dimanche 24 mai 2015

Louis Kelkoko, profession: journaliste

Louis Kelkoko était un mythomane comme il s'en fait un tant soit peu dans notre monde qui n'a pas besoin de la vérité pour carburer à n'importe quoi. Ce grand gaillard d'origine sénégalaise n'avait jamais étudié en journalisme. Par contre, les Frères de l'instruction chrétienne de son pays natal lui avaient enseigné l'art d'écrire des phrases courtes et bien ciselées. Frère Augustin, un Belge d'origine belge, était un grand admirateur de Rivarol, le fameux contre-révolutionnaire qui a écrit "ce qui n'est pas clair n'est pas français", Cette maxime représentait un programme en soi pour toute personne souhaitant un jour vivre de sa plume. Ce n'est pas pour rien que Louis Kelkoko l'avait faite sienne, à l'instar de son mentor, le Frère Augustin.

Louis Kelkoko avait peu d'espoir d'arriver à quoi que se soit au Sénégal. Il réussit à obtenir une bourse d'études de l'Université de Montréal où il n'étudia jamais. Il comprit assez vite qu'a beau mentir qui vient de loin. Il se confectionna un curriculum vitae dans lequel il faisait mention qu'il avait étudié le journalisme au Sénégal et les communications à l'Université Laval. Il s'inventa des articles qu'il colla avec du ruban magique par-dessus des articles de quotidiens célèbres du Sénégal. Puis il photocopia tout ça pour se créer un portfolio de toutes pièces.

Cela ne faisait même pas trois semaines qu'il était à Montréal que les services de Louis Kelkoko furent retenus par le plus grand quotidien français d'Amérique du Nord, La Patente. 

Comme Louis Kelkoko n'était pas du genre à apprécier de se lever tôt ou bien de se coucher tard, il crut bon d'inventer toutes sortes de reportages plus délirants les uns que les autres, reportages qui obtinrent un succès instantané auprès du lectorat de La Patente.

Un jour, le rédacteur en chef de La Patente demanda à Louis Kelkoko de se présenter à son bureau.

Louis Kelkoko crut que c'était la fin des haricots. Sa supercherie avait été découverte et on le foutrait dehors à grands coups de pieds au cul! Finis le bon vin, les bons repas et les belles femmes qu'il se payait avec le fric qu'il recevait hebdomadairement de La Patente pour ses reportages truqués qu'il rédigeait en deux temps trois mouvements à même son lit qu'il quittait rarement.

-Bonjour Louis! lui dit le rédacteur en chef en arborant un large sourire. À ce que je vois tu as déjà travaillé en zone de guerre? 

-Bien sûr...

-Accepterais-tu de te rendre en Irak et en Afghanistan pour rédiger des reportages pour La Patente?

-Bien sûr...

Louis Kelkoko était dans de beaux draps! Voilà qu'il devait écrire sur les djihadistes et tout le tralala pour La Patente! Il n'était jamais sorti de son village et encore moins de Montréal! Qu'allait-il faire? Mentir, comme d'habitude...

Il s'acheta effectivement de beaux draps, Puis il tapa plein de mots-clés sur Google pour se faire un tableau mental de l'Irak puis de l'Afghanistan. Au bout de trois jours, il possédait parfaitement son sujet. Suffisamment pour réaliser une série d'entrevues bidons avec des chefs d'Al Quaïda et des talibans.

Les reportages publiés dans La Patente eurent un vif succès, même qu'ils furent repris dans le New York Times et autres journaux mondiaux prestigieux pour justifier l'envoi de missiles sur la gueule des Irakiens et des Afghans. À la fin de l'année, Louis Kelkoko remporta toutes sortes de médailles pour ses reportages. Tout le monde vantait son courage, sa bravoure et son talent.

Louis Kelkoko s'acheta un encore plus grand lit avec l'argent qu'il reçut de tous bords tous côtés. Il s'équipa en produits Apple. Et il lui prit même cette coquetterie de porter un noeud papillon lors de toutes ses apparitions publiques à la télévision où il était fortement en demande depuis ses pseudo-reportages sur l'Irak et l'Afghanistan. 

On le demandait partout, jusqu'au Ministère de la défense, afin qu'il prodigue ses conseils sur la manière de mettre fin aux conflits armés au Moyen-Orient.

Les universités canadiennes lui remirent des doctorats honoris causa. Tant et si bien qu'il ne savait plus où les mettre.

Au bout de cinq ans, Louis Kelkoko était devenu le plus grand journaliste du Canada. Il n'avait pourtant jamais quitté son lit au cours des dernières années, même pas pour retourner au Sénégal.

Il vivait sur un rêve. Un rêve qui lui faisait perdre la tête.

Il se fit prendre le jour où il publia une entrevue exclusive avec Vladimir Poutine. 

Vladimir Poutine avait eu le malheur de ne pas se trouver au même lieu et au même moment où Louis Kelkoko prétendit l'avoir rencontré.

Du coup, tout se dégonfla. On découvrit toutes les faussetés inventées par Louis Kelkoko au fil des années, lequel plaida la mythomanie, la folie, la cocaïne et la maladie mentale...