lundi 8 mai 2017

Les deux, dix, douze ou quarante-huit solitudes du Canada

Drapeau de la Colombie-Britannique
Il y aura demain des élections en Colombie-Britannique. Cela fait un mois que les médias tant sociaux que traditionnels nous chauffent les oreilles avec les élections présidentielles françaises. Pourtant, on n'a presque rien entendu à propos de celles qui auront lieu dans notre propre État et qui auront nettement plus d'incidences sur notre vie démocratique que jamais n'en aura la France.

Que l'on soit fédéraliste ou indépendantiste, le Canada est encore notre État et les décisions qui s'y prennent nous affecteront d'une manière ou d'une autre.

J'entends souvent dire que le Canada est le pays des deux solitudes. C'est mal comprendre ce pays qui est plutôt constitué d'une myriade de solitudes. On ne sait pas ce qui se passe d'une province à l'autre. Les Canadiens-Anglais ne connaissent rien de la culture québécoise. Les Québécois ne connaissent rien de la culture canadienne-anglaise. Les uns et les autres ne pourraient pas vous dire quoi que ce soit à propos des Innus, des Anishnabegs, des Tinglits ou des Yukonois. Tout un chacun vit retiré dans sa cour. Quelques-uns seulement prennent le temps d'aller voir ce qui se passe d'un océan à l'autre, de vivre à l'heure de nos voisins, comme si nous faisions partie du même territoire...

Si je vous dis ça, c'est parce que j'ai pris ce temps d'aimer la Colombie-Britannique.

J'y suis arrivé sur le pouce en mars 1993. La neige tombait encore au Québec tandis que les lilas étaient en fleur sur la côte Ouest. J'ai tout de suite ressenti à Vancouver ce que les hippies de New-York devaient ressentir en arrivant à San Francisco. J'avais l'impression d'être en Orient tout en étant en Extrême-Occident... Je me souviens de ce gars qui portait une robe blanche et arborait une barbe rose décorée de fleurs. Puis ces moines bouddhistes tout de jaune vêtus qui demandaient l'aumône aux marchands du Chinatown. J'étais ailleurs tout en étant ici. Et je m'y sentais bienvenu. Les portes s'ouvraient toutes seules sur mon passage. Je trouvais du travail sans avoir à brandir un curriculum vitae. 

-You wanna work? Go for it Frenchie... And I'm gonna pay you in cash at the end of your work shift... Is that right dude?

Et voilà que je travaillais sans m'être expliqué sur mes études, mes antécédents de travail et la couleur de la robe de ma grand-mère. J'aurais souvent tenté la même chose au Québec sans résultat. Nous avons d'autres qualités, bien entendu, mais certainement pas celle de faire confiance aux gens qui postulent pour un emploi.

Au bout de quelques semaines, je vivais presque comme un Britanno-Colombien. J'écoutais Stompin' Tom Connors, Chilliwack et Gordon Lightfoot. Je mangeais du salmon bbq et des salmon berries. Je marchais sous la pluie. Je croisais Donald Sutherland dans un restaurant de Mission City. Je fumais du weed.

Les fédéralistes ont souvent dit que nous allions perdre les montagnes Rocheuses si le Québec se séparait du Canada. Cet argument m'a toujours semblé insignifiant. Ils ne leur seraient pas venus à l'idée que nous allions perdre des gens qui valent bien mieux que des roches...

Bien que je sois indépendantiste, ce qui n'est pas pour moi un abonnement à vie, je n'en demeure pas moins reconnaissant à la Colombie-Britannique et attaché à ses habitants.

Il existe un lien affectif spécial entre les Terre-Neuviens, les Acadiens, les Québécois, les Autochtones et les Britanno-Colombiens. Je ne peux pas m'expliquer à ce sujet. Peut-être parce que nous sommes tous situés à l'extrême du Canadien moyen. Je ne veux pas dire que les autres ne sont pas gentils. Mais j'ai ressenti ce lien indicible. Peut-être constituons-nous des communautés plus conviviales, plus faciles d'accès, je ne sais trop.

Quoi qu'il en soit, la Colombie-Britannique s'en va aux urnes demain.

Les libéraux sont au pouvoir depuis seize ans. Ils sont au coude à coude dans les sondages avec le Nouveau Parti Démocratique (NPD-socialiste) et les Verts.

Les Verts sont plus forts en Colombie-Britannique que n'importe où ailleurs au Canada. C'est ça la côte Ouest. Elle a ce côté hippie et rebelle où l'on ne s'étonne pas d'un gars en robe qui arbore une barbe teinte en rose et ornée de fleurs.

1 commentaire:

monde indien a dit...

Très intéressant - de fil en aiguille ça m ' a amené à aller jetter un oeil sur Terre-Neuve et ses Mi ' kmaqs - passionnant -