autochtones et il nous revient sans doute de réparer les erreurs du passé.

Par contre, cela ne signifie pas que nous devons commettre d'autres erreurs, dont celui de fouler nos valeurs au nom de je ne sais trop quelle religion qui débarque ici avec ses gros sabots pour faire du prosélytisme au détriment de valeurs communes conquises de haute lutte, comme l'égalité entre les hommes et les femmes, la liberté d'expression, la laïcité, etc.

Ce n'est pas aux intellectuels de décider qui nous sommes. Cette tâche incombe à tout un chacun d'entre nous. La liberté et la tolérance ne sont pas des vues de l'esprit, mais des valeurs qui ne peuvent pas s'accorder avec ceux qui prônent l'esclavage, la soumission et l'intolérance.

Voilà où j'en suis.

Si cela vous choque, moi ça me débloque.













mercredi 25 février 2015

Légalisons le cannabis, comme l'Alaska, le Colorado et l'État de Washigton....

Du temps où je fumais de la marijuana je n'aurais pas risqué d'écrire ce qui suit. Je ne voulais pas attirer l'attention. Je profitais de ma fumigation clandestinement, dans la crainte constante de subir les foudres d'une justice aveugle. Heureusement, il ne m'est jamais rien arrivé et mon casier judiciaire est vierge.

Je ne fume plus depuis un bon bout de temps et ne possède plus la moindre poussière de chanvre dans mes affaires. Ce n'est pas pour me confondre à une morale conservatrice que j'ai tout lâché. J'avais, comme qui dirait, fait le tour de la question. Je ne dis pas que je n'y reviendrai pas un jour ou l'autre quand il sera le temps de me rappeler ma folle jeunesse ou bien lorsqu'il me faudra soigner une douleur par des moyens naturels. Pour le moment, j'apprécie ma sobriété relative, à peine perturbée par deux ou trois coupes de vin blanc par mois.

L'Alaska a légalisé le pot par référendum hier. Il devient le troisième État des États-Unis à l'autoriser après les États du Colorado et de Washington. Comme les consultations populaires sont rares au Canada, il faudra attendre la possible élection du Parti libéral de Justin Trudeau pour voir cette mesure s'appliquer ici. Cela pourrait se faire d'ici 2016.

Il importe de savoir que le premier président des États-Unis, George Washington, était lui-même un poteux qui recommandait de séparer les plants mâles des plants femelles puisque, selon lui, le plant femelle du chanvre produit un excellent tabac qui favorise la détente et l'imagination...

La marijuana fût d'abord interdite aux États-Unis autour des années '30 parce que c'était une drogue pratiquement gratuite qui, selon les conceptions racistes des Blancs, dévoyait les Nègres, les Indiens et les Mexicains. L'alcool enrichissait la famille Kennedy, entre autres, et c'était le psychotrope de prédilection des Visages-Pâles.

La prohibition de l'alcool fût, bien sûr, une catastrophe sur le plan social. L'alcool de contrebande permit à la pègre de s'équiper de mitraillettes pour semer le chaos. Quand l'alcool fût décriminalisé, les bandits s'emparèrent du marché des autres drogues pour s'équiper de mitraillettes et continuer de semer le désordre.

La prohibition des drogues est un échec total, que ce soit pour l'alcool, la marijuana et même la cocaïne. Au lieu de contrôler le produit et d'en soutirer des taxes lucratives, nos gouvernements ont préféré créer de nouvelles catégories de criminels au nom d'une morale où les premières victimes de la criminalisation ne sont pas tant les vendeurs que les consommateurs et les contribuables. Pour chaque dollar investi dans la lutte contre les drogues, il se fait sans doute cent dollars pour les bandits à cravates. Un cent dollars qui sera converti en mitraillettes, en grenades ou bien en hécatombes.

Les premiers qui ne veulent pas de la légalisation de la marijuana sont les criminels eux-mêmes qui voient là une perte de profits considérable.

Le gouvernement canadien, qu'il soit conservateur ou libéral, pourrait hésiter avant de légaliser. Les personnes arrêtées dans le cadre de l'ancienne loi pourrait réclamer des indemnisations en prétendant, avec raison, qu'ils ont été victimes d'une loi stupide et condamnés injustement.

Quoi qu'il en soit, le non-fumeur que je suis se positionne en faveur de la légalisation du cannabis.

En 2015, il serait temps de laisser de côté notre morale de Visages-Pâles qui se saoulent à l'alcool à 99% en vente libre dans les pharmacies et les succursales de la SAQ. Le pot est bien moins dommageable que l'alcool. Certains ne savent pas boire. D'autres ne savent pas fumer. Qu'on leur paie des thérapies au lieu de dépenser des sommes exorbitantes dans les escouades policières qui font des opérations pour la frime parce qu'elles sont incapables de venir à bout des drogues.


mardi 24 février 2015

Pourquoi pas une rue Chuck-Guité à Shawinigan?

Copie d'une lettre envoyée au courrier des lecteurs des quotidiens du Québec. Sera-t-elle publiée?

***
Pourquoi pas une rue Chuck-Guité à Shawinigan?

Staline avait une ville à son nom de son vivant. Elle s'appelait Stalingrad. Il devait aussi y avoir des rues qui s'appelaient Staline sur tout le territoire de l'URSS. La commission de toponymie soviétique permettait ce genre de culte de la personnalité.

Pour en revenir au Très Honorable Jean Chrétien, il semble qu'il ne soit pas encore mort.

L'honorable Chuck Guité non plus, qui a payé pour tous ceux qui n'ont pas été embêtés par la justice.

Chuck Guité mériterait qu'on nomme la 4e rue de Shawinigan la rue Chuck-Guité pour souligner son apport exceptionnel à la communauté canadienne et, par extension, shawiniganaise.

On pourrait ensuite songer à attribuer le nom du Très Honorable Jean Chrétien à la 5e rue, de son vivant bien entendu, pour que ses partisans puissent lui rendre un culte de la personnalité de son vivant, malgré les règles contraignantes de la Commission de toponymie du Québec qui stipulent qu'un homme doit être mort depuis au moins un an avant que d'honorer sa mémoire.

Puisque personne ne sait écrire Shawinigan convenablement, il serait aussi une bonne idée de la rebaptiser Chrétienville.

J'espère que le conseil municipal de Shawinigan retiendra mes humbles suggestions.



Gaétan Bouchard
Courriel: bouchard.gaetan@gmail.com

Les nuages, les merveilleux nuages...

"- Eh! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !" 


Charles Baudelaire, Le spleen de Paris

J'ai été fortement impressionné par le Docteur Jivago, tant par le roman de Boris Pasternak que par le film de David Lean. Dans un cas comme dans l'autre, tout commence avec les obsèques de la mère de Youri Jivago qui lui laisse en legs une balalaïka. Le jeune orphelin est déjà poète et contemple le scintillement du soleil ou bien l'éclat de la lune qui tous deux jouent avec les branches pour projeter ombres et lumières. Youri Jivago ne sera pas seulement médecin. Il est et sera surtout un homme qui a la capacité de s'émerveiller tout autant que celle de s'indigner. Son serment d'Hippocrate se conjugue à celui de mener une vie qui corresponde aux exigences de sa sensibilité artistique et de l'humanisme qui nécessairement l'accompagne.

Je ne suis pas docteur et pas tout à fait poète. Pourtant, d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu cette faculté de me perdre dans les nuages. À l'école, je passais mon temps à regarder les arbres et les nuages. À l'âge adulte, j'ai continué de rêvasser devant les arbres qui poussaient dans la cour que je pouvais voir par la fenêtre du bureau où je travaillais. C'est un peu comme si je n'étais jamais tout à fait là tout en y étant pleinement. Selon ma vision du monde, le sens de l'existence se trouve dans l'infini et non dans les menus détails des obligations quotidiennes.

Jeudi soir dernier, par exemple, j'étais fasciné par un croissant de lune qui apparaissait au Nord-Ouest. La planète Vénus, alias l'étoile du berger, scintillait à deux portées d'étoile de cette lune qui faisait figure de berceau. J'étais sur mon balcon avec les sacs d'épicerie dans les bras et j'oubliais tout le reste pour me concentrer seulement sur ce spectacle.

-Regarde comme c'est beau mon amour... que j'ai dit à ma blonde qui a l'habitude de me voir la tête partie dans les nuages.

Et nous fûmes deux à regarder la planète scintillante ainsi que le croissant de lune.

Puisque je peins de temps à autre, je me perds régulièrement dans l'observation des branches, des oiseaux et des astres. Tout cela me semble bien plus réel que les labyrinthes et les minotaures de la politique.

Cette faculté d'émerveillement contribue sans doute autant à ma perte qu'à mon salut.

J'aurai toujours la tête ailleurs.

Et c'est très bien ainsi.

lundi 23 février 2015

La majorité silencieuse n'est pas sur Twitter



Simon faisait partie de la majorité silencieuse. Il avait tout de même un doute puisqu'il était toujours seul et avait peu d'amis pour le conforter dans cette position. Il avait même fini par se croire victime d'un quelconque complot gauchiste puisque tout un chacun autour de lui en voulait au gouvernement, aux fédéralistes et, bien sûr, aux riches. Et ce petit monde qui gravitait autour de lui, ce petit monde qu'il appelait le petit peuple, eh bien il s'en trouvait plusieurs pour porter des pancartes, taper sur des chaudrons et s'agrafer des carrés rouges en feutrine sur le revers de leur veste.

La majorité silencieuse, pour Simon, c'était Éric Duhaime, Nathalie Normandeau ainsi que Thatcheromania68, Pinochetterie72 et autres avatars couards qui s'agitent un tant soit peu sur Twitter pour rappeler au monde entier qu'il y aura toujours des larbins pour se convaincre entre eux qu'ils forment la majorité silencieuse.

Il existe, bien entendu, des tas de gens qui n'ont rien à dire. Ils ne pensent pas former une majorité silencieuse. Ils sont simplement silencieux et obéiraient à n'importe quoi, un cochon ou bien un commissaire du peuple. Ils répondent toujours oui aux messages lancés par le centre de commandement de la fourmilière. Ils comptent pour pas grand chose dans l'évolution des sociétés, sinon à maintenir temporairement un statu quo. On ne marche pas tous à la même vitesse et ceux-là ont besoin de longues pauses pour soigner leurs ampoules.

Simon s'appelait L'Antioui67 sur Twitter. Évidemment que c'était un couard et qu'il prenait un malin plaisir à s'attaquer à ces péquistes, socialistes et syndicalistes qui se croyaient courageux seulement parce qu'ils écrivaient sous leur vrai nom. Si la majorité silencieuse de Simon se montrait moins tolérante, ils crèveraient tous en prison ces satanés gauchistes... Enfin! Pour le moment L'Antioui67 prenait part au combat en rappelant à tous ces trous du cul qu'ils étaient désuets, obsolètes, anachroniques, anti-modernes, etc.

Simon s'était fait à l'idée qu'il était fédéraliste, libéral, conservateur et libertarien de surcroît. Il  n'allait jamais aux réunions des fédés, des libéraux, des conservateurs ou bien des libertariens puisqu'il avait juste assez d'argent pour se payer une vieille bagnole ainsi qu'une ligne Internet. Les réunions à 100$ lui semblaient inaccessibles. Les impôts et les taxes de la damnée gauche l'empêchaient de devenir riche. Il ne comprenait pas que les riches ne payaient pas d'impôts et qu'ils pelletaient dans la cour des pauvres toutes leurs responsabilités sociales. Dépenses publiques, profits privés: cela n'entrait pas dans la tête obtuse de L'Antioui67.

Simon travaillait à petit salaire dans un endroit heureusement non-syndiqué et il comprenait que son patron ne pouvait pas le payer plus à cause de ces satanés gauchistes qui voulaient faire payer les riches.

L'Antioui67 inondait Twitter de messages sarcastiques pour se conférer l'illusion qu'il n'était pas une couille molle, un larbin, voire un lèche-bottes.

On lui répondait des tas de conneries sur les bandits à cravates, les paradis fiscaux, Chuck Guité, l'UPAC, la Commission Charbonneau, la CECO, la pègre libérale, etc.

La majorité silencieuse allait avoir sa revanche. C'était évident. Un jour tous les Thatcheromania68 et les Pinochetterie72 seraient au rendez-vous...sur Twitter.

En attendant, ils devaient tous souffrir de voir leurs gouvernements ne pas pouvoir gouverner dans l'ordre et le calme...


samedi 21 février 2015

L'austérité c'est du vol

Qu'est-ce que l'austérité? Une idéologie qui nous dit que notre pays et ses ressources ne nous appartiennent pas. C'est la propriété exclusive des banquiers et autres bandits à cravates qui nous lancent quelques rogatons de temps à autres pour nous récompenser d'être de bons chiens, bien dressés et bien obéissants.

On pense à tort que leur contrôle sur le monde est immuable. On pense à tort qu'on ne peut rien y changer.

Il faudra vingt-quatre heures pour changer tout ça quand nous serons prêts à le faire.

Pas quatre ans. Ni trois ans. Vingt-quatre heures et notre monde pourrait changer de fond en comble.

Vous pourriez croire que j'affiche un optimisme béat. Pas du tout. Je suis même trop réaliste.

"L'homme ordinaire ne sait pas que tout est possible" , écrivait David Roussel dans L'univers concentrationnaire. Ce qu'il disait pour les camps de concentration vaut aussi pour ceux qui ont cru qu'il n'y aurait pas de fin aux camps de concentration.

Un autre philosophe, Héraclite, nous a laissé cette maxime selon laquelle on ne se lave jamais deux fois dans le même fleuve. On le surnommait l'Obscur, Héraclite, et cela semble pourtant clair comme de l'eau de roche. Rien n'est jamais fixé à jamais, ni le pouvoir, ni les fortunes; ni la pauvreté, ni les infortunes.

Tout est appelé à changer.

Voler les citoyens, comme le font sans vergogne les banquiers et leurs larbins de service, est la loi de l'instant. Ce n'est pas la loi pour toujours. La loi de la gravité est immuable. Encore pouvons-nous envoyer des fusées dans l'espace qui défient les lois de nos ancêtres pré-spatiopithèques qui se croyaient à jamais cloués au sol.

De simples réparateurs de bicyclettes, les frères Wrigth, sont venus à bout des préjugés des plus grands physiciens de leur époque, lesquels croyaient dur comme fer qu'aucun objet plus lourd que l'air ne pouvait voler par ses propres moyens, du moins sans faire usage d'énormes ballons remplis de gaz.

Les économistes libertariens me font penser à ces grands savants qui se font crémer par des réparateurs de vélos, lesquels ont inauguré l'ère de la conquête spatiale.

En fait, tout a changé autour de nous sauf l'économie. Elle est demeurée ancrée dans les vieux concepts issus du XIXe siècle. Les riches sont aussi avares qu'à cette époque et se trouvent encore des tas de larbins pour conclure que les syndicats nuisent à la société, "leur" société plus lourde que l'air qui ne décolle jamais et nous englue dans le travail forcé des enfants et des vieillards. Comme dans les romans de Charles Dickens, qui était pourtant un conservateur ayant quelques accès de lucidité devant une page blanche.

Pour paraphraser Proudhon, l'austérité c'est du vol.

Ce n'est pas le vol des frères Wright. C'est le vol dans son acception criminelle.

Que pouvons-nous faire? Je ne sais pas ce que vous pouvez faire. Moi, je fais ce que je peux. Je signe des pétitions. Je porte des pancartes. Je tape sur des chaudrons. Je descends dans la rue. Et je ne manque pas une occasion pour dire et redire à mes proches que nous sommes gouvernés par les valets des bandits à cravates.

Une communauté humaine est sans avenir si elle ne se donne aucun but. Le fric qu'on retire de nos poches pour payer ceux qui volent le bien public n'est pas un but digne de ce nom. C'est même indigne du génie de l'être humain.

L'aspiration au bonheur, à la justice et à l'égalité sont des buts louables pour l'humanité.

Beaucoup de sang a été versé au nom de ses buts, parce que les loups ne lâcheront pas le morceau de viande sans avoir combattu.

On dit que l'homme est un loup pour l'homme. Ce n'est pas tout à fait faux.

L'homme tel qu'il est doit être contenu dans un filet de lois pour l'empêcher de mettre en action sa seconde nature. Encore faut-il que ces lois soient justes et servent tout le monde, pas seulement une poignée de vautours.

Qui joue à l'ange fait souvent la bête, disait Blaise Pascal. Cela porte aussi à réfléchir.

Cependant, on ne va pas s'emberlificoter avec des tas de notions philosophiques pour construire notre avion comme l'ont fait les frères Wright, sans se soucier de l'avis des savants et autres rats de bibliothèques pour qui la vie n'existe que dans les livres et les données de tel ou tel institut de ronds-de-cuir.

La vie est un livre bien plus vaste que toutes les bibliothèques du monde. Elle ne saurait être toute contenue dans un bréviaire ou bien une idéologie.

Il nous est possible d'inventer du nouveau, à chaque seconde s'il le faut.

L'austérité n'est qu'un mythe. L'argent n'est que du vol.

Et le monde, quoi qu'on en dise, tourne bien plus vite qu'on ne l'eût cru.





vendredi 20 février 2015

Comment Cédrick Marceau est devenu un vrai poète

Cédrick Marceau avait toujours été du genre à préférer les bandes dessinées aux livres sans images, jusqu'à ce qu'il atteigne la maturité. Dès la première giclée de sa puberté, Cédrick s'est mis en tête que l'enfance était terminée. Il délaissa Lucky Luke et Astérix pour se consacrer à l'intelligence puisque, n'étant pas très beau, il voyait là sa seule chance de séduire une femme un tant soit peu brillante qui se fermerait les yeux pour lui donner plein de petits bisous tout partout sur son petit corps décharné. Cédrick avait bel et bien ressenti que Mélinda, Colinda et Sarah, des filles derrière lesquelles il s'asseyait à l'école pour reluquer leur popotin, étaient du genre à ne pas s'intéresser à Morris et Uderzo.

Cédrick Marceau avait dès lors compris qu'il devait changer du tout au tout pour le bonheur de ces dames qui préféraient, pour une raison mystérieuse, les physiques ingrats sur lesquels était montée une tête bien faite. Mélinda lisait Proust et Hermann Broch. Colinda, quant à elle, décortiquait les oeuvres de Marx, Sartre et Raymond Aron. Sarah, d'un naturel plus rêveur, ne parlait que de Rimbaud, Baudelaire et Nelligan. Toutes les trois étaient fort jolies aux yeux de Cédrick qui revenaient toujours à la maison avec l'envie de s'enfermer dans sa chambre à double tour pour attraper une tendinite du poignet.

Quand il avait fini de s'essouffler, Cédrick s'arrachait les yeux et la tête jusqu'à très tard dans la nuit afin de se formater un nouveau cerveau en mesure de soutenir une longue conversation avec Mélinda, Colinda ou bien Sarah.

Il lui fallut au moins un an de grandes lectures avant que de se risquer à parler à l'une des trois et, paresse oblige, c'est sur Sarah que Cédrick jeta son dévolu. Il était bien plus simple de lire de la poésie que de se faire fondre les méninges avec La mort de Virgile ou bien L'Être et le Néant...

-Tu... tu... tu... tu lis de la poésie, hein? qu'il demanda à Sarah.

-Oui, lui répondit-elle en le fixant indécemment dans les yeux. Je lis en ce moment Pablo Neruda. Et toi, tu lis aussi de la poésie?

-B... b... bien sûr. Je ne lis que ça! Et même... même que j'écris des vers...

-Oh! J'aimerais bien les lire! J'a-do-re la poésie!

Cédrick regretta presque de lui avoir dit cela puisqu'il n'écrivait pas des vers. Il en mettait de temps à autres sur des hameçons, à la pêche, mais écrire des vers? Au grand jamais.

-Je te les ferai lire... hum... demain... Je vais les apporter à l'école.

-J'ai bien hâte de les lire! Bisou...

-Pardon?

-Bisou! Je te donne un bisou... Les poètes méritent un bisou, voyons donc!

Et elle l'embrassa sur la joue. Cédrick devint rouge comme une tomate et rentra encore plus vite à la maison pour s'enfermer à double tour.

Au bout de cinq minutes, il revint de ses émotions et se rappela qu'il avait promis de lui faire lire des vers. Il n'en avait jamais écrit mais il jouissait du bonheur d'avoir lu Tristan Tzara, un dadaïste qui écrivait des suites de conneries qui semblaient faciles à aligner sur du papier.

Cédrick prit son stylo et une feuille vierge puis fit glisser de la poésie sous ses doigts. Au bout de dix minutes, il avait son premier poème. Il ne lui en fallait pas plus pour le moment. Il prétexterait qu'il avait oublié les autres à la maison, dans sa chambre fermée à double tour qui sentait un peu trop la puberté.

Le lendemain, Cédrick s'avança vers Sarah qui, encore une fois, lui donna un bisou. 

-Ah salut Cédrick! Bisou...

-Aem... fit-il pour contrôler ses émissions... Aem... Je t'ai apporté un de mes poèmes...

-Ah oui? Bisou...

Elle lui donna un autre bisou et Cédrick ne vit cette fois que sa bouche pulpeuse qui sentait la gomme baloune sur son appendice braqué comme celui d'un jeune chevreuil. Il s'efforça d'effacer cette vision pour reprendre ses esprits et lui présenter l'objet de cette rencontre: son poème.

-Je l'ai écrit hier soir... Mes autres poèmes sont chez-moi...

-Tu permets que je le lise à voix haute? J'aime lire les poèmes à voix haute pour en goûter toute la force!

-Bien sûr... bien sûr... lui répondit-il d'un air pas tout à fait rassuré.

-Ok... Je commence... Hum...

Davy Crockett
Croquette de poulet
Poulet frit Kentucky
Kentucky Derby
Bing bang rentre dedans
Tant pis pour les prudents
Prudentielle à vie
L'assurance de vivre
Vivre en amour tous les jours
Journée monotone
Monochrome
Polychrome
Chromosome...

-Tu en as écrit plusieurs comme ça?

-Heu oui...

-Et je pourrais les voir... chez-toi? répliqua-t-elle en se mordillant les lèvres et en grattant du pied.

-Heu oui... Quand?

-Tout de suite? qu'elle ajouta en le dévisageant des yeux jusqu'au bas-ventre.

-Aem... Heu... Je... Aem...

-C'est oui ou c'est non?

-Aem... Oui... Mes parents sont absents...

-D'accord allons-y.

Il serait un peu scabreux de vous raconter la suite. Disons que Cédrick dût s'expliquer sur les poèmes qu'il avait perdus mais qu'il se rattrapa en lui en inventant quelques-uns de son cru, agitant sa langue, ses jambes et ses bras. Sarah, pas difficile pour deux sous, écoeurée elle aussi de ne pas goûter à la "substantifique moelle de la vie", ne put que se réjouir de cette poésie orale qui rappelait celle des amants des chansons de Georges Brassens.

-Aaaaaah! hurla-t-elle.

-Saaaaraaaaah! hurla-t-il.

Le lendemain, Sarah faisait semblant de ne l'avoir jamais connu. Elle l'ignora totalement et se mit même à embrasser le gros Tellier devant lui d'une manière indécente et presque révoltante. Ce gros Tellier qui ne lisait que la section des sports dans les journaux et se targuait de ne jamais se laver parce que les filles aiment selon lui qu'il sente le gras mou.

Cédrick revint chez-lui, ce soir-là, avec la larme à l'oeil.

Au bout de ses larmes, il se mit à écrire des vers, des vrais vers cette fois-là, où il était question d'un amour déchu, de sperme qui sèche sur un corps froid, de truies lubriques et de toutes sortes de trucs plus ou moins vulgaires.

Il était enfin devenu un vrai poète.

jeudi 19 février 2015

Plus personne ne me critique

Il y a tellement de sujets sérieux dont je devrais traiter que je m'en veux parfois de me retrancher vers la culture de mon jardin comme si j'étais le plus candide des crétins.

Tandis que le monde est mis à feu et à sang, il se trouve un Trifluvien pour écrire des niaiseries sur Josué Caleçon ou autres énergumènes qui n'existent même pas. S'ils existent, c'est certain que l'auteur de ces lignes déforme tout au mépris de l'objectivité journalistique. D'ailleurs, il prétend faire de la littérature, ce nigaud, et c'est tellement lancé cul par-dessus tête que personne n'en doute.

Assez parlé de moi à la troisième personne du singulier. Vous finiriez par croire que je souhaite faire de la politique... À César ce qui est à César et à Gaétan ce qui est à Guétan (personne ne prononce mon prénom comme il faut, misère!).

Revenons à nos cretons.

Heureusement que les lecteurs ne sont plus ce qu'ils étaient lorsque j'ai débuté dans l'écriture de ce blogue. Il y a dix ans, des tas de sans-desseins me répliquaient que je n'étais pas ceci ou cela, que je ne respectais pas la religion ou la patrie, peu importe laquelle. Maintenant, c'est plutôt le calme plat. Les critiques se font rares et j'imagine que les gens ont autre chose à faire que de me traiter de plouc. À moins que je ne sois devenu inaccessible ou bien susceptible de créer toujours l'unanimité.

Je ne reçois plus que des commentaires positifs, hormis un libertarien de temps à autre qui se pointe pour me traiter de sale artiste barbu et crotté. Je ne suis pourtant ni sale ni crotté et fréquente à peu près aucun artiste. Je dirais même que je ne fréquente à peu près personne, sinon la parenté et quelques rares amis qui se comptent sur le bout des doigts. J'ai un côté sauvage fortement prononcé qui peut aussi expliquer le retrait progressif des commentaires négatifs sur mon blogue. C'est qu'ils ne trouvent aucune emprise sur ma personne totalement désintéressée et un brin trop autarcique. De plus, j'ai tendance à les éliminer d'un clic quand ils me font trop chier.

Ces propos que je tiens en ce moment ne méritent, évidemment, aucun commentaire. C'est tellement ordinaire que même moi je ne trouverais rien à y redire.

-On s'en fout de ton blogue et des commentaires, dude! Qu'est-cé qu'ça peut bien nous crisser, hein? Monsieur écrit des trucs poches et personne n'ose lui dire qu'il est pourri! Tout le monde le trouve gentil, agréable, drôle... Voyons donc! Reviens sur terre gros phoque!

Je suis mon meilleur contradicteur. Cela peut expliquer pourquoi personne ne ressent le besoin de m'insulter. Je le fais envers moi-même avec un art consommé.

C'est tout ce que j'ai trouvé à vous raconter et je vous avoue que ce n'est pas grand chose. C'est à la limite d'être plate.

Pourquoi l'avoir fait?

Parce que j'étais à court d'histoires comme celle de Josué Caleçon, vous savez celle que j'ai écrite hier et qui m'a fait rire toute la journée puisque je suis bon public envers mes créations.

Bon je vais aller voir ailleurs si j'essuie.

C'est tout pour aujourd'hui. Au revoir.


mercredi 18 février 2015

La paix mondiale selon Josué Caleçon

Existe-t-il quelque chose de plus important que la paix dans le monde? Tout le monde semble avoir cette expression en bouche et pourtant la paix prépare la guerre, la paix fait la guerre, la paix c'est la guerre...

Josué avait un drôle de prénom. On ne s'attend pas à ce qu'un gars s'appelle Josué. José est fréquent chez les Sud-Américains. Peut-être même chez les Espagnols. Mais Josué? On n'avait jamais entendu ça. Le patronyme de Josué était tout aussi étrange: Caleçon. Comment peut-on vraiment s'appeler Josué Caleçon, hein? Je vous le demande. Je ne trouve pas réponse à cela.

Josué Caleçon était grand et mince. Il était même très grand et très mince. Ce gars dans la trentaine devait faire dans les deux mètres virgule deux décimètres. C'était un géant bâti sur un cadre en cure-dents. Il devait peser autour de soixante-cinq kilos, ce qui n'est pas beaucoup pour un grand escogriffe. Un léger défaut d'élocution, essentiellement dû à une électrocution survenue dans sa tendre jeunesse, faisait en sorte qu'il zézayait en tremblant comme une feuille chaque fois qu'il prenait la parole. Heureusement, cela ne se produisait pas souvent. Ce qui lui permettait de cacher ce léger défaut pour se contenter aux yeux d'autrui d'être grand, mince et pauvre comme la gale.

On ne lui connaissait aucun métier. Josué se promenait d'un petit boulot à l'autre. Des boulots qui n'exigeaient aucune effort physique puisqu'il avait des maux de dos sévères.

Josué Caleçon travaillait surtout dans le domaine de la charité bien ordonnée qui ne commençait jamais par lui-même. Il distribuait du pain passé date aux pauvres pour un organisme quelconque. Ou bien il triait des vieux trucs pour l'Armée du Salut. Il lui arrivait aussi de faire semblant de travailler parce qu'on n'avait pas su quoi lui faire faire avec la subvention. Parfois, il devait s'asseoir derrière une table pour récolter des dons dans une boîte de conserve arborant le logo de telle ou telle patente. Bref, Josué Caleçon vivait à moitié de l'aide sociale et à moitié de subventions salariales.

Cela lui laissait le temps, bien entendu, d'en apprendre plus sur le monde et les idées.

Josué Caleçon passait la majeure partie de ses temps libres entre sa télévision, qui n'était même pas un écran plat, et la bibliothèque du quartier où il empruntait des livres qui traitaient surtout de ramonages de cheminée, puisqu'il s'était mis en tête de devenir ramoneur, ce qui était tout à fait irréaliste puisqu'il avait le vertige et n'avait pas bon dos.

Cela ne signifie pas que Josué Caleçon n'avait pas sa petite opinion sur l'état du monde et ses tas de gens qui le peuplent.

-La paix zans l'monde c'est z'impo'tant! qu'il disait en se donnant de l'importance à ses collègues de misère, dont Ibrahim Pavelovitch Doubrovski, un gars plutôt costaud qui était né quelque part en Russie et qui avait immigré ici pour devenir chanteur rock.

-Toi comprendre que paix dans monde faire se quand hommes plus guerre! que lui disait Doubrovski en ajustant ses écouteurs pour mieux se curer les oreilles avec une toune de AC/DC, son groupe fétiche.

-Z'est un messaze pou' l'monde entier! qu'il lui répondait du tac au tac en enlevant l'écouteur droit de Doubrovski pour qu'il puisse l'entendre.

-Toi pas toucher écouteur! Toi dourak! Moi écouter AC/DC! que Doubrovski répliquait en prenant des airs de Slave insulté. Et Dieu sait qu'ils ont l'air mauvais quand ils se sentent insultés, les Russes.

Doubrovski était d'ailleurs le seul à lui parler parce qu'au fond de lui-même ce Russe avait bon coeur pour les personnes plus ou moins marginales et rejetées de tout réseau social digne de ce nom.

-Toi viens avec moi pour saouler gueule ce soir! Mais laisse écouter moi AC/DC!

-Ze n'bois zamais!

Et c'est bien vrai que Josué Caleçon ne buvait jamais.

Ça ne l'empêchait pas d'être saoul pour autant. Ou d'être comme s'il était saoul ou bien sous l'effet de quelque puissant psychotrope.

J'en tiens pour exemple la dernière mésaventure de Josué Caleçon. Il lui est passé par la tête, comme ça, qu'il avait un message de paix à transmettre au monde. Il était devant son téléviseur vétuste à écouter les nouvelles de TVA quand il eût comme une illumination. La télé lui crachait que l'État islamique décapitait des chrétiens et que les autres bombardaient des civils. Devant ce maelstrom de têtes coupées et de visages arrachés, Josué Caleçon s'est sottement convaincu qu'il pouvait changer quelque chose à l'état désordonné de ce monde.

Bien qu'il soit la plupart du temps gentil, affable et courtois jusqu'à en être timoré, Josué Caleçon s'est soudainement investi d'une mission qui aurait fait passer Moïse pour un amateur. Comme il n'avait pour tout bâton de prophète qu'un bâton de baseball, qu'il laissait toujours près de la porte d'entrée pour se protéger de ses voisins turbulents, Josué Caleçon s'en empara comme d'un sceptre pour l'aider à transmettre le message qui s'était emparé de son esprit dérouté.

-Z'ai un messaze de paix mondiale pour tout l'monde! qu'il cria en brandissant son bâton de baseball.

Puis Josué Caleçon dévala quatre à quatre les marches de son escalier pour se diriger tout de go à la station de radio de son village, laquelle se trouvait fort heureusement à cinq minutes de marche de chez-lui.

Il grimpa quatre à quatre les marches de l'escalier menant à la station de radio CJRT 88,3 FM puis, brandissant son bâton de baseball devant les animateurs et techniciens de radio médusés, il leur ordonna de lui laisser la possibilité de transmettre son message au monde entier via les ondes radiophoniques.

-Z'ai un messaze de paix mondiale! Donnez-moi un micro! Vite ou ze vais tout casser! Argh! hurlait-il en faisant de grands mouvements circulaires au-dessus de sa tête avec son bâton de baseball.

Les animateurs et techniciens, qui étaient plutôt freluquets et pas courageux pour deux sous, se cachèrent dans la salle de mises en ondes. La porte fût fermée et ensuite bloquée avec un vieux fil électrique entouré autour de la poignée et rattaché à un vieux meuble.

-Ouvrez-moi! Ouvrez-moi! gueula encore Josué Caleçon. Z'ai un messaze de paix mondiale!

Quelques instants plus tard, des instants qui parurent une éternité pour les couards de la radio, des policiers firent irruption dans la station pour appréhender Josué Caleçon.

-Vous ne pouvez pas m'arrêter! qu'il gueula sans zézayer, alors que les flics lui passaient les menottes.

-Monsieur vous avez le droit de garder le silence et de parler seulement en présence d'un avocat...

Bon. Vous pouvez vous imaginer le reste.

Josué Caleçon fût incarcéré à la prison du comté.

Son procès aura lieu dans trois mois.

-Dommage Josué arrêté! déclare à tout un chacun Doubrovski. Lui trrrès gentil quand trrravail ici. Mais crackpot. Oui lui crackpot. Et ça, c'est misèrrre. Oui c'est trrrès misèrrre.

Sacré Doubrovski. Toujours prêt à reconnaître le malheur des autres et à les protéger des travers de notre monde sans pitié pour les hommes d'amour et de paix comme Josué Caleçon.