jeudi 7 mai 2015

Les Plouffe

Vous allez peut-être rire de moi. Je suis en train de lire le roman Les Plouffe de Roger Lemelin. Le téléroman et le film nous ont tellement pris d'assaut que l'on a fini par oublier qu'il y avait un roman à l'origine de cette histoire.

Roger Lemelin m'est apparu comme l'un de nos grands auteurs, malgré tous mes préjugés que je ne m'explique pas encore. 

Le film de Gilles Carles colle tout à fait au roman. Presque tout à fait. Il occulte un tant soit peu l'atmosphère de nationalisme fascisant dans lequel baigne l'univers des Plouffe. 

Le roman se déroule à une période trouble de notre histoire, les années '30 et '40, où le catholicisme souillait notre âme collective. 

L'histoire tourne un tant soit peu autour de l'apprenti journaliste Denis Boucher qui travaille pour le journal L'Action Chrétienne tout en collaborant sous le pseudonyme de l'Indou pour la feuille de chou fasciste Le Nationaliste, où l'on vénère Mussolini, Hitler, Franco et Salazar. Il se fera menacer par la Gendarmerie Royale du Canada pour ses écrits vitrioliques. Ce qui le poussera à vouloir devenir romancier plutôt que journaliste... Ce Denis Boucher est-il le double d'un certain Roger Lemelin dans sa jeunesse? Cela reste à voir. Mon enquête ne fait que commencer.

Cela dit, l'auteur du roman Les Plouffe mérite sa place à part dans notre univers littéraire. Il vaut mieux que Les Demis-Civilisés de Jean-Charles Harvey, un demi roman qui présentait lui aussi une critique du nationalisme fascisant en laissant de côté l'Ars Magna de la littérature. La critique de la société est subtile dans Les Plouffe. Ce qui sert un peu mieux les arts et les lettres...

La plume de Roger Lemelin est claire, charnue et limpide. Elle regorge d'anecdotes et coule de source, sans trop de fioritures, d'adverbes et d'adjectifs sirupeux. C'est ni trop amer, ni trop sucré. C'est, en comme, de la littéraire saine et équilibrée.

Les Plouffe, au risque de passer pour un ringard, vaut vraiment le détour. Et le public québécois ne s'y est pas trompé. Ce nom de famille est devenu illustre dans notre culture, tant par le papier, la télévision ou le cinéma.