mercredi 2 septembre 2015

Des pommes et des orages (sic!)

Des pommes et des orages. Pas des pommes et des oranges: des orages!

Je sais bien que le titre de mon billet en fera sourciller plus d'un. Vous verrez que je n'avais pas tort d'y avoir recours pour désigner ma parabole.

Imaginons un groupe dix personnes qui dispose de dix pommes. Neuf pommes reviennent à une seule personne. La pomme résiduelle est un peu amochée, pas mal pourrie, ce qui fait que les neuf autres personnes doivent demander à celui qui a neuf pommes de leur remettre à tout le moins les pelures et les trognons pour apaiser leur faim. Évidemment, cette personne trouve qu'elles exagèrent de lui demander tant alors qu'il mérite pleinement de manger les neuf pommes devant elles et de les jeter où bon lui semble ensuite. Ce sont ses pommes, même si ce sont les neuf autres personnes qui les ont récoltées pour lui dans l'espoir qu'il leur permettrait d'y goûter un tant soit peu.

-Vous m'étranglez avec vos demandes irréalistes! Vous empêchez la création de richesse et ruinez le marché de la pomme avec vos appétits insatiables! Contentez-vous de cette pomme qui vous est allouée. Économisez vos bouchées. Savourez longtemps le jus. Dégustez-la comme un bon vin. Et ne venez surtout pas ruiner les lois de l'économie avec vos pétitions, vos manifestations et vos violences terroristes! Ces neuf pommes sont mes pommes et il en sera toujours ainsi parce que c'est tout simplement comme ça!

Parmi les neuf personnes, il se trouvera bien entendu un ou deux traîtres achetés par le détenteur des neuf pommes pour justifier sa position. Il leur refilera en secret un demi trognon et quelques pelures pour qu'ils puissent dire aux autres qu'ils sont ingrats, incohérents et illogiques.

-Le marché de la pomme étant ce qu'il est, nous devons nous réjouir que le détenteur des neuf pommes sur dix puisse créer de la richesse alors que nous n'aurions rien du tout sans lui, même pas des pépins! Ceux qui veulent mettre les pommes en commun sont des radicaux, haineux et violents qui menacent les fondements immémoriaux de notre communauté! N'accordons aucune importance aux propos de ces rêveurs et retournons aux vergers de notre bon maître pour y cueillir des pommes, comme nous l'avons toujours si bien fait. Apprenons à économiser la part qui nous revient sur notre pomme. Mangeons-la lentement. Mastiquons bien. Et méfions-nous des syndicats et autres trucs de fonctionnaires qui voudraient nous faire accroire que le monde peut être un paradis et que les pommes appartiennent à tout le monde! C'est une utopie! Nah!

Le monde étant ce qu'il est, je ne parierais pas long feu sur cette injustice. Il viendra un jour où les misérables réclameront la part qui leur est due. Il y a dix pommes? Nous sommes dix? Une pomme pour chacun et celui qui en voudra plus sera considéré comme un voleur, un parasite, un mangeux d'marde qui mérite un bon coup de pied au cul.

Il ne faut certes pas confondre les pommes et les orages.

Les orages viendront bien. Je vous le dis. Parce que l'injustice est illogique, irrationnelle et surtout inhumaine.