vendredi 12 mai 2017

Toulidoudlidi goudloudloudloulalilontte

-C'est toulidoudlidi goudloudloudloulalilontte!

Voilà ce qu'il laissait entendre, d'un bout à l'autre de la ruelle, en revenant à vélo avec les guidons surchargés de sacs d'épicerie.

Il avait une façon toute particulière de débarquer de son vélo. C'était comme s'il rapetissait devant lui. Comme s'il le quittait sans se blesser entre les deux jambes si vous voyez ce que je veux faire voir. Pfff! Le vélo suivait son chemin avec ses guidons surchargés et atterrissait simplement contre la clôture, comme s'il y eut toujours été.

Sa démarche n'en était que plus libre et plus déhanchée.

-Ho! Ho! Oui mesieu, mesieu, mesieu... tibizoune-su-a-flaye...

En plus de faire des onomatopées, Vital n'était rien d'autre. C'est ce qu'il ne prétendait même pas.

-J'suis rien. Comment voulez-vous prétendre à rien? J'prétends à rien. J'prétends pas. Chu pas prétentieux. Chu rien.

Ce petit bonhomme de soixante ans, maigre comme un cure-dent et osseux comme un chien mort, n'avait plus aucune ambition. C'était mieux comme ça. Il vient un temps où l'on cesse de virer fou. Ce qui permettait à Vital de ne plus s'en faire. Physiquement, il ressemblait à Marty Fledman. Il souffrait comme lui de strabisme divergent. Et ses yeux exorbités avaient clairement un effet hypnotisant.

S'il faisait des toulidoudlidi c'était pour attirer tous les chats de la ruelle qui répondaient à cette appel humain en se frôlant contre les poteaux comme des chattes en chaleur.

C'est que Vital leur apportait toujours des Ouizquisses. Et les chats raffolent des Ouizquisses.

Vital arrivait en faisant ses toulidoulidi sur son vélo qui se garait tout seul, il brassait son sac de Ouizquisses et zoup! Tous les chats étaient là. Le gros roux qui pleure tout le temps avec une voix quasi humaine. Le blanc et noir qui a l'air soupçonneux. La grosse Grisoune, la colleuse, et Tigrou celui qui rapporte des oiseaux morts en cadeau.

-Mangez les p'tits minous! Toulidoulidi!!!

Ils mangeaient.

Sa voisine d'en face, Rolande, l'observait d'un oeil torve. Elle avait en avait assez de voir les chats venir pisser sur ces sacs de vidanges près du carreporte.h

Cétait une petite madame desséchée qui passait son temps à parler contre ses voisins.

-En plus, lui i' faut qu'i' les attire! On n'en a déjà pas assez de chats comme ça Jéritol!

Or, Grisoune était justement en train de pisser sur ses sacs. Rolande était en beau joual vert. Elle prit la bouilloire qui venait tout juste de chauffer. Puis elle ébouillanta Grisoune qui en vint le dos rond et toute méchante, tant et si bien que Rolande laissa tomber la bouilloire et courut s'enfermer chez-elle tandis que Grisoune, brûlée au troisième degré, rugissait comme une lionne blessée en promettant de se venger du genre humain.

-RRrrrooouyn!

Vital était en beau fusil.

-Madame Rolande! Franchement! Vous pouvez pas faire mal à Grisoune! Qu'est-cé qu'a' vous a faitte Grisoune, hein?

-Vas-t'en chez-vous maudit innocent! C'est pas d'tes affaires! lui cria Rolande au travers de la porte-moustiquaire. J'te dis-tu quoi faire moé? Achale-moé pas pis en r'tourne-toé don' chez-vous maudit tata!

-M'a vous en faire maudit tata madame Rolande! J'vous trouve pas fine fine d'ébouillanter Grisoune de même... Ça va vous suivre dans votre karma!

-Karma-moé un oeil maudit quecombre! Tes chats j'veux pas les voir! Si t'aimes ça d'vivre dans 'a pisse de chats fais pas vivre les autres dans ta pisse!

-Vous devez beaucoup souffrir dans la vie pour m'parler d'même madame Rolande... Vous me faites pitié...

-Pitié-moé un oeil! Décrisse pis mange d'la marde! Maudit malade!

Vital passa une très mauvaise soirée.

Il se demanda si Grisoune allait survivre.

Il ne l'avait plus revue. Peut-être en était-elle morte?

-Les êtres humains sont méchants. N'est-ce pas mes p'tits chats? Toulidoudlidi goudloudloudloulalilontte !