samedi 26 septembre 2015

Niqab, agneaux égorgés dans les champs et tout le tralala

Neuf Québécois sur dix sont contre le port du voile intégral, appelé niqab, lors de l'assermentation des nouveaux citoyens canadiens. Cette proportion s'élève à huit sur dix pour l'ensemble du Canada. Toutes religions et idéologies politiques confondues, la grande majorité des Canadiens et des Québécois sont contre le fait de se couvrir le visage pour l'assermentation comme pour l'exercice d'une profession liée à la fonction publique. La proportion de musulmans canadiens ou québécois qui s'y oppose est probablement tout aussi grande puisque le niqab est la marque d'une interprétation rigoriste de l'Islam, exportée de l'Arabie Saoudite, dans laquelle ils ne se reconnaissent pas.

Une certaine gauche, déconnectée du monde, ne veut y voir qu'une distraction. C'est plutôt un point sensible. On ne veut tout simplement pas de ça ici. Bien sûr, ces femmes voilées des pieds à la tête sont en premier lieu victimes de leurs époux et des imams de leur secte. Cela dit, il n'y a aucune raison de nous prêter au jeu de la liberté d'expression avec des sectes qui prêchent l'intolérance et la supériorité masculine sur la femme. Cela ne passe pas ici. Cela ne passera jamais.

La citoyenneté canadienne -ou québécoise- n'est pas un droit. C'est un privilège qui se mérite. Le Canada, ou le Québec, n'est pas l'assemblée générale de l'ONU. Nous vivons dans un État de droit où les citoyens ont encore un mot à dire sur la conduite des affaires de LEUR pays. Faire semblant que les frontières n'existent pas est un leurre. Elles existent ces frontières. Elles existent autant pour l'Arabie Saoudite que pour la France, pour l'Angleterre ou bien le Canada. Accepter de vivre selon les us et coutumes du pays d'accueil est la règle à suivre.

Ce n'est pourtant pas une règle très rigoriste, tant au Canada qu'au Québec. On peut largement faire ce qu'on veut ici. Cependant, il y a des limites hors desquelles tout risque de s'enflammer.

Vouloir imposer la charia est une de ces limites. Chercher à imposer le créationnisme à l'école en est une autre.

Ceux qui brandissent des grigris et des amulettes peuvent très bien le faire dans leurs foyers. Par contre, chercher à imposer leurs superstitions comme étant des vérités irréfragables devient inévitablement une question d'ordre public.

La limite à la liberté d'expression, c'est d'imposer justement des limites à l'expression de la liberté et, aussi, de la vérité. Les zélotes de telle ou telle secte peuvent bien déchirer leur chemise en doutant que la vie soit apparue sur Terre il y a quelques millions d'années. Ils peuvent dire, dans leur coin, que l'homme a été créé par Dieu et qu'il n'est nullement le produit de l'adaptation et de l'évolution d'une espèce d'hominidé. La limite, c'est d'imposer à l'école d'étudier et de faire passer leurs affabulations pour des faits. La limite c'est de dire que les pieds doivent penser à la place de la tête.

Les intégristes islamiques sont aussi représentatifs du monde musulman que les Bérets Blancs le sont pour la chrétienté. La plupart des croyants sont plus pragmatiques et moins intolérants que ne le sont les prosélytes d'une vision eschatologique du monde. On peut s'entendre entre croyants et incroyants si l'on peut se baigner hommes et femmes côte à côte dans la même piscine. Ceux qui souhaitent pratiquer une forme ou l'autre de ségrégation au nom d'une amulette méritent le mépris et l'ostracisme qu'ils inspirent.

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Cela dit, il ne faut pas devenir fou avec cette propension que peuvent avoir les journaux jaunes et autres torchons à soulever l'indignation là où il n'y a pas lieu d'en avoir.

Si des musulmans ou des juifs demandent au propriétaire d'une érablière un menu sans porc, c'est une affaire privée entre le propriétaire et ses clients. Il peut accommoder qui il veut: juifs, musulmans ou végétariens. Comme il peut leur dire qu'il ne changera pas son menu et qu'ils peuvent aller voir ailleurs. Il n'y a pas de nouvelle là-dedans. Seulement des affaires entre les uns et les autres.

Si des musulmans égorgent des agneaux dans un champs au cours de tel ou tel rituel, il ne faut pas y voir une nouvelle mais une instrumentalisation d'un événement anodin pour mousser l'idéologie des racistes. J'ai déjà éviscéré des poissons, des lièvres et des canards. Je me suis barbouillé les mains. Comme les chasseurs le font à chaque automne avec les chevreuils ou bien les orignaux. La mort des animaux dans les boucheries industrielles n'est pas plus "humaine" que la mort des agneaux dans les champs. J'aurais plutôt tendance à penser le contraire. Tant que la viande est mangée, je ne vois pas où est le problème.

Malheureusement, les intégristes savent ce qu'ils font. Ils veulent provoquer la haine des uns envers les autres pour s'imposer comme les arbitres suprêmes de la vie en société. Il faut nécessairement paralyser leurs actions pour protéger l'ensemble de la population de leurs visées totalitaires.

Bien sûr, on pourrait tout relativiser. Prétendre, entre autres, qu'il n'y a pas de danger en la demeure. Que tout ça n'est qu'un spin médiatique.

C'en est un, mais c'est aussi plus que ça. Le monde s'est rapetissé dans la noosphère. Ce qui se passe à 4000 kilomètres de chez-nous se passe aussi dans notre cour. Les pensées circulent d'un bout à l'autre du monde en un clic de souris. On décapite quelqu'un là-bas. On tue des caricaturistes ici.

La tolérance, selon moi, suggère qu'elle se mérite. Être tolérant envers l'intolérant, c'est comme se pencher devant un sodomite. L'intolérance a des limites. La tolérance aussi. Cela ne veut pas dire qu'il faut se laisser prendre au jeu du racisme et des discours haineux. Cela signifie, selon moi, qu'il faut garder la tête froide et le coeur pur, malgré toutes les vilenies de ce monde.

Tous les humains sont de ma race, comme le chantait Gilles Vigneault.

Je souhaite à tous et à toutes la bienvenue dans notre pays.

Je mentionne, au passage, qu'il est justement notre pays. Il sera le leur quand ils auront mérité leur place ici.

On n'entre pas ici comme dans une grange pour y imposer des lois et des châtiments qui vont à l'encontre de notre tradition d'égalité entre tous les citoyens, peu importe sa religion, son origine ethnique, son sexe ou bien son orientation sexuelle. Cette égalité est non négociable. Ceux qui ne veulent pas de cette égalité méritent, comme je le disais tantôt, le mépris et l'ostracisme de l'ensemble de notre communauté humaine. Ils méritent le refus des privilèges associés à la citoyenneté. Et peut-être même l'extradition.