mercredi 5 octobre 2016

Hommage aux pelleteurs de nuages

On doit les plus grands accomplissements de l'humanité à des types qui étaient marginaux, hérétiques et, il faut bien le dire, pelleteurs de nuages.

Je ne m'attends pas à ce que tout un chacun me donne raison à ce sujet. Si c'était le cas, il n'y aurait plus de marginaux, d'hérétiques et de pelleteurs de nuages. Nous en avons tellement besoin qu'il serait malheureux de s'en priver en changeant l'ordre naturel de ces êtres qui se réduisent volontairement à l'état de choses.

Il y a sans doute quelque chose d'aristocratique dans mon affirmation. Quelque chose qui dérange. Pourquoi vanter celui ou celle qui ne fait pas comme tout le monde, hein?

Nous baignons tous dans la même soupe. Il n'y a aucune raison pour qu'untel se permette de critiquer la vieille recette. Aucune raison de faire semblant de planer au-dessus de cette soupe. Rien qui ne justifie la remise en cause de ce que l'on tient pour vrai et définitif.

Bref, malheur à celui par qui le scandale arrive!

On a déjà entendu ça quelque part, aujourd'hui comme hier. Rabattre le caquet des pelleteurs de nuages fait partie de l'administration commune. Si tout le monde se prenait à rêver et à tout remettre en question, eh bien on ne trouverait plus ses outils dans l'atelier.

Du coup, on sombrerait dans l'anxiété. Ce n'est pas tout le monde qui peut supporter le poids de l'infini des possibilités. Ce qui fait en sorte que l'humanité avance lentement, recule souvent, et cloue au pilori ceux qui n'ont pas pris la peine de taire leur hérésie comme il se doit.

Les soumis appellent ça de la ruse. Personne n'aime cette idée de tenir le mauvais rôle. C'est pourquoi les soumis ont reçu de tout temps plus d'honneurs et de médailles que les insoumis. Paraître pour un héros tout en étant un zéro assure la pérennité de nos institutions humaines.

Heureusement qu'il y a les mathématiques pour permettre à des pelleteurs de nuages de se faire parfois entendre. Einstein, ce dilettante qui pratiquait la science comme un loisir au bureau des brevets de Berne, a bousculé la physique et la conception du monde de notre temps avec quelques chiffres lancés sur du papier. Des chiffres qui expliquaient des anomalies que n'expliquait pas la physique classique. On aurait bien voulu le pendre pour ça dans certaines universités où de vieux barbus étaient convaincus que tout avait été trouvé et prouvé.

***

Je suis bien plus pelleteur de nuages que mathématicien et m'en veux à l'avance de proposer une démonstration mathématique pour résoudre un problème humain.

Pourquoi se rebeller contre tous si l'on est traité comme un hérétique, un paria et un malpropre?

Pourquoi venir brouiller les eaux limpides du bon vieux savoir réconfortant en y jetant un pavé?

Voici ma démonstration mathématique.

Un plus zéro, plus zéro, plus zéro est égal à un.

Une personne debout, plus zéro personne debout, plus un autre zéro personne debout est égal à une personne debout.

Affirmer l'unicité de sa pensée, envers et contre tous, n'est certes pas facile.

Néanmoins, on ne retiendra que cette unicité au bout du compte.

Les zéros seront effacés.

Et c'est très bien ainsi.

Même si les pelleteurs de nuages n'auront jamais la cote...

5 commentaires:

monde indien a dit...

Pelleteurs de nuages ... qu ' ils disent !
Mieux vaut les nuages que l ' or ou les diamants !

Guillaume Lajeunesse a dit...

Héhé, tu es impitoyable avec les « institutionnalisés » qui aiment se donner les uns les autres des petites tapes dans le dos ! Il m'arrive souvent de me dire, moi aussi, que les faibles véritables ont pris le pouvoir pour cacher leur faiblesse, et que les durs, eux, ont emprunté des voies véritablement ardues, ce qui leur donne, sacré paradoxe, artificiellement l'air faiblard, par bouts. Je fais cette analogie des sentiers battus, dans ma tête. J'imagine le type, je vois le type qui n'en fait ainsi qu'à sa tête, dans la forêt, ou en randonnée, et qui une fois de temps en temps, las d'avoir les jambes éraflées et le souffle court, réintègre, un petit moment, les sentiers réguliers, où il fait figure de monstre sympathique auprès des marcheurs. « Que cet homme n'est pas en forme ! », pensent les autres, souriants malgré tout.

Gaétan Bouchard a dit...
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Gaétan Bouchard a dit...

@Monde indien: Ils sont fous ces Romains! :)

Gaétan Bouchard a dit...

@Guillaume Lajeunesse: J'aime bien ton propos imagé. Pour ceux qui suivent les sentiers battus les types qui vont hors-sentier passent pour des éclopés, sinon pour des imbéciles. Pourtant, nous serons bien quelques-uns à reconnaître la valeur de leur audace. Et c'est tout ce qui compte.