mardi 18 octobre 2016

L'amour se passe d'explications

J'ai cru remarquer que tous ceux qui se hasardaient à expliquer l'amour selon des critères rationnels n'étaient généralement pas amoureux.

Si je l'ai remarqué, c'est sans doute que je fus un jour du nombre de ceux-là.

Rien ne nous rend plus cynique envers l'amour que la solitude.

Cette solitude nous attendra tous et toutes dans le détour, un jour ou l'autre, puisque rien n'est éternel, même pas le soleil.

J'ai été cynique face à l'amour, comme la plupart des gens de ma génération au Québec. 

J'ai été jusqu'à douter de l'amour manifesté par mes parents. Je me disais qu'ils faisaient semblant puisque tous les couples que je connaissais finissaient par se séparer. C'était absurde de les voir se promener main dans la main après vingt-cinq ans de vie commune! Ils ne pouvaient que se mentir de se donner des baisers devant nous comme s'ils venaient de se fiancer...

J'ai donc perçu l'amour comme un réflexe biologique, un besoin de faire son changement d'huile pour parler crûment.  

Puis, un jour, sans crier gare, je suis tombé amoureux...

Ce fut d'abord une tragédie. J'étais incapable de marchander avec mes émotions. Je m'étais constitué une forteresse d'explications toutes faites qui contrevenaient à cet insolite dérèglement de mes sens. J'avais tellement raillé l'amour que je ne fus rien de moins que démoli la première fois que j'ai eu à y faire face.

Cela me fit revenir à contrecoeur vers mon cynisme primal. Pourtant, j'avais touché à ce sentiment jusqu'alors inconnu. Je savais en mon for intérieur que je me mentais avec mes explications et ma rationalité.

D'un passion amoureuse à l'autre, j'ai cheminé vers plus de beauté et moins de compromis avec elle.

Je n'ai pas laissé s'éteindre la flamme.

Puis, un jour, je l'ai rencontrée. Rencontrée qui? Celle avec qui je suis encore et toujours en amour...

Je me sens privilégié de vivre ce grand amour.

Je comprends qu'il n'est pas vécu par tout le monde.

Je sais que la solitude est le lot de la majeure partie de l'humanité.

Je finis par me dire pourquoi moi?

Pourquoi me suis-je mérité tant d'amour? Pourquoi l'ai-je rencontrée, elle, alors que tant de gens cherchent encore l'amour?

Je ne trouve pas de réponses à ces questions.

Chaque jour et chaque nuit qui passent sont vécues auprès d'elle.

C'est mon amour, mon amie, ma camarade...

Et ça ne s'explique pas.

C'est pourtant clair comme de l'eau de roche.

C'est limpide.

C'est beau.

Nous en serons bientôt à seize ans de vie commune.

Rien ne s'est éteint depuis notre premier baiser. La flamme est toujours aussi vive. Les raisons me semblent toujours aussi vaines. Et je méprise souverainement les explications sur cet amour inconditionnel.

Dostoïevski a écrit que la beauté sauvera le monde.

Il aurait pu écrire qu'elle me sauvera, moi.

Mais il ne me connaissait pas.

Enfin, pas comme ma blonde me connaît...