jeudi 14 avril 2016

Les Autochtones et les crimes de l'extrême civilisation

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Jules Amédée Barbey d'Aurevilly
Les Diaboliques (La vengeance d'une femme)


La nation Attawapiskat est située sur les bords de la Baie James, au Nord de l'Ontario. Un peu plus de 1500 de ces  "Cris des marécages" vivent sur une petite réserve dans des conditions de vie indignes du deuxième plus grand pays du monde: le Canada.

La communauté d'Attawapiskat fait l'actualité mondiale en ce moment pour une vague de suicides qui s'y est produite au cours des dernières semaines. Rien qu'au mois de mars 2016, on y a enregistré 28 tentatives de suicide.

Ça ne prendra pas une étude de plus pour comprendre que les membres de cette nation traverse une grave crise sociale et culturelle.

On les a parqués sur une réserve comme des animaux dans un zoo.

On les a dépouillés de tout, même de leur pays.

On a dit de leur culture qu'elle était démoniaque.

On a confié leurs enfants à des curés aux moeurs douteuses pour les blanchir littéralement à l'eau de javel.

Puis on s'est étonné que ces "sauvages" ne trouvent rien de mieux à faire que de renifler l'essence des motoneiges. De ces skidoos confiés aux conseils de bande par nos bons gouvernements au service des corporations assoiffées de nouveaux territoires à exploiter aussi bien qu'à détruire.

Souvent, il faut le dire, les conseils de bande des Premières Nations ne font pas mieux qu'imiter la gabegie de nos maires et de nos députés. Pendant que leurs commettants crèvent de faim, ils se promènent en jet et se poudrent le nez. On fait valser des millions au-dessus des têtes des pauvrichons d'Attawapiskat, Montréal ou Vancouver. Et les pauvrichons ne reçoivent que des miettes, vivent dans des logements sordides, sont sans travail, sans diplômes et sans espoir de mener une vie digne de ce nom, pure conséquence de cet argent qui ne ruisselle qu'entre les mains des mêmes petits potentats coloniaux.

Qu'on ne s'y trompe pas. Le sort des aborigènes est aussi partagé par les résidents des quartiers dits populaires dans les grandes villes d'Amérique. C'est le système lui-même qui est la cause de ces iniquités. La tragédie de la nation Attawapiskat est un miroir déformant qui reflète la faillite morale de notre civilisation.

***

Les Iks, survivre par la cruauté, Nord-Ouganda. C'est le titre d'une étude de l'anthropologue Colin Turnbull. J'ai lu ce livre il y a plus de vingt ans et ses conclusions n'ont jamais cessé de me revenir à la mémoire chaque fois que l'on faisait mention du sort réservé aux aborigènes où que l'on soit dans le monde.

Les Iks étaient un peuple de chasseurs semi-nomades qui ont été contraints de quitter leur territoire qui était devenu un parc national...

Ce peuple n'avait jamais vraiment été en contact avec notre civilisation avant qu'on ne les déporte et qu'on ne les oblige à mener une vie dite civilisée, c'est-à-dire la nôtre.

L'anthropologue Colin Turnbull constata les ravages commis par notre civilisation chez ces pauvres gens.

Les Iks vivaient en relative harmonie, entretenant des liens de solidarité et de partage entre tous les membres de la communauté. Ils sont devenus méfiants, mesquins et sauvages au contact de nos belles idées.

L'alcool, l'argent et tout le saint-frusquin de l'empire a transformé ce peuple en ce que nous sommes devenus: de vraies loques inhumaines et barbares.

Les vieillards se faisaient voler par leurs enfants. On les laissait crever tout seuls comme des chiens, contrairement aux moeurs passées des Iks.

Les Iks bâtissaient désormais leurs huttes à l'écart les unes des autres pour se protéger du vol.

Les problèmes sociaux, jadis inexistants, devinrent la norme.

En moins de vingt ans, les Iks finirent par nous ressembler tout à fait Ils furent parfaitement civilisés...