lundi 22 mai 2017

Une pluie fine s'abattait sur Gaston

Une pluie fine tombait sur la ville. Une pluie comme on en voit qu'aux abords d'un fleuve qui s'écoule dans la vallée de la Magtogoek. En fait, c'était une bruine. Bruine, pluie, appelez ça comme vous voulez, ce n'était pourtant pas une raison pour rester à la maison.

Comme il n'était pas fait en chocolat, Gaston en profita pour faire sa promenade.

Bien sûr qu'il serait mouillé. Bien sûr qu'il risquait d'attraper un rhume. Bien sûr. Bien sûr.

Mais il y avait pire encore. Il risquait d'attraper une crampe au cul à force de ne rien faire. Et comme il pleuvait depuis des jours, il fallait bien qu'il fasse comme si de rien n'était.

Alors, Gaston prit son imperméable à deux bras et s'en alla sous la pluie comme un grand, ou plutôt comme un petit. Les enfants, voyez-vous, ont cette faculté de moins craindre la pluie que les adultes. Ils sont généralement moins cons et s'émerveillent encore pour un dessin, une fleur ou bien une fourmi.

Heureusement que ce vieux Gaston avait passé l'âge de s'inquiéter d'être dépeigné, détrempé et déteint.

Il n'était pas fait en chocolat, ça non, et même que je l'ai déjà dit.

Il pleuvait, bruinait, brumassait...

Et Gaston était tout fin seul dans la ville. Enfin, presque seul. C'était la Fête de la Reine, la Fête des Patriotes, la Fête du congé férié quoi, et toute la ville semblait dormir encore même s'il était huit heures du matin. Il y aurait une fête au parc municipal qui réunirait trois pelés et un tondu autour d'un drapeau vert, blanc et rouge. Une fête d'avance tombée à l'eau à laquelle Gaston n'aurait pas participé même s'il avait fait beau. D'abord parce qu'il détestait les rassemblements publics. À moins que ce ne soit pour une manifestation.

-La musique, je la préfère en studio, philosophait-il étrangement. Je n'aime pas la cacophonie, les applaudissements, l'humidité qui fait fausser les instruments à corde et l'électrocution des musiciens...

C'était tout un lascar ce Gaston.

La solitude ne l'effrayait pas du tout. C'était comme s'il la recherchait pour une raison qui échappait à tous ceux qui préféraient prendre leurs vacances au Club Med.

-Ce gars-là est asocial! disait les quelques personnes qui le connaissaient un tant soit peu. Il ne réussira jamais dans la vie. Il n'a pas de réseau social, presque pas d'amis, même pas un chien ou un chat.

Pourtant, Gaston n'était pas malheureux.

Il marchait sous la pluie avec un sourire énigmatique que personne ne pouvait décoder puisqu'il n'y avait justement personne.

Le port était tout aussi déserté que la rue principale.

Les eaux du fleuve dessinaient des moutons en surface.

C'était la Fête des Patriotes, le jour de la reine Victoria, un autre congé férié pour nous rappeler que les femmes et les Autochtones n'en avaient pas.

Gaston aimait maugréer contre tout, dont les congés fériés.

Au mieux, lorsqu'il marchait seul sous la pluie, personne n'avait à subir ses propos aigris de trouble-fête.

Et c'était mieux ainsi.

Gaston était tout fin seul.

Et vrai comme je suis là, je me reconnaissais en lui, même si je ne le connaissais pas.

C'était le genre de type qui pourrait devenir mon ami.

Bien que je sois moi-même asocial, sauvage, solitaire et tout fin seul avec ma douce tout aussi conforme à cette configuration psychique.

J'oubliais de vous dire que j'étais moi aussi sous la pluie.

Et que Gaston ne s'appelait peut-être pas Gaston.

Peut-être qu'il s'appelait Pierre, Paul ou Jean-Jacques.

Se serait-il appelé Gustave que ça ne changerait rien à l'affaire.

Gaston ne serait jamais devenu ami avec un type qui aurait désiré devenir son ami.

Je suis sûr qu'on aurait fini par s'entendre, lui et moi.

Mais bon, Gaston devait poursuivre son chemin.

Et moi, le mien.

Et Gustave, le sien...

Pourquoi vous ai-je écrit cette histoire?

Pour rien, bien entendu.

Vous n'aviez qu'à ne pas me lire.

Il y a tellement d'autres belles distractions sur l'Internet...


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