jeudi 10 septembre 2015

Simplement

Je nourris ce blogue depuis le mois d'avril 2007. J'ai écrit plus de 2397 billets au fil des ans. Ce blogue ne serait rien sans vous, lecteurs et lectrices. Et j'oserais presque dire que je ne serais rien sans ce blogue.

Ce blogue s'intitule Simplement pour faire écho au titre d'une émission radiophonique hebdomadaire que j'animais de 1999 à 2000 sur les ondes de Radio Basse-Ville, une radio communautaire de Québec. Cette émission de radio m'aura aussi sauvé la voix. J'avais été congédié de mon poste de directeur de la programmation à CFOU 89,1 FM, la radio étudiante de l'Université du Québec à Trois-Rivières. J'y tenais des propos jugés trop anarchistes de sorte que ma tête a roulé dans le panier suite à une plainte de la Société Saint-Jean-Baptiste. Une plainte remplie de fautes d'orthographe qui me reprochait de tolérer et d'encourager une mauvaise qualité du français en ondes... J'ai donc pris mes cliques et mes claques pour m'enfoncer encore plus dans le chômage et la pauvreté, jusqu'à ce que je déménage à Québec pour y décrocher un emploi.

Je revins à Trois-Rivières au bout d'un an pour partir Le Vagabond, un journal de rue semblable à L'Itinéraire que des désoeuvrés vendent sur la rue à Montréal.

On m'y a encore reproché de tenir des propos anarchisants et de les encourager chez mes collaborateurs. J'avais osé écrire, entre autres, que je gagnais 38,90$ de l'heure pour voir les gens crever de faim autour de moi. Pour ne pas finir dans leur marmite, je leur payais la pizza et les cigarettes... J'étais payé par la Commission scolaire à titre d'éducateur puisque je permettais à ceux qui fréquentaient Le Vagabond de poursuivre leur cheminement scolaire. On m'a aussi reproché d'avoir critiqué la qualité des denrées alimentaires que Moisson Mauricie donnaient aux pauvres qui fréquentaient Le Vagabond.  Bref, on m'a mis dehors pour une poignée d'échalotes pourries dont je n'aurais jamais dû parler... Cela ne devait pas se savoir...

Je me suis retrouvé à la rue, une fois de plus. Je me suis relevé tant bien que mal en faisant des transcriptions, de la traduction et toutes sortes de trucs dont je ne me souviens plus.

Après avoir perdu le micro puis l'imprimé, je me suis tourné naturellement vers l'Internet pour obtenir ce privilège de faire entendre ma voix. Grâce à l'Internet, plus personne n'arriverait à me taire.

J'ai bien sûr eu quelques ennuis. J'ai été menacé de poursuites par le maire d'un quelconque trou reculé de la province pour avoir dévoilé au grand jour toute son infamie. J'ai résisté à ces menaces et continué à publier mes caricatures. Plus personne n'allait me la fermer cette fois-ci. J'étais libre d'écrire, de dessiner et de chanter tout ce que bon me semblait.

Évidemment, je n'ai pas fait que soulever la controverse. J'ai suivi en quelque sorte le programme que s'était fixé Dostoïevski alors qu'il rédigeait son Journal d'un écrivain. Un jour je publiais une attaque en règle contre les mafieux du gouvernement, le lendemain je compensais avec un conte philosophique et ainsi de suite. J'ai évité de m'enfoncer dans la critique, la politique et tout ce qui fait généralement la fortune d'un chroniqueur. J'avais besoin d'écrire encore plus que de chroniquer. Et puis ma passion pour l'art a toujours été plus forte que tout le charabia politique.

Mes textes à consonance politique ont toujours trouvé une plus large audience. Pourtant, ils résistent mal à l'épreuve du temps. Je les perçois comme des obligations, un devoir qui me sera reproché un jour ou l'autre. Quand on ne dit rien, bien sûr, on ne risque rien.

Quoi qu'il en soit, je préfère de loin mes textes à plus faible audience. mes nouvelles, mes fables et mes paraboles. Elles ne sont pas reprises par tout un chacun et pourtant je sais qu'elles me survivront.

Pour terminer, je me donne pour objectif d'écrire simplement. Éric Clapton est un virtuose de la guitare. Pourtant, ce sont ces simples notes qui me touchent le plus. Il en va ainsi des grands textes. Tchékhov était simple par choix. Il aurait pu écrire des textes surchargés de mots précieux et complexes. Il ne le faisait pas afin que le lecteur ne soit pas détourné du propos par une monomanie inutile et desséchée.

Je ne suis pas toujours à la hauteur de ce que j'avance. Mon idéal repose néanmoins sur la simplicité.

Je vous remercie, tous et toutes, de me lire et de faire savoir à vos amis que je vaux la peine d'être lu.

Je ne vous demanderai jamais un sou.

Je ferai mon argent ailleurs.

L'essentiel, c'est que je puisse bénéficier d'un exutoire.

Merci à l'Internet de m'avoir rendu libre.

Merci à vous de me le rendre bien.