jeudi 20 octobre 2016

TRU(i)E STORY

Cette histoire n’est pas facile à raconter mais elle est authentique. Cela s’est passé il y a une vingtaine d’années dans l’arrière-pays, quelque part entre Gentilly et Victoriaville. J’hésite à vous donner le lieu exact des événements pour la simple et bonne raison que ce récit met en scène une personne un peu perturbée qui pourrait se reconnaître et venir me le reprocher.

L'un de mes amis était à la recherche d’un logement ou bien d’une maison à louer. Il fut intrigué par une annonce qui laissait entendre qu’une maison mobile était en vente dans la municipalité paroissiale de X. Ladite maison avait été saisie par les autorités compte tenu que son propriétaire n’avait jamais acquitté son compte de taxes. La ville était prête à la céder pour moins de 2000$ en raison de l’état des lieux. L’ancien propriétaire s’en servait comme d’un dépotoir. Il y avait du gros ménage à faire. De plus, la maison mobile nécessitait de gros travaux de rénovation.

Par contre, le terrain semblait digne d’intérêt. La maison mobile était située près d’un petit ruisseau.  Après un bon ménage, qui sait si ce lieu n'était pas pour devenir des plus enchanteur? Pour tout dire, cela faisait rêver mon ami, un gars qui fumait probablement trop de marijuana.

Nous nous sommes donc présentés, lui et moi, pour aller voir ça de plus près.

La cour de la maison était remplie de vieux pneus, de bouts de ferraille et j’oserais dire de matières fécales d'origine humaine ou animale.

Nous apprîmes que l’ex-propriétaire était un personnage singulier, si je puis me permettre cet euphémisme.

C’était, à en croire le conseiller municipal qui nous fit visiter la maison, un type qui ne se lavait jamais. L'hurluberlu vivait dans sa maison avec une truie qui lui tenait lieu d'animal de compagnie.

Le conseiller municipal, un petit bonhomme dans la cinquantaine qui portait un bermuda et une casquette de golfeur, était un peu gêné de nous montrer les lieux.

Avec raison. Lorsque nous ouvrîmes la porte de la maison mobile, une incroyable odeur de moisissure et de purin nous monta au nez. Les planchers et les murs étaient défoncés et tout y était crotté, sinon abject. On avait sommairement nettoyé à la pelle l'intérieur de la maison mobile pour enlever le plus gros. Néanmoins, des crottes de souris et d'écureuils s'étaient ajoutées. Les comptoirs et la table de cuisine étaient dissimulés sous un lot de bouteilles, de canettes et de boîtes de conserve vides. 

La chambre était encore pire. Le type dormait avec un moteur d’avion… Les draps de son lit étaient translucides de sébum et de vaseline. Des tas de livres d’ingénierie aéronautique traînaient ça et là sur le sol recouvert d’une matière visqueuse d'origine inconnue.

-Il vivait vraiment avec une truie? Il dormait vraiment avec un moteur d’avion? demanda mon ami, les yeux exorbités par ce qui s'offrait à son regard. dont une vieille Bible aux pages crasseuses que nous n'osâmes pas feuilleter.

-Oui… dit le conseiller en se bouchant le nez. Il travaillait aussi à l’abattoir de cochons de Ste-X…. C’était un journalier… Il dépeçait des cochons tous les jours… Et il voulait bâtir son propre avion à ce qu'il paraît...

-Et il vivait avec  une truie tout en dépeçant des cochons à l'abattoir? Hostie c'est malade! osais-je dire.

-Oui… Sa truie s'appelait Gertrude... Et il s’est même passé une histoire que vous ne devez pas raconter à personne… susurra le conseiller en maintenant sa main devant son nez.

-Hum…?

-Eh bien… Heu… On l’a surpris tout nu dans son cours en train de... vous savez quoi... avec Gertrude, sa truie..

-Quoi!?!

-On lui a fait un procès pour bestialité… Ça, le compte de taxes pas payé, plus les plaintes des voisins… Vous comprenez que la ville n’ait pas eu le choix de tout reprendre…

-Et pourquoi un moteur d’avion dans son lit? questionné-je.

-Il rêvait de bâtir son propre Cessna… C’était un type bizarre, pas propre, solitaire et taciturne… Il faisait peur... C'est pour ça que la maison et le terrain ne sont pas dispendieux... Personne n'en veut dans la municipalité...

-Et qu'est-il arrivé à Gertrude? demanda mon ami.

-On l'a remise à l'abattoir, avoua d'un air gêné le conseiller municipal.

Nous nous sommes regardés l’un l’autre moi et mon ami avec un mélange d’étonnement et d’ahurissement.

-J’pense pas que j’vais l’acheter… avoua mon ami. Ça pue l’cochon pis toute cette histoire me lève le cœur! Un gars qui baise sa truie dans la cour… Un gars qui travaille à l’abattoir de cochons pis qui couche avec un moteur d’avion dans son lit… C’est trop fucké! Ce lieu fout la poisse… Brrr!!!

Nous avons contemplé le petit ruisseau pendant quelques instants. Un mince rayon de soleil filtrait entre les arbres. Des champignons se montraient la tête entre les feuilles mortes. Rien de bucolique néanmoins. Il était impossible de s'ôter de la tête ce qui s'était passé en ce lieu.

Moi et mon ami avons tout de même convenu d'explorer les alentours après que le conseiller nous ait quitté. L'ami tenait à partager un joint qu'il avait préalablement roulé avant cette visite inusitée.

Nous avons sauté par-dessus le ruisseau pour ne pas nous mouiller les pieds. Comme il faisait à peine trois pieds de largeur ce n’était pas si difficile. Par contre, j’ai perdu conscience du fait d’être mal atterri sur mon pied. Un courant électrique me traversa le corps du pied à la tête puis je me suis effondré.

-Qu’est-ce que t’as? m’a demandé mon ami après m’avoir aspergé le visage avec l’eau malpropre et malodorante du ruisseau.

-J’sais pas… J’ai perdu conscience…

Nous avons mis fin à notre exploration des lieux. J'ai même abandonné l'idée de fumer un joint.

Qu'est-ce qui s'était passé? Encore aujourd'hui, j'avoue que je n'en sais rien.


Pas besoin de vous dire que nous n’avons jamais remis les pieds là où il y eut un type qui faisait de vilaines choses avec sa truie dans la cour.

Pas besoin d'ajouter que lorsque je vois un terrain ou une maison mobile à vendre pour trois fois rien, il m'est impossible de m'enlever ces événements de la tête.

1 commentaire:

monde indien a dit...

Le dessin est super !
Il me fait penser aux illustrations des livres de Roald Dahl ( les deux gredins ) par Quentin Blake -
Roald Dahl était un écrivain extraordinaire qui a beaucoup écrit pour les enfants , mais pas seulement -
( m^me ses lives pour les enfants sont extraordinaires ) -