vendredi 25 février 2011

Comment remédier à l'angoisse de la page blanche

Il est très facile de lutter contre l'angoisse de la page blanche. Il ne suffit que d'écrire une phrase comme celle-là pour noircir deux lignes. Le reste suivra, naturellement, sans que vous ne vous en rendiez compte.

Évidemment, il se trouvera des sceptiques pour douter de cette méthode. Pourtant, vous en serez à votre deuxième paragraphe avant même qu'ils en aient fini avec l'énoncé de leurs doutes.

C'est pourquoi la littérature ne peut se donner des airs inspirés, comme si l'auteur communiquait avec Dieu lui-même, en deux mil onze, qui plus est.

Après ces trois paragraphes, venons-en au coeur du sujet.

Le sujet, ça tombe bien, c'est l'angoisse de la page blanche. Évidemment, il serait fastidieux de ne s'en tenir qu'à des généralités. Aussi, pour faire honneur aux Belles-Lettres, permettons-nous d'y aller d'un conte Diderot.

C'est l'histoire d'un intellectuel, appelons-le Marcellin Lamothe, qui faisait toujours cette blague lorsqu'il recevait son compte d'Hydro-Québec: «Ha! Ha! J'ai reçu mon conte Diderot!»

Marcellin, qui était petit avec une verrue qui se transformait en galoche sur son crâne dégarni, était fonctionnaire de l'État. Il travaillait pour un quelconque organisme sous-subventionné qui envoyait des formulaires ou bien des dépliants chez les gens pour le port du casque à vélo et même à pieds. On devrait toujours porter un casque, tout le temps, partout, etc.

-J'ai reçu mon conte Diderot! Ha! Ha! qu'il répétait inlassablement, Marcellin, même quand il ne recevait pas son compte d'Hydro. Oua! Mon conte Diderot! Mon compte d'Hydro! Mon conte Diderot! Ha! Ha! Mon conte d'Hydro!!!

Ça permet, à tout le moins, de cerner ce personnage inqualifiable qui porte sur la tête cette mystérieuse galoche de chair qui détourne l'attention de ses propos plus ou moins dérisoires et pas vraiment déridants.

Diderot, comme vous le savez tous, était un encyclopédiste du Siècle des Lumières. C'était un Français qui écrivait de la main droite. Personnellement, je puis vous dire que je l'ai lu sans jamais m'y être intéressé. Oh! Il n'est pas méchant Diderot. Mais rien qui vous allume tant que ça. Belle plume, comme tous les écrivains de ce temps, mais rien de charnu. Voltaire me rejoint plus. Son humour était plus spectaculaire. Il avait de beaux défauts. Et sa plume, alors là, un vrai charme. De la chair autour de l'os. Et de l'esprit à revendre.

Mais Diderot? J'en reste pantois.

Imaginez comment je me sens quand Marcellin me parle de son conte Diderot.

-Écoute, Marcellin, ce n'est pas pour te faire chier, mais calice, faudrait que tu décroches avec ton conte Diderot...

-L'humour n'a pas à se tenir bas! qu'il me répond, chaque fois, comme s'il avait le droit de dire ce qu'il veut.

-Ah! pis d'la marde! Dis doncques ce que tu veux Marcellin. Sincèrement, je m'en torche. Conte Diderot.. Compte d'Hydro... Name it.

De l'avoir dit, Marcellin s'en sent ragaillardi. Et voilà qu'il reprend ses facéties sur son compte d'Hydro, son conte Diderot, et tous ces jeux de mots à la Sol et Gobelet qui me désolent le gobelet.