vendredi 16 septembre 2016

Soeur Matamain

Marylin Manson dans le film Conjuring 2
La religion a toujours quelque chose d'un peu nauséabond lorsque l'on gratte un peu les feuilles d'or qui la recouvre pour lui conférer un peu d'éclat.

Sous les artifices de la majesté divine, on y découvre souvent les plus sombres passions de l'humain en regard desquels les péchés des laïcs peuvent facilement passer pour des vertus.

Évidemment, ce n'est que mon interprétation, celle d'un écrivain mineur qui mélange un peu trop facilement l'opinion et la littérature.

Pourtant, chers lecteurs et lectrices, je m'en voudrais de passer sous silence la biographie de Germaine Martineau, alias Soeur Germaine, mieux connue sous le quolibet de Soeur Matamain.

Germaine Martineau est bien vieille pour lui casser du sucre sur le dos, j'en conviens. Elle est devenue une vieille rabougrie qui déplace peu d'air en égrenant son chapelet et en faisant ses incantations quotidiennes pour se donner une raison d'être.

Ceux qui l'ont connue sont unanimes pour dire que c'était une vieille vache obscène qui avait les mains un peu trop longues avec les jeunes filles du Collège Marie-Réparatrice.

En fouillant un peu chez les Martineau, qui l'ont bien connue, on peut entrevoir que Germaine avait été une fille laide bourrée de ressentiments envers ses semblables. La religion n'avait pas tant été pour elle une planche de salut qu'une occasion de se venger de tous ceux qui n'avaient pas la détermination, la discipline et le stoïcisme de sa laideur. Petite, osseuse avec des yeux de chauve-souris anorexique, Germaine faisait autant pitié que peur à voir. Elle n'aimait pas les garçons qui, d'ailleurs, ne pensaient qu'à ça. Elle préférait les filles, mais ça ne se disait pas dans la société à l'époque où elle entra dans les ordres.

Ce qui fait qu'elle devint religieuse puis surveillante des jeunes filles de bonne famille qui fréquentaient le Collège Marie-Réparatrice.

Rien ne lui était plus familier que de repérer chez ces jeunes filles tous les manquements aux bonnes moeurs catholiques. Dans les années '40 et '50, au début de sa vocation, elle usa et abusa de corrections envers ses jeunes victimes. Elle frappait, griffait et humiliait les jeunes filles. Soeur Germaine prétendait que c'était pour les conduire vers le droit chemin. En fait, elle éprouvait beaucoup de délectation à les frapper. Tant et si bien que la religieuse finissait par inonder de cyprine sa culotte. Et comme la vache jouissait, le lendemain elle recommençait avec encore plus de fascination morbide pour le Bien avec un grand B.

Les jeunes filles avaient fini par la surnommer Soeur Matamain (Soeur Mets-ta-main-dans-mon-cul disaient-elles aussi) non seulement parce qu'elle les frappait, mais aussi pour ses attouchements impudiques tandis qu'elle les frappait. Les jeunes filles se sentaient impuissantes à combattre le Bien avec un grand B. Elles se laissaient faire avec une certaine résignation qui se métamorphosa en juste colère pour certaines d'entre elles à la sortie du collège.

Plusieurs jeunes filles devenues jeunes femmes refusèrent d'aller à l'église, jetèrent leur chapelet aux ordures, écoutèrent la musique d'Elvis Presley et des Beatles, couchèrent avec des tas de mecs, eurent même du plaisir à jouer aux fesses, et se jurèrent de cracher sur l'Église aussi longtemps qu'elles vivraient en souvenir de l'ignoble Soeur Matamain.

Soeur Matamain continua de se nourrir de pensées perverses tout en se croyant une épouse du Christ.

Dans la foulée de la Révolution tranquille on sépara progressivement l'Église de l'État pour protéger les jeunes gens des pervers religieux et autres vieilles tabarnaks.

Soeur Matamain se recycla en organisatrice de la charité. Elle s'engagea dans la distribution de pain moisi aux pauvres.

Il n'y avait pas personne plus suspicieuse que Soeur Matamain. Chaque pauvre qui se présentait devant elle avait à ses yeux inquisiteurs quelque chose de vulgaire et de profondément démoniaque.

Cette femme avec six enfants sous les bras changeait de conjoint tous les six mois. Et cet homme au regard torve venait tout juste de sortir de prison pour avoir vendu de la drogue. Tous ces pauvres étaient habités par le péché et pas besoin de vous dire que Soeur Matamain se sentait investie d'une mission divine. Il fallait leur apprendre à marcher droit, à ne pas sacrer ni blasphémer le nom de Notre Seigneur.

Après avoir enquêté sur leur pauvreté, leurs actifs, leurs passifs et tout le saint-frusquin, Soeur Matamain leur remettait des médailles du Frère André, de Mère Térésa ou de Padré Pouilleux en les enjoignant de prier pour améliorer leur vie. Elle ne donnait pas un seul pain moisi sans leur faire la morale. Elle aurait bien voulu planter ses ongles dans leur peau, rentrer ses doigts dans leurs orifices, les obliger à se nourrir de ses propres déjections corporelles. Enfin, elle aurait souhaité vivre pleinement l'horreur de sa sexualité dépravée et dégoûtante. Mais il fallait bien sauver les apparences. Il fallait bien nier sa vraie nature fêlée. Soeur Germaine était la Main de Dieu. Elle était la Servante du Seigneur. Elle était aussi, avouons-le, une obsédée sexuelle.

Soeur Matamain a beaucoup vieilli depuis tout ce temps. Elle n'a pas encore renoncé à Dieu, à ses anges et à tous les seins. Elle est toujours tout aussi convaincue de servir le Bien avec un grand B alors que la liste de ses victimes est longue à n'en plus finir.

Il serait bien sûr plus convenable d'ajouter que tous les religieux n'étaient pas, ne sont pas et ne seront pas comme elle. Pourtant, je ne crois pas tromper personne en affirmant qu'il y a une proportion anormalement élevée de coquins et de coquines chez les religieux. C'est la faute d'un peu tout le monde me direz-vous. Si l'on n'avait pas ostracisé tant de filles laides et de garçons efféminés à une époque où tout était cloisonné, sans doute qu'il n'y aurait pas eu tant de viols au sein des établissements gérés par des gens bourrés de ressentiments envers le genre humain. Toute chasteté précoce engendre des perversions sexuelles qui répugnent aux valeurs des laïcs ordinaires.

L'État n'avait qu'à se séparer plus tôt de l'Église...

Il y a un peu de vrai là-dedans.

Mais il est difficile d'oublier que Soeur Matamain était vraiment une vieille chienne lubrique qui jouissait à l'idée de faire souffrir les gens.

Quelques vieilles pantoufles et punaises de sacristie vous diront le contraire, bien entendu. Elles vous diront que l'on n'est rien sans Dieu, la religion, le chapelet, les médailles et les médaillons.

Remettre l'Église en question leur semble un péché bien pire que de fesser une jeune fille en lui rentrant un doigt dans le cul.

Heureusement que toutes les églises ferment les unes après les autres. Heureusement que la mauvaise foi est en ruines.

Heureusement que tout le monde se fout de la dévotion, de la vocation et de la prétendue sainteté de Soeur Matamain.



1 commentaire:

monde indien a dit...

Bandes de crétins et de crétines !
( le crétinisme désignait au début du XXème siècle une affection de santé due notamment à des carences en vitamines et en calcium , observées surtout dans les populations du massif des Alpes ,dues aux eaux glaciaires des montagnes exemptes de calcaire , et à la sous-alimentation dans ces régions qui étaient extrêmement pauvres à cette époque - Cette affection se traduisait aussi par une altération de la santé mentale - d ' où l ' expression : " espèce de crétin ! " - ) .