lundi 14 septembre 2015

Anton Tchekhov - 1890 , dernier film de René Féret

Réaliser un film sur la vie d’un écrivain est un défi de taille. D’autant plus si cet écrivain avait une vie intérieure intense. Je ne sais pas si la vie de Tolstoï ou Dostoïevski a été présentée à l’écran. Je ne me donnerai même pas la peine de googler ça. J’imagine que oui. Si j’avais à le faire, ce qui n’arrivera jamais fort heureusement, il est certain que je présenterais d’entrée de jeu les vices et les turpitudes de jeunesse de ces deux grands géants de la littérature russe. Il y aurait des casinos, des dettes par-dessus la tête, de la vodka qui coule à flots, des baises à n’en plus finir et des atermoiements stupides. Puis on passerait à la maturité, à l’écrivain revenu de tout ça qui cherche un fondement moral à la société pour guérir son foie malade.

Hier, je suis allé voir Anton Tchekhov -1890,  le dernier film de René Féret. C’est son dernier film puisqu’il est mort le 28 avril 2015. Je connais peu ce cinéaste. Je me souviens vaguement d’avoir vu son film Le mystère Alexina, l’histoire d’une institutrice qui tombe en amour avec une autre institutrice. L’action se passe au XIXe siècle. Et Alexina, l’institutrice, est en fait un homme… Une femme qui ne savait pas qu’elle était un homme. Enfin, un truc comme ça.

J’ai beaucoup lu et relu Tchekhov au cours des dernières semaines. Je l’avais lu sans vraiment le comprendre lorsque j’avais vingt ans. Je l’ai redécouvert dans la trentaine après avoir lu Salle 6, l’un de ses meilleurs récits selon moi. Je l’ai lu de plus en plus régulièrement dans la quarantaine, comme si Tchekhov, qui est mort à 44 ans, s’adressait naturellement à cette tranche d’âge.

Pour ce qui est du film, comme de tout film qui se rapporte plus ou moins à Tchekhov, j’ai souvent l’impression qu’on laisse un peu de côté l’aspect comique de cet auteur qui, comme tant d’autres écrivains russes, est sorti du récit Le manteau de Gogol. Je ne me doute pas que Tchekhov était un homme sérieux. Mais aussi sérieux que ça? Je me pose des questions…

Le film est assez fidèle à la trajectoire de Tchekhov. Ce médecin écrit d’abord et avant tout pour entretenir sa famille. Ses petites histoires sur lesquelles il passe rarement plus d’une journée sont du divertissement pur. Néanmoins, elle possède ce petit quelque chose qui les fait vivre longtemps dans votre tête après les avoir lues. Ce petit quelque chose qui s’appelle du génie.

Un éditeur et un écrivain russes le remarquent et lui offrent un contrat juteux. Tchekhov n’abandonne pas la médecine pour autant. Il écrit ses nouvelles, pratique sa profession médicale et veut laisser sa marque par de bonnes actions, encore plus que par de bons récits. Ce qui fait qu’on le retrouve bientôt sur l’île de Sakhaline, en Sibérie, où il enquête sur les mauvais traitements que l’on fait subir aux prisonniers qui y sont relégués.  Tchekhov n’est pas qu’un écrivain à succès ou bien un docteur respectable. Il tient aussi à apporter sa contribution à la cessation des misères et souffrances de son peuple.

Contrairement à Tolstoï, qui l’a passablement inspiré au début de sa carrière d’écrivain, Tchekhov n’a pas ces accents de délires mystiques du patriarche de Iasnaïa Poliana. Tchekhov ne se réfère pas à Dieu, ni à l’amour, ni à quoi que ce soit pour justifier les bonnes et belles actions. Peut-être possède-t-il un sens prononcé du devoir et du travail qui lui fait mépriser le cynisme tout autant que le nihilisme. Rébarbatif à toute forme d’autorité, qu’elle soit politique ou morale, Tchekhov n’obéit qu’à son cœur, lequel est plutôt froid selon ses dires, alors qu’il vaudrait mieux dire qu’il n’est pas expansif.

Pour ce qui est du film, il est à la hauteur des pièces de théâtre de Tchekhov. L’action y est un tant soit peu secondaire. René Féret suggère un regard introspectif sur cet homme bientôt atteint de tuberculose, comme son frère mort quelques années plus tôt, et qui se sait lui aussi condamné au même sort.

Le film ne peut pas tout raconter. Il laisse en blanc la jeunesse de Tchekhov ainsi que les derniers mois de sa vie où il s’était finalement marié avec une actrice de théâtre, lui qui tout au long du film ne cesse de parler contre le mariage.

J’ai apprécié ce film. Il ne fait pas honte à l’œuvre de Tchekhov. Il est à la mesure du théâtre de Tchekhov. Un peu moins à l’univers de ses nouvelles.

Pour ceux qui habitent Trois-Rivières, il est encore possible de le voir au Cinéma LeTapis Rouge jusqu’à la fin du mois. Pour les autres, j’imagine que vous vous débrouillerez bien sans moi pour le visionner.



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