vendredi 15 mai 2015

Musique immortelle & immortel B.B. King

Il existe chez les musiciens une solidarité qui surpasse de loin celle que l'on ne trouve pas facilement dans le domaine des arts visuels ou bien de la littérature. Évidemment, je ne parle que pour moi-même, dilettante de la magie sonore qui sublime les gratteurs de guitare et les souffleurs de bouteilles vides. Tous les musiciens sont mes frères et mes soeurs. La jalousie n'a pas cours parmi cette guilde.

La musique peut très bien se jouer tout seul face à soi-même, mais elle ne devient magique qu'en la partageant avec d'autres musiciens. J'ai eu le bonheur, au cours de ma vie, de jouer avec toutes sortes d'énergumènes, d'un océan à l'autre. Je me souviens de Tarquin, un Britannique, avec qui j'ai pratiqué quelques sessions de "busking" dans les rues de Vancouver. Puis je me rappelle de Craig, un accordéoniste avec qui j'ai jammé tout un été au Yukon. J'ai aussi en mémoire des inconnus, dont un gars d'Autriche qui jouait de l'harmonica comme un maître. Je passerai sans doute ma vie à tenter de l'imiter. Cet inconnu m'a montré à dépasser les limites de cet instrument, même s'il n'a passé que cinq minutes et trois quarts dans ma vie.

Je dois beaucoup à des musiciens de tous les horizons pour cette passion qui m'entraîne encore à calmer mes moeurs presque tous les soirs. Quand je prends ma guitare, mes harmonicas, mes tamtams ou mon clavier, je sais que je dois beaucoup à Steve Hill, Guy Marchamps, Frédéric Pellerin, Robert Rebselj, Marc Cavanaugh, Benoît Cavanaugh, Philippe Bellerive, Jean-François Beaudet, Luc Boissonneault, Stéphane Routhier, Daniel Langis et tant d'autres que je n'oublie que pour faire court. Ils m'ont appris à vénérer la pratique de la musique. Ils m'ont permis d'intégrer la musique à ma vie de tous les jours pour soigner mon âme de toutes les formes d'agressions psychiques auxquelles je puis faire face.

Je ne suis plus monté sur une scène depuis un bon bout de temps. Je n'ai pas rangé mes instruments pour autant. J'ai poursuivi mon apprentissage tout fin seul, jammant parfois avec l'un ou l'autre.

J'ai jammé par procuration avec d'autres musiciens. J'ai joué des chansons de Johnny Cash. J'ai caricaturé des airs de Presley. J'ai imité The Thrill is Gone de B.B. King. Tous les trois sont décédés. B.B. King était un sacré joueur de guitare. Il est parti et me manque déjà. Il s'ajoutera à ma brochette d'immortels qui reviennent hanter mes airs de guitare quand j'en ai soupé de tout.

Tous les musiciens qui se respectent porteront le deuil pour B.B. King, j'en suis convaincu.

Tous mes camarades de musique ne demanderont pas mieux que de jouer The Thrill is Gone de temps à autres pour se rappeler que rien ne se perd et que tout est recréé.

Je m'excuse, cela dit, d'avoir autant parlé de moi-même pour rendre cet hommage à B.B. King.