dimanche 6 septembre 2015

Mon pays est une terre d'accueil

De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
À tous les hommes de la terre
Ma maison c'est votre maison
Entre mes quatre murs de glace
Je mets mon temps et mon espace
À préparer le feu, la place
Pour les humains de l'horizon
Et les humains sont de ma race

Gilles Vigneault, Mon pays

En 1976, il s'est passé des tas de trucs comme il s'en passe d'ailleurs à chaque année. La peine de mort a été abolie au Canada cette année-là. Cette même année, Montréal accueillit les Jeux Olympiques que nous n'avons probablement pas encore fini de payer. Par ailleurs, le Parti Québécois, dirigé par René Lévesque, formait le premier gouvernement indépendantiste de l'histoire du Québec.

Ce que je retiens surtout de 1976, c'est l'arrivée d'une famille cambodgienne dans mon quartier.

Jusqu'alors, nous avions vécu dans un contexte où nous ne savions même pas la signification du mot "immigrant". Trois-Rivières était une ville exclusivement blanche, catholique et francophone. On pouvait compter sur les doigts d'une main les visages qui ne correspondaient pas à ce que nous voyions tous les jours.

Hormis les marins russes, taïwanais ou brésiliens qui accostaient parfois au port, rien d'étranger parvenait jusqu'aux rues de nos enfances. Et si nous en voyions parfois c'était essentiellement sous l'impulsion d'un vétéran de la Seconde guerre mondiale, Monsieur Irenée Pépin, qui avait retenu de la guerre un immense besoin de manifester sa solidarité humaine. Il poursuivait son voyage avec tous ces gens-là. Il avait fait la guerre: il faisait maintenant la paix.

Il fût sans doute le premier à parler avec cette famille cambodgienne fraîchement débarquée dans notre quartier. Nous ne le savions pas encore à cette époque, par pure ignorance de la situation géopolitique mondiale, mais ces gens-là avaient fui le régime de Pol Pot et des Khmers rouges pour échapper au génocide. Ils s'étaient enfuis à pied puis s'étaient embarqués sur un bateau surpeuplé pour se rendre ailleurs, loin du massacre.

Monsieur Pépin leur a parlé. Leur a donné du pâté chinois préparé par sa femme. Puis nous nous sommes mis à jouer avec les enfants de cette famille, naturellement, sans nous poser trop de questions. Le père de cette famille cambodgienne aimait bien traverser la rue pour regarder pousser le petit potager de notre voisin, Monsieur Massicotte. Il s'exprimait dans un français un peu hachuré pour dire ceci ou cela.

-Si toi voler tomate Cambodge, voleur couper main! disait-il substantiellement, suite à un vol dans le potager de Monsieur Massicotte.

Pour ce qui est de ses enfants, ils apprirent très vite. Ils furent rapidement intégrés parmi nous à l'école.

Un jour, je me souviens qu'ils me firent goûter à une sorte de piment qui me brûla la gorge. Je courus chez-moi pour avaler du pain et de l'eau, histoire de me guérir, tandis que les Cambodgiens riaient de la situation.

Puis arriva une autre famille de Vietnamiens avec laquelle nous partageâmes aussi des desserts et sans doute des pâtés chinois. Je me souviens, entre autres, de savoureux biscuits vietnamiens à la pâte d'amandes que je n'ai jamais retrouvés depuis.

Les années passèrent. Puis je fis mon entrée à l'université où je connus des gens provenant de tous les horizons. Je me suis mis à discuter avec des Africains, des Sud-Américains, des Européens, des Slaves et des Asiatiques. J'allais naturellement vers eux, curieux d'en savoir plus sur le monde que ce que j'en aurais su en me contentant de vivre dans ma petite bulle de Québécois.

J'ai pris la route. Je suis moi-même devenu un immigrant dans mon propre pays. Je ne parlais presque pas un traître mot d'anglais. J'ai donc profité de l'accueil de braves gens de l'Ontario, de l'Alberta, de la Colombie-Britannique et du Yukon pour gagner ma vie. J'étais devenu le Frenchy: a hard worker with many skills...

-Hey Frenchy! How're you doing? What's going on dude?

-Pretty good, man... I feel pretty good...

J'ai su ce que c'était que de chercher ses mots et d'avoir l'impression d'être un bébé parmi des adultes. Tout réapprendre. Tout recommencer. Et surtout vivre selon les règles d'un milieu qui n'était pas le mien.

À l'image de Monsieur Pépin, le meilleur ami de feu mon père et vétéran de la Seconde guerre mondiale, je ne crains ni les étrangers ni la différence. J'ai un bon mot pour tous les Roumains, Marocains, Mauritaniens, Ivoiriens, Bosniaques ou Colombiens que je croise sur mon chemin. Je ne me sens pas envahi. Je me sens profondément humain et heureux de ne pas être un crétin de raciste qui ne veut voir le monde qu'avec le petit bout de la lorgnette.

Une crise humanitaire secoue la Syrie en ce moment. Comme ce fût le cas pour les Cambodgiens ou les Vietnamiens qui sont atterris dans mon quartier, je ne demande pas mieux que de les accueillir pour leur faire goûter à mon pâté chinois ou bien à ma tarte à la farlouche.

Nous ne pouvons pas laisser crever en pleine mer ces pauvres gens en demeurant les bras croisés. Nous valons mieux que ça. Nous sommes des gens accueillants, tolérants et charitables. Pas en théorie: mais en pratique.

L'Amérique est essentiellement composée d'immigrants. C'est historiquement la terre d'accueil de tout ceux qui souffrent dans le monde.

Le Canada permit jadis aux Doukhobors, soutenu par Tolstoï, d'immigrer ici pour échapper aux persécutions. Il accueillit des Irlandais qui fuyaient la grande famine suite à la maladie de la pomme de terre. Même les Français fuirent les guerres de religion européennes pour venir s'établir ici dans l'espérance de mener une vie meilleure.

Nous devons ouvrir nos frontières aux réfugiés parce que c'est la raison d'être de notre pays, c'est notre cause commune, c'est notre mission en ce monde pourri que de permettre à ceux et celles qui souffrent de trouver ici un havre de paix.

À tous ceux et celles qui ont perdu leur maison, leur potager, leurs parents, je dis venez ici pour que l'on vous réconforte. Le pays est vaste et il y a suffisamment de ressources et de place pour tout le monde. N'oubliez pas de préparer un petit quelque chose pour nous remercier: un petit gâteau, un piment fort ou bien une chanson. 




2 commentaires:

monde indien a dit...

Moi aussi j ' ai l ' accueil chevillé au corps -
https://www.youtube.com/watch?v=q61cFrsB9Gw
( Maxime le Forestier - " San Francisco " )
mais voilà , nos relations avec les peuples arabes ( appelons-les ainsi ) sont difficiles - Il faut le reconnaître plutôt que de se voiler la face -
Et je le dirai et le redirai , dusais-je passer pour un facho , ce que je ne suis ABSOLUMENT PAS , ni raciste -
Mais reconnaissons aussi la réalité telle qu ' elle est , si horrible soit-elle -
Et cette réalité est que très souvent ces peuples " musulmans " ( ? ) manquent totalement de respect envers tout ce qui n ' est pas musulman - En gros , tous les non-musulmans sont des merdes - Et je n ' ai pas le coeur à plaisanter avec ce que je dis et qui m ' emplit de tristesse !
Je ne veux pas dire non plus que ni tous les musulmans ni tous les arabes sont comme çà - Je sais bien qu ' il y en a de très valeureus-ses et fraternel-le-s , mais je sais aussi qu ' ils sont rares -
En Amériques , m^me si vous avez eu le trauma du 11 septembre 2001 , vous n ' avez pas le quotidien avec ces peuples qui sont innombrables chez nous et le plus souvent - m^me si pas toujours - nous manquent horriblement de respect !
Que mes frères et soeurs arabes aimé-es me comprennent !

Gaétan Bouchard a dit...

La plupart des musulmans que je connais sont, heureusement, très fréquentables. Faudrait être con comme un manche que de venir ici au Québec sans profiter de la liberté de vivre en-dehors de tout cadre religieux ou d'entraves culturelles. Ce serait comme aller en France ou en Italie sans goûter à leur cuisine... Pour le moment, je prends le risque de favoriser l'accueil des réfugiés d'où qu'ils soient parce que nous sommes le deuxième plus grand pays au monde en termes de dimension territoriale. Nous avons des îles désertes dans l'océan Arctique...