mardi 8 février 2011

Willie Létourneau l'Indien

Il est un Indien. Personne ne le sait vraiment parce que les Indiens écoutent beaucoup plus qu'ils ne parlent. Du moins pour un Indien comme lui, Willie Létourneau.

On parle, parle et parle et l'Indien nous écoute, sans rien dire, parce que ce n'est pas poli d'interrompre quelqu'un en train de parler, tout le monde sait ça, surtout ceux et celles qui savent vivre.

Willie, cet homme très poli, n'est pas déguisé en Indien. Il s'habille comme tout le monde. Une casquette de baseball noire sans logo. Un manteau. Un pantalon de denim. Des bottes d'armée.

Willie a soixante ans et il est de physique moyen, plutôt svelte et toujours actif. Il n'arbore aucun sigle, aucune pub, aucune plume. Rien ne laisse transparaître sa nationalité, sinon son regard. Un regard animiste. Willie voit une âme en toute chose. Du moindre caillou au pin le plus majestueux, tout est vivant et en intercommunication.

Il sent bien, Willie, que plusieurs sont déconnectés dans les villes. Mais il se prive de leur faire la leçon. Il les écoute, tout bonnement, et il les plaint de ne pas savoir, d'être des ignorants par rapport au Grand cercle de la vie.

Tout est dans tout. Willie sait cela et c'est toute sa religion, toute sa pratique, son unique prière.

Il marche sans s'arrêter. Traverse les forêts comme un anachorète. Et les villes comme les ours qui s'égarent parfois dans les dépotoirs.

Willie vit de l'air du temps depuis toujours. Une année par-ci par-là. Reprend ses bagages. Et refait le tour du territoire de ses ancêtres, parce qu'il le faut bien.

Évidemment, personne ne sait que Willie est un Indien, ni de quel métissage il provient.

Willie est plus préoccupé par la nécessité de vivre en conformité avec ses principes que perturbé par l'histoire de son arbre généalogique.

Il vit ici et maintenant, souverain sur son île, l'Île de la Tortue, une île formée de deux continents que les visiteurs ont subséquemment nommée l'Amérique.

-La nature reprendra toujours ses droits. Les gouvernements passent et toujours les arbres repoussent, refleurissent. L'homme ne saurait déjouer les plans de Kitché Manitou. Ho! Ho! Ho!

Voilà ce que se dit Willie, quand il marche comme ça, par-ci par-là.

Je le tiens de source sûre. J'ai pris le temps de l'écouter, un jour où je devais avoir une extinction de voix...