lundi 17 octobre 2016

Les intellectuels face au mensonge

Je suis probablement un intellectuel. Je lis des tas de gros livres et suis constamment en train de faire référence à des auteurs morts depuis des lustres. J'explique un tant soit peu le monde avec les arts et les lettres. Je confonds souvent les livres d'histoire avec l'histoire réelle. J'adhère inconsciemment à des théories qui témoignent de mes courtes vues de rat de bibliothèque.

Je me méfie pourtant des intellectuels. Je connais tout le mal qu'ils peuvent porter en eux-mêmes. Je ne les trouve ni meilleurs ni plus fiables que le commun des mortels. Bref, je ne les mets pas sur un piédestal. Ils ne figurent pas au panthéon des gens que j'admire.

J'admire d'abord et avant tout la bonté et la grandeur d'âme. Je la trouve trop souvent chez des gens qui n'ont pas ce que l'on appelle une tête bien faite. Qu'ils ne sachent rien sur Gilgamesh ou Montaigne ne m'irritent pas du tout. J'aime les gens qui ont le coeur tendre et le regard doux. J'évite la compagnie des personnes trop rationnelles. Je dirais même qu'elles m'effraient.

Derrière la Shoah il y a des comptables, des statisticiens, des fonctionnaires et des amateurs de culture classique. 

Derrière les vingt millions de morts de Staline il y a aussi les grands ballets russes.

Tous les crimes politiques ont toujours trouvé leur justification pour une frange importante de l'intelligentsia. Pour un artiste authentique qui s'indigne de la barbarie de ses contemporains, on en trouve mille qui répètent que tout s'explique par A plus B.

Bien que je sois un intellectuel, je ne fréquente pas ces milieux où ils évoluent. Je me mêle à ce monde que l'on dit petit pour se conférer une illusoire grandeur. Je parle avec des gens fripés, sinon avec des fripouilles. Je ne me sens bien qu'avec ceux et celles qui ne comprennent rien à tout ce cirque. Je suis comme eux cela dit, malgré tous ces livres que j'ai lus. Je prends parti pour le publicain contre le pharisien des Évangiles.

Rien ne m'est plus étranger que de faire face à quelqu'un qui brandit un livre comme la solution à tout ce qu'il voit et peut ressentir.

Je ne méprise ni les livres ni l'écriture. J'écris et lis si souvent que cela témoigne plutôt de mon attrait pour cette forme de divertissement.

Par contre, je cherche la vérité ailleurs.

Ou plutôt: je la cherche partout.

Jusqu'à maintenant, j'aurai surtout trouvé du mensonge.

Mes propres mensonges, d'abord et avant tout.

Et puis tous ceux que l'on nous sert jour après jour pour justifier l'injustifiable.

Je me tiens donc loin de tous ces bréviaires qui encensent la souffrance commise envers nos semblables au nom d'idéaux mesquins où les moyens s'écartent de la fin.

***

Lu sur Facebook une citation qui provient peut-être de Bill Murray. Avec Facebook, on ne sait jamais si c'est vrai... Par contre, le propos est sensé, que ce soit Bill Murray ou Fanfan Dédé qui l'ait prononcé.

Quand on ment au gouvernement, on dit que c'est un crime.

Quand le gouvernement nous ment, on dit que c'est de la politique.

Cela me semble sensé.

D'autant plus sensé qu'on trouvera des masses d'intellectuels pour justifier la politique et, par conséquent, le mensonge.

1 commentaire:

monde indien a dit...

Ce n ' est pas l ' art ou la pensée qui sont à mettre en cause - Au contraire , ils sont bénéfiques s ' ils connaissent cela :
" J'aime les gens qui ont le coeur tendre et le regard doux. "