jeudi 6 octobre 2016

Poésie, quand tu nous tiens...

"Maître de philosophie : On les peut mettre premièrement comme vous avez dit. Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. Ou bien : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir. Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour.
Monsieur Jourdain : Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure ?
Maître de philosophie: Celle que vous avez dite : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour."

Molière, Le bourgeois gentilhomme, Acte 2, Scène 4

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C'est en ce moment le Festival de la poésie à Trois-Rivières.

J'en consomme beaucoup sous la forme de chansons, moins sous la forme littéraire.

Les poèmes sans rimes me touchent que s'ils respectent une certaine syntaxe. Autrement je décroche.

Luc va à l'école.

Je sourcille lorsque je lis À l'école, Luc va.

Cela me semble l'oeuvre d'une demi-portion.

Les poèmes en prose les plus fameux sont ceux de Baudelaire, Rimbaud, Lautréamont, Cendrars et Prévert parce qu'on n'y ressent pas tout à fait cette impression de maladresse et de fatuité si courante chez certains poètes institutionnalisés que l'on présente au Festival de la poésie.

La beauté de la langue française est pour ma part indissociable de l'ordre logique du discours.

Les inversions me déplaisent.

Elles me font la même impression que le bruit strident que peut émettre une craie au tableau noir.

Chaque fois que je tombe sur des "Fraternelle elle est, poésie!" ou bien des "Cueillie est la rose fleur" je sens monter en moi une irrépressible envie de fuir.

Ce n'est pas parce que je n'aime pas la poésie.

J'en écoute tous les jours.

J'en lis même de temps à autres.

Mais on ne me fait pas le coup du bourgeois gentilhomme.

Je ne suis pas Monsieur Jourdain.

Je ne me pâme pas devant des mots écrits tout croches et tout de travers.

Je ne suis pas insensible à la beauté, bien au contraire.

Je suis insensible à la laideur et au manque de talent.

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