vendredi 1 avril 2016

Banjo le brochet


Résultats de recherche d'images pour « brochet »J'ai connu un gars qui avait un brochet domestique qu'il traînait partout où il allait. 


Il avait surnommé son brochet Banjo parce qu'il lui rappelait le film Délivrance pour une raison qui m'échappe. Peut-être que Banjo ressemblait à Burt Reynolds, allez savoir.

Quoi qu'il en soit ce gars-là était certainement un excentrique puisqu'il lisait aussi des sagas islandaises en norrois original en plus de mettre du fard sur ses paupières pour se donner un air cadavérique.

Il portait aussi un manteau d'écailles de poisson qui sentait mauvais.

Lui-même avait mauvaise haleine. Il mangeait de l'ail et de l'oignon cru pour chasser la grippe. Pas besoin de vous dire que les femmes le prenaient en grippe. Les garçons qui s'intéressent aux garçons ne lui trouvaient rien pour plaire. Bref, c'était un solitaire par la force des choses. Un solitaire qui traînait Banjo, son brochet domestique, en toutes circonstances.

Vous vous doutez bien qu'il ne promenait pas Banjo au bout d'une laisse. Ce gars-là traînait plutôt l'aquarium de Banjo sur une planche à roulettes, sauf l'hiver. L'hiver, il préférait que Banjo hiberne à la maison dans son grand aquarium parfumé à l'eau de poisson des chenaux.

Évidemment, ce gars-là n'avait rien ni personne à qui se confier. Banjo était son unique possession, son unique confident. Il n'avait ni radio, ni télé, ni lit, ni chaise, ni table, ni rien. Il n'avait que Banjo et son aquarium et se nourrissait de ce qu'il donnait à manger à Banjo, essentiellement du menu fretin agrémenté d'ail et d'oignon crus.

L'ascenseur de ce gars-là ne se rendait pas tout à fait au cerveau, bien entendu.

On le surnommait April's Fool. Le fou d'Avril. Puisqu'il s'appelait Avril, comme d'autres s'appellent Tremblay ou Poisson.



2 commentaires:

monde indien a dit...

Belle histoire un peu triste mais pas triste - car le " poisson d ' avril " indique tout à la fois l ' incompréhension de la folie douloureuse , mais fait référence aussi à la folie carnavalesque qui prend en charge avec gentillesse la folie que nous ne comprenons pas -
John Lennon a si bien exprimé cette compréhension que nous pouvons avoir de l ' incompréhensible folie , toute comprise de compréhension , dans sa chanson " The full on the hill " -

Mais il y a hélas la folie douloureuse pour laquelle le plus souvent nous ne savons quoi faire , comme pour des autistes , des handicapés physiques , des mourants , des schizophrènes ... etc .
C ' est ainsi , avec ces frères et sœurs en si grand difficulté et souffrance nous ne pouvons que rester ouverts à toutes les possibilités d ' aides , mais sans nous prendre pour des super-men -

Courage , Brochet , nous sommes avec toi !

Gaétan Bouchard a dit...

@Monde indien: Banjo le brochet est un animal de compagnie très taciturne.