mercredi 16 février 2011

Windigo et les Windigowaks

La fenêtre de ce voisin dont personne ne connaissait le nom laissait croire qu'il n'était pas loin de la dépression. Conserver ses décorations de Noël jusqu'à la Saint-Valentin, ça ne fait pas sain d'esprit.  Et comme de juste ce petit homme famélique haut comme trois pommes pourrites n'avait pas l'air de se sentir bien, comme si Windigo rôdait autour de lui.

Vous ne connaissez pas Windigo? C'est l'esprit malin des forêts nordiques pour les Anishnabé* (Algonquins). Il s'installe au temps de la famine, l'hiver. Et il anime son armée de Windigowaks, des visages émaciés, sans lèvres et des pieds sans orteils, qui sont devenus Windigowaks après avoir mangé de la chair humaine.

Ce qui fait que le cannibalisme était tabou chez les Anishnabé.

Le Windigo souffle sur nos hivers depuis des temps immémoriaux et vient chercher ses Windigowaks quand il n'y a plus rien à manger.

Chez ce voisin, justement, il n'y avait plus rien à manger. La tempête soufflait sur le toit de sa petite baraque coincée entre deux blocs d'appartements à prix modique. Les décorations de Noël étaient encore accrochées à sa rampe d'escalier et Père Noël avait ce même sourire sardonique dans la fenêtre de son salon. Lui, ce voisin, il était dehors dans la neige, tout nu, avec sa propre chair entre les dents.

Il était à treize jours du chèque de BS et il avait pété les plombs. Dehors, tout nu en pleine tempête, avec son bras qui saignait et cette pelle qu'il brandissait de l'autre... Ce visage squelettique... Il était devenu un Windigowak se nourrissant de sa proche chair humaine... Brrr...

On ne doit pas prendre Windigo à la légère, les amis. Il est là, l'esprit malin, et réclame sa part d'âmes maudites. Aussi le craint-on dans nos tipis et nos taudis, jouant de la guitare ou bien mangeant des croustilles pour survivre à sa présence. L'hiver passera. Le printemps reviendra, avec les fleurs et le bon temps sur les plages de sable fin de Métabéroutin. Windigo et ses Windigowaks, cannibales qui hantent les forêts et les villes par temps de famine, pourront retourner au néant jusqu'au prochain hiver...


*Le pluriel d'Anishnabé ne prend pas de s. La marque du pluriel est dans l'intonation, comme pour le latin. Maximum: singulier, maxima: pluriel.