samedi 22 octobre 2016

Mon pays n'est pas pour les chochottes

Le vent soufflait des rafales de neige dans les vitres de notre logement. Il y avait donc cette possibilité que l'école soit fermée en raison de la tempête. Nous allumions la radio et écoutions la station CHLN au 550 de la bande AM pour en avoir le coeur net.

-...toutes les écoles de la Commission scolaire de Trois-Rivières sont fermées ce matin... aussi celles de Nicolet et de Drummondville... La tempête pourrait laisser 20 pouces de neige au sol.. Demeurez en ondes... Dans quelques instants on vous fera jouer le dernier succès de Boule Noire...

-Yahou! nous réjouissions-nous. Pas d'école aujourd'hui!!!

Cela ne signifiait pas que nous allions nous la couler douce à la maison. Il fallait d'abord songer à se faire de l'argent avec nos pelles. 

-Voulez-vous qu'on déblaye votre parking m'sieur? Cinq piastres...

-Ok...

Et nous déblayions le stationnement de la cordonnerie, de la buanderie, de la pâtisserie, du dépanneur et autres particuliers. Puis on s'amusait comme il se doit. Nous revenions à la maison épuisés mais heureux d'avoir manqué l'école. S'il nous restait quelques forces, nous allions déblayer la patinoire du parc des Pins pour jouer au hockey ou bien nous faisions les quatre cents coups dans les ruelles et hangars environnants.

***

On annonce trois jours de pluie forte. Ce n'est pas encore le temps pour les tempêtes de neige mais je me doute que j'en verrai d'autres cette année. 

Je me revois jouer dehors sous la tempête et même aujourd'hui je me sens toujours d'attaque pour affronter la pluie, le grésil et le blizzard.

Je m'habille chaudement. Je revêts un imperméable. Et hop sous la pluie!

Les rues sont désertes et c'est tant mieux.

Je semble être le seul fou sur les trottoirs.

C'est comme si je vivais une grande aventure alors qu'il n'y a rien que de très banal.

L'enfant encore en moi s'invente des scénarios.

Je suis un explorateur de l'Arctique.

Je suis un soldat sous la pluie qui s'avance vers l'ennemi.

Je suis un vagabond qui se méritera une bonne tasse de café bien chaud lorsqu'il se trouvera un abri.

***

Plus je vieillis et plus je regrette de voir que les gens soient devenus si chochottes dans les grandes villes.

J'en entends des tas pleurnicher de voir tomber la pluie ou la neige.

Ils rêvent de voyager dans le Sud, de quitter ce monde qui est le nôtre pour se conférer l'illusion d'une vie qui ne sera jamais la leur.

Ils s'enferment pour des mois devant leur téléviseur et vivent par procuration.

Tandis que moi, le vieux con, je chante sous la pluie comme sous la neige.

Je ris d'être trempé jusqu'aux os.

Je me réjouis de marcher dans deux pieds de neige.

Je siffle comme si j'étais l'homme le plus heureux du monde quand le décor suggère la désolation.

Je vais donc passer une belle fin de semaine puisque la météo ne nous promet que du mauvais temps.

La soupe n'en sera que meilleure.