samedi 17 septembre 2016

Une odeur d'humus

Une odeur d'humus est venue flatter mes narines ce matin dès que j'ai ouvert la porte. Cela sent l'automne, même en plein centre-ville. Les feuilles vont prendre des couleurs plus vives. La nature va s'endormir tout doucement. L'eau du robinet deviendra bientôt froide comme de la glace.

Avec l'automne reviennent aussi les activités de saison. On va enlever et nettoyer les airs climatisés. On va faire mijoter de la soupe. On va ranger le linge d'été et sortir le linge d'hiver.

L'air étant plus frais les promenades seront d'autant plus agréables.

Jusque là, je ne dis rien que vous ne saviez pas déjà.

Ces lieux communs ont parfois quelque chose de réconfortant. Comme de dormir au frais enfoui sous les draps. Comme de souffler sur une cuillère débordante de bortsch trop chaud.

C'est aussi la saison des champignons. Je n'en ramasse pas mais l'un de mes amis le fait. Je me souviens d'une année où Robob, cet ami en question, avait ramené un sac vert débordant de champignons qui puaient la moisissure. Un peu plus et je ne mangeais plus jamais de champignons de ma vie! Par contre, je me dois d'ajouter que les vesses de loup sont des champignons plus que succulents. Cela ressemble à une grosse guimauve et ça goûte les noisettes sans aucun arrière-goût.

On dit aussi que c'est la rentrée scolaire, la rentrée littéraire, la rentrée culturelle, bref la rentrée de n'importe quoi,

Pour ce qui est de l'école, je ne trouve rien à redire. C'est un passage obligé. Passage que je faisais à la bibliothèque aussi souvent que possible pour soigner mon esprit des cours magistraux soporifiques.
Je ne voudrais pas être écolier de nos jours. Avec toute la technologie dont on dispose, je serais rapidement devenu un décrocheur.

La rentrée culturelle n'est pas pour moi. Je m'intéresse à la culture, moins aux tapis rouges. À vrai dire, je ne suis pas le guide suprême du bon goût et laisse les gens aimer ce qu'ils veulent. Moi, j'aime surtout les vieilleries. Je suis un tantinet vintage.  Je fréquente encore Maupassant, Tchekhov et John Lee Hooker. J'écoute de la musique carrément rétro. Bref, je me fais vieux depuis toujours.

Je suis trop cheap pour porter du neuf.

Les livres neufs sont trop chers. Je n'ai pas de budget pour m'en acheter aussi souvent que je le souhaiterais. Peut-être que ma culture adhère aux vieilleries par souci d'économie.

Encore qu'en anglais la littérature soit plus accessible. Vous obtiendrez les oeuvres complètes de Shakespeare pour douze dollars en anglais. En français, vous ne vous en sortirez pas en bas de soixante dollars. On paie l'imprimé trois à quatre fois plus cher en français. Ce qui devrait être une honte nationale. Comme de payer notre connexion Internet sept fois plus cher qu'aux États-Unis pour un service tout aussi pourri que limité. C'est même moins cher en Libye qu'ici au Canada. La culture est malheureusement dans l'objectif des arnaqueurs.

L'automne ramène aussi à Trois-Rivières le Festival international de la poésie. J'ai fait la paix avec cet événement même s'il y a lieu de s'indigner que les prébendes, les per diem et les subventions reviennent souvent, selon moi, aux membres de la culture dite officielle. Les professeurs de Cégep reçoivent plus que leur part au pro-rata des artistes. Comme si la culture ne pouvait vivre que dans un bocal, comme les poissons rouges.

La culture n'étant pas une science exacte on s'entend pour établir des gardiens du goût qui choisissent et financent avec l'argent de tout le monde. Les idées les plus confuses et les plus abstraites sont mises à l'avant-plan pour correspondre à la vacuité intérieure de nos élites. Malgré tout, c'est mieux qu'un Grand Prix de Formule Un. Ce n'est pas parfait mais ça laisse entrevoir un idéal plus ou moins bien servi. Un poème ennuyeux vaut mieux qu'une belle mécanique grondante.

Les plus grands artistes de tous les temps étaient plus ou moins marginaux et asociaux. On ne les imagine pas au sein d'une association en train de téter des subventions ou des faveurs du pouvoir. Ils faisaient ce que leur dictait leur conscience pour sauver leur âme des conventions établies. C'est du moins ce que je ressens. Peut-être parce que je ne fréquente que des artistes sulfureux, farouchement individualistes et cyniques comme un tonneau vide abandonné dans le dépotoir de la vieille Athènes.

C'est l'automne sous peu et je déblatère, comme toujours, au lieu de gonfler mes narines d'humus.

C'est aussi le temps des courges. le temps des pommes, bref le temps des récoltes.

Au lieu de maugréer envers et contre tout, je ferais mieux de faire une bonne salade de cerises de terre avec des courges farcies et gratinées au four.

Je ne changerai pas le monde aujourd'hui ni demain.

Je ne le dis pas par fatalité ni par réalisme.

Je vais tenter de le changer, encore et encore, même si je n'y réussis pas.

Bref, j'accepte et assume pleinement ma naïveté.

Sans elle, je parlerais des cotes de la Bourse au lieu de chanter l'humus qui flatte mes narines.

Au fait, j'ai écrit un petit poème à ce sujet. Il va comme suit:

L'humus flatte mes narines
Oh! le bon humus...
Je suis content, si content!
Houba! Houba!
Comme le marsupilami
L'ami de Spirou et Fantasio
Ah! poésie quand tu nous tiens!!!

Fin du poème. Je sais que c'est nul à chier. J'ai pris exemple sur ce qui se publie et se finance le mieux. La subvention peut être déposée dans mon compte bancaire pour me rappeler aux choses sérieuses.