lundi 25 mai 2015

La langue française est nulle à chier

Toutes les langues latines s'écrivent au son hormis le français. Le français s'écrit en faisant référence à l'histoire ainsi qu'aux pédants de la Sorbonne. Chaque fois que l'on écrit une phrase, en français, il faut se questionner sur le genre, le nombre, l'infinitif, le participe passé, le complément d'objet direct auquel il se rapporte, la conjugaison du verbe être à la forme pronominale, l'alphabet grec, et coetera.

Ça n'en finit jamais. Je mentirais de vous dire que c'est ce qui fait la beauté de la langue. J'aurais l'impression de vous dire ça par défaut, simplement parce que je me suis efforcé d'apprendre et de maîtriser les standards universels de la langue française. J'aurais l'impression de vous dire que j'aime ces contraintes qui font en sorte qu'il est plus difficile de faire naître un écrivain français que de prêter vie, poids et publication à un écrivain italien, espagnol, portugais ou roumain.

Pourquoi phrase, philosophie, philharmonie? Pourquoi pas frase, filosofi, filarmoni? Est-ce trop italien, trop latin; insuffisamment allemand ou grec?

On n'écrit pas comme l'on parle et c'est le malheur de notre langue aussi bien que celle de Shakespeare. Les Anglais ont eu le malheur d'avoir été conquis par le Français Guillaume le Normand qui introduisit chez les Angles et les Saxons des milliers de mots qui leur étaient étrangers.

Chaque fois que j'écris un texte, je dois me relire des dizaines de fois pour m'assurer que je n'ai pas oublié l'accord d'un participe passé ou bien la marque de l'infinitif. Cela me fait enrager!

D'autant plus que j'ai lu Voltaire dans les éditions du XVIIIe siècle. Voltaire qui peut être tenu comme un génie de notre langue et dont l'orthographe se rapprochait souvent du son de la langue parlée.

Le français a été coulé dans le béton au XIXe siècle, au moment où il cessa d'être la langue universelle du commerce et des idées. Chateaubriand devint la référence ultime pour Littré et Larousse. La langue de Molière devint celle des Mémoires d'outre-tombe. Elle s'englua dans des tournures complexes et des graphies prétentieuses.

Vous ne me croyez pas? Allez lire Les délires de l'orthographe de feue la linguiste Nina Catach et vous m'en redonnerez des nouvelles.

En attendant, je vais tout de même continuer de pester contre la langue française en me faisant un devoir de correspondre en tout et pour tout à son histoire si singulière qui a tué dans l'oeuf tant d'espoirs de devenir Cervantès, Dante ou Pessoa.

Je vais relire mes textes dix fois avant que de les publier. Je vais les nettoyer de leurs scories, de leurs participes passés désaccordés et de leurs infinitifs aléatoires.

Je vais écrire en tête de lice plutôt qu'en tête de liste.

Bayer aux corneilles au lieu de bâiller aux corneilles.

De plain-pied au lieu de plein-pied.

Occurrence, imbécillité et dilemme au lieu d'occurence, imbécilité et dilemne...

Bref, je vais me fendre la gueule en quatre pour vous écrire ces petits quelques choses qui me rappellent à chaque phrase que le français est nul à chier.