mardi 11 octobre 2016

Mon petit moi et les soins de santé

Chers lecteurs et lectrices, je m'en veux à l'avance de vous raconter les pâles aventures de mon petit moi. Je crains de sombrer dans la fatuité chaque fois que j'expose une anecdote qui me met en scène. Écrire à la première personne du singulier n'est pas sans risques. Je les prends, ces risques, en me couvrant la tête de cendres pour me faire pardonner la pitoyable expression de mon je.

Pourtant, je ne trouve rien de mieux à vous raconter pour le moment...

Je pourrais avoir recours à un subterfuge, comme je le fais souvent. Je pourrais raconter cette histoire en la mettant sur le compte d'un personnage qui serait laid, maigrelet, peu affable, bref tout le contraire de moi-même pour que personne ne me soupçonne d'être derrière celui-là.

Assez d'excuses et venons-en au fait.

Hier, lecteurs et lectrices, je suis allé à l'hôpital pour une infection subite de la joue interne. Je ressemblais à un écureuil avec ma grosse bajoue qui déformait mon visage. Je me suis donc présenté à l'urgence de l'Hôpital Sainte-Marie, à Trois-Rivières, pour bénéficier d'un traitement approprié.

Une quinzaine de personnes y poireautaient et, selon toute vraisemblance, je devais m'attendre à patienter au moins autant que ceux qui s'y trouvaient déjà. Certains attendaient depuis plus de douze heures et n'étaient pas encore près de passer. Des ambulances avaient déposé toute la nuit durant des cas de mort imminente qui monopolisaient toute l'attention du personnel médical. Les cas de grippes et d'infections mineures passèrent au second plan.

Une infirmière responsable de l'évaluation des patients de l'urgence me fit savoir que les délais d'attente faisaient en sorte que je pouvais attendre encore un bon moment.

-Vous pouvez aller à l'Hôpital Cloutier... Si cela vous intéresse... Ils prennent encore des patients... qu'elle m'a dit sur un ton désespéré.

-Heu... non... je vais attendre, ai-je répondu innocemment.

J'avais des livres et de la musique pour tenir un long siège sur un siège de plastique inconfortable. Pas question que j'aille au Cap-de-la-Madeleine. J'y suis j'y reste, nah!

Évidemment, son discours ne fut pas sans effet.

Des tas de patients décidèrent de quitter l'urgence de l'Hôpital Saint-Marie pour aller voir ailleurs.

Tant et si bien que je suis passé deux heures seulement après qu'elle m'eut dit d'aller à l'urgence de l'Hôpital Cloutier...

J'ai rencontré une urgentologue qui m'a prescrit de la pénicilline après m'avoir ausculté.

Je suis donc passé en moins de six heures. Ce qui me semble un délai très raisonnable.

***

Cela dit, je me permettrai quelques remarques.

Je suis en faveur des soins de santé publics et universels. Jamais je n'aurai recours aux soins de santé privés, tant par principe que par manque de moyens financiers.

J'ai déjà payé pour des soins de santé publics. Mon relevé de paie et mon rapport d'impôts en font largement mention.

Les médecins qui travaillent dans les cabinets privés ne m'inspirent pas confiance. Le docteur qui veut plus d'argent et moins de travail ne me semble pas un bon médecin, mais une charogne libérale. Qu'il aille se faire foutre en Arabie Saoudite! Je ne lui confierai ni ma santé ni mes sous. Ni rien. Pas même un brin d'estime. Je veux être soigné par un camarade médecin. Pas par un businessman.

Les docteurs du système de santé public sont au front et font du bien malgré tout ce que l'on pourrait médire à ce sujet. Leur serment d'Hippocrate n'est pas un serment d'hypocrite. Idem pour les infirmières, les infirmiers et les préposés. Même si les urgences débordent, même si le système semble sur le point d'éclater, ces gens-là sont des héros, des purs patriotes, des humains!

Les autres, dans le privé, sont des salopards. Qu'ils aillent se crosser avec une poignée de braquettes.

Fuck le privé! Fuck les États-Unis!

Vive la justice sociale!

Vive la social-démocratie québécoise!

***

J'ai fait face à des airs de cul à l'urgence. Bien entendu. La préposée à l'inscription avait l'air bête. L'infirmière à l'évaluation n'était pas des plus affable. Cependant, les agents de sécurité étaient impeccables de même que le personnel soignant une fois franchie la barrière de l'évaluation. Les infirmières sont plus humaines sous la supervision des médecins... C'est mon hypothèse.

J'ai trouvé une prescription par terre, hier à l'urgence.

Lorsque je suis venu pour la remettre à la préposée à l'inscription, elle ne m'a pas adressé la parole. Elle m'a fait un signe de la main plutôt grossier signifiant que je devais attendre. J'ai attendu au moins trois bonnes minutes tandis qu'elle se préoccupait de son écran. Puis l'interphone a fait entendre mon nom.

-Gaétan Bouchard est demandé à la salle D-4. Gaétan Bouchard salle D-4.

J'ai passé, sans rien dire, la prescription perdue d'Untel dans le petit trou de la vitre en fibre de verre qui me séparait de la commis à l'inscription.

Débrouille-toi avec ça bougre d'abrutie... me suis-je dit en moi-même tandis qu'elle me regardait d'un air médusé. Va te limer les ongles!

Puis j'ai volé vers mon rendez-vous, heureux comme un gars qui allait enfin recevoir sa prescription d'antibiotique.

***

Donc, voici mes notes finales.

Agent de sécurité: 11 sur 10. L'une d'entre eux a même donné sa collation à une pauvre folle qui se plaignait d'avoir faim et d'attendre depuis douze heures. Ce ne sont pas les mieux payés de l'établissement. Est-ce que leur proximité financière avec la misère en fait des êtres humains meilleurs?

Infirmière à l'évaluation: 5 sur 10. Mauvaise gestion du stress et manque flagrant de communication avec les citoyens qui paient son salaire.

Commis à l'inscription: -10 sur 10. Conne qui ne mérite pas d'être payée autant pour faire chier tout le monde. Devrait être remplacée par un ordinateur intelligent qui nous répondrait avec une voix métallique mais agréable.

Urgentologue: 10 sur 10. Humaine malgré la vitesse de son intervention. Prescription médicale sans fautes d'orthographe. On aimerait que la commis à l'inscription ait elle aussi fait de hautes études pour acquérir de bonnes manières.

Pharmacienne: 10 sur 10. Comme toujours. Depuis que je ne vais plus me faire chier à la Pharmacie Jean-Foutu de la rue X pour faire face à des airs de cul qui te regardent comme quelqu'un qui les dérange. Ils sont gentils et attentionnés pour des vendeurs de drogues, les employés du Familiprix du 776 du boulevard du Saint-Maurice, à Trois-Rivières, juste à côté du Super C. Je ne regrette pas d'y avoir fait transféré mes prescriptions. Je n'ai pas envie d'enrichir des gens qui ne le méritent pas.

Pénicilline: Excellente. Elle fond sous la langue. Mioum!