dimanche 18 septembre 2016

Roger Bontemps

Ma mère disait souvent de moi que j'étais un roger-bontemps.

Je comprenais vaguement qu'elle voulait dire que je ne me souciais de rien, que j'étais léger comme l'air, que je vivais d'amour et d'eau fraîche. Je devais être un peu comme le Survenant de Germaine Guèvremont, un homme qui dérange par son comportement libertaire et sa désinvolture. Un bon gars qu'on peut trouver ivre mort dans un coin en train de chanter des chansons grivoises ou de jouer de l'harmonica.

Roger-bontemps comme je le suis, je n'ai jamais investigué sur ce thème. Jusqu'à tout récemment. C'est-à-dire il y a quelques minutes.

Je croyais que c'était une expression du terroir. Cela venait sans doute de mes ancêtres. Roger-bontemps faisait partie des expressions comme quétaine, bécosse, dégréyez-vous enlevez vos botterlots pis votre capot, tabarnak, hostie toastée et combien d'autres paroles truculentes...

Qu'elle ne fût pas ma surprise de découvrir l'origine purement académique de l'expression!

En fouillant sur l'Internet, on me renvoie à la huitième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1932-1935) qui me dit ceci d'un roger-bontemps.


"ROGER-BONTEMPS. n. m. Il se dit d'une Personne de belle humeur et qui vit sans aucune espèce de souci. Un gros Roger-Bontemps. C'est un vrai Roger-Bontemps. Il est familier."


Je suis d'abord étonné que roger-bontemps s'écrive ainsi. Je croyais bien faire en écrivant Roger Bontemps. 

En grattant un peu plus pour découvrir son étymologie, j'apprends via le douteux wiktionnaire que l'expression roger-bontemps serait le surnom donné à Roger de Collerye (1468-1536), secrétaire de l'évêque d'Auxerre. C'était, semble-t-il, un homme d'humeur joviale ayant présidé à Auxerre une société facétieuse sous le sobriquet d'abbé des fous. On lui doit, entre autres, des pièces de théâtre et des poésies obscènes. Ce qui n'est pas sans me ravir de porter la marque de roger-bontemps.


***


J'en sais déjà plus sur ce roger-bontemps qui me chicote depuis si longtemps.



Être un roger-bontemps, pour moi, c'est suivre l'exemple de personnages réels ou imaginaires comme le Survenant, Alexandre le bienheureux, Georges Brassens.

Cela ne me semble pas une insulte.

Bien au contraire.

C'est même un compliment, foi de gros roger-bontemps.