dimanche 24 avril 2016

L'école où l'on s'ennuie

D'aussi loin que je me souvienne je n'ai jamais aimé l'école. J'y réussissais bien pour obtenir le privilège de lire ou bien de dessiner dans les marges de mes cahiers pendant les cours.

Un jour, ma professeure de mathématiques, une religieuse déconnectée de son époque, me désigna comme étant un rieur et un élément perturbateur lors d'une visite du directeur.

-Puis-je voir ses notes? lui dit le directeur.

La religieuse lui tendit ce qu'il demandait.

-C'est le premier de la classe...

-Oui, mais il est tout le temps en train de rire!

-Les autres feraient mieux de rire pour réussir aussi bien... lui dit-il sur un ton désagréable.

Puis il s'en alla en remuant ses clés, sans se soucier plus de mon existence.

J'entrepris illico de caricaturer ma prof sous son plus mauvais jour. Je la fis grosse, laide et probablement avec des matières brunes sur la tête parce que j'étais vraiment malcommode. Ma caricature circula parmi les élèves du groupe puis ils se mirent à rire, évidemment.

La prof posa une question difficile à laquelle j'ai répondu pour faire mon fin finaud. Je démêla des x et des y tandis que la prof me dévisageait avec ce regard hargneux qu'elle avait pour tout un chacun.

Puis mon stratagème se répéta en chimie, en physique, en histoire, en géographie.

Plus tard, à l'université, j'aurais cru que cette manie prendrait fin. Mais non! J'ai continué de caricaturer mes profs et de lire des romans pendant les cours magistraux qui m'emmerdaient ferme.

Comme de raison, j'étais encore parmi les premiers du groupe. Pas parce que j'étais le meilleur. Tout simplement parce que j'aimais lire et écrire plus que de participer à des cours ennuyants. La fréquentation assidue des livres m'avait donné les outils pour réussir les deux doigts dans le nez. J'avais compris que les profs ne faisaient que nous livrer des résumés de lecture et qu'il était bien plus agréable de lire ou de dessiner quand ils tentaient de m'endormir avec leur matière ronflante que j'avais assimilée en deux ou trois séances de bibliothèque.

À mon époque, il n'y avait pas encore l'Internet.

Si j'étudiais de nos jours, je passerais mes journées avec mon Iphone à apprendre cent fois plus vite que le prof pourrait parler. Je ferais des petites vidéos que je diffuserais sur YouTube. Je profiterais des cours magistraux pour googler à propos de tout et n'importe quoi, la physique quantique, Marcel Proust ou l'origine des espèces. Je serais encore plus rebelle que je ne l'étais.

Aussi, je n'envie pas les étudiants d'aujourd'hui qui doivent faire face à des méthodes d'enseignement qui étaient déjà dépassées dans mon temps.

Les meilleurs professeurs que j'ai eus dans ma vie m'ont fait faire du canot-camping, du ski de fond dans la réserve faunique ou bien des découvertes à la bibliothèque.  Les autres tuaient le temps et tentaient aussi de tuer l'intelligence qui ne peut pas s'accommoder d'inutiles répétitions sur des points de détail sans importance.

On tient à nous faire accroire que l'on n'est rien sans diplôme. C'est  vrai. Le diplôme confirme que vous êtes capable de vous tenir tranquille sur une chaise pendant des années sans désobéir. Il ne prouve en rien que vous êtes intelligent. À moins que l'on ne confonde l'obéissance avec l'intelligence. Les deux vont rarement ensemble.

J'aime croire que l'intelligence est impossible sans désobéir.

Surtout dans un monde comme le nôtre.

Si l'on ne se fiait qu'aux doctes ignorants, l'aviation n'aurait jamais été inventée.

Il fallut de simples réparateurs de vélos pour entrer dans une nouvelle ère de l'histoire humaine.

Et il en va de même de tout le reste.

Évidemment, je ne conseillerai à personne de suivre ce mauvais exemple.

Si vous souhaitez réussir à titre de pion, enlevez-vous ça de la tête!

La société a besoin de bras et si peu de génie.

Elle a besoin de surveillants.

Elle a besoin de geôliers et si peu d'hommes libres.