dimanche 20 septembre 2015

Je vais voter pour le Bloc québécois... Hum... Heu... Ouin...

Je me sens plus perdu que jamais à l'approche des prochaines élections fédérales. La campagne électorale a été anormalement longue. Elle a été voulue comme ça. Stephen Harper a usé de son privilège de chef du gouvernement pour déclencher la campagne électorale au mois d'août. Et depuis tout ce temps là, chaque jour finit par nous dégoûter toujours plus de la politique politicienne. Ce qui pourrait tourner à l'avantage des fascistes. Ou à tout le moins des conservateurs. Les gens dégoûtés par la politique ne votent jamais conservateur.

Je ne vote jamais sur la base d'un programme, mais sur un élan du coeur pour quelque chose qui, en principe, n'en a pas. Voter pour un parti politique, c'est voter pour une poignée de gens mesquins qui complotent en coulisses sur l'art de séduire puis de tromper le peuple. Ce n'est guère enthousiasmant d'accorder sa confiance à un parti tout autant qu'à un système qui tous deux sont corrompus à la base.

Tout me porterait à ne pas aller voter tellement je suis dégoûté. Je suis à deux poils d'adopter la position des anarchistes qui boycottent les urnes et le parlementarisme britannique qui vient avec. Comment peut-on espérer l'émergence d'un authentique pouvoir populaire avec ce système qui perpétue l'injustice et qui se veut le fossoyeur de la démocratie?

Les vieux partis feront appel à toutes les magouilles archi-connues et jamais dénoncées pour se propulser au pouvoir. Ils vont bourrer des autobus de petits vieux impotents qui dodelinent de la tête pour les Bleus ou les Rouges, comme dans le bon vieux temps, et en dépit de toutes les fraudes que les uns ou les autres ont pu commettre.

Les Oranges, s'ils veulent prendre le pouvoir, doivent suivre le même chemin tortueux. Ils vont faire semblant d'aimer les gens, eux aussi. On va les voir au Grand Prix, au rodéo de Saint-Tite et autres événements publics décadents. Ils laisseront leurs convictions de côté pour un vote vilement récolté. Ils adapteront leurs idées au plus fort la poche. Si le programme parle de socialisme, ils bifferont le mot pour le remplacer par solidarité ou crème glacée aux framboises. N'importe quoi pourvu qu'ils soient au pouvoir. Et une fois qu'ils seront au pouvoir, ils voudront ce que veulent tous ceux qui ne peuvent rien: faire comme les autres.

Il me reste trois options: les Verts, le Bloc québécois ou le dépôt d'un bulletin blanc dans les urnes.

Je me mortifie de savoir que les fascistes iront voter. Ce qui rend l'abstentionnisme un peu moins attirant pour ma part.

Les Verts ne m'inspirent rien, sinon que je suis plus vert qu'ils ne le sont. J'abolirais le pétrole, détruirais les autoroutes et ferais pousser des fleurs et des arbres partout s'il n'en tenait qu'à moi. Personne ne me demande mon avis, évidemment. Et c'est tant mieux ainsi.

Le Bloc québécois m'énerve. Je vois là aussi la même bande de vieux politiciens de métier qui ne servent à rien. La ceinture fléchée et les chansons gai-lon-la-le-rosier me font bayer aux corneilles.

Par contre, il est probable que je vote pour eux par dépit. C'est du moins où j'en suis à ce moment.

Par ailleurs, le NPD m'écoeure avec cette idée de défendre le port du niqab lors de la cérémonie d'assermentation pour obtenir la citoyenneté canadienne. Cette piètre défense de la laïcité, au mépris des conquêtes du féminisme, me donne l'envie de leur retirer mon vote. Idem pour le projet de pipeline sur le Saint-Laurent que le NPD appuie pour faire transiter le pétrole sale extirpé des sables bitumineux de l'Alberta. C'est trop pour moi. Et puis Thomas Mulcair, alias Tom Pouce, n'est pas Jack Layton. C'est un ancien collaborateur du gouvernement de Jean Charest-la-matraque. Un type qui a nagé dans les eaux troubles du financement du Parti libéral du Québec. Pouah!

Je vais donc, contre toute attente, en parfaite désespérance de cause, et sans grand enthousiasme, voter pour les dinosaures du Bloc québécois. Ils ne m'inspirent pas grand chose, sinon qu'il leur reste un petit fond de social-démocratie et de patriotisme. Ce petit fond qui fait du Québec une société distincte dans ce grand Canada anachronique qui baise encore le cul de la reine.

Je soutiens l'idéal républicain en accordant mon vote aux dinosaures du Bloc québécois.

C'est là où j'en suis, messieurs, dames, et vous pouvez tous me reprocher que je vais perdre mes élections, que je vais favoriser le retour au pouvoir de Harper, qu'il n'y aura plus de crème glacée aux framboises en vente libre dans les épiceries et tout le tralala.

Duceppe et sa bande de vieilles bottines de feutre du Bloc québécois sont plus près de mes idéaux que tous les autres partis de magouilleurs. Bien sûr, il serait surprenant que le Bloc québécois forme le prochain gouvernement fédéral. Si cela se pouvait, je serais le premier à me tordre de rire. Néanmoins, contre toute attente, je crois que le Bloc québécois est la moins pire des options qui se présente à moi, si j'exclue l'abstention.

Peut-être qu'il est temps de cesser de jouer le jeu du Canada. Peut-être qu'il nous reste un pays à connaître et reconnaître. Peut-être que l'indépendance du Québec donnera aux Québécois les leviers qu'il leur faut pour défendre un autre modèle de gouvernance où la santé et l'éducation seront accessibles, universels et gratuits. Peut-être que l'indépendance du Québec nous sortira des eaux stagnantes de cette monarchie constitutionnelle.

Voilà où j'en suis.

Je vais voter pour le Bloc québécois. Hum... Heu... Ouin...