vendredi 31 mai 2013

Repose en paix mon oncle Fernand

Fernand René, le frère de ma mère, mon oncle et mon parrain, est décédé vers dix-sept heures, mercredi le 29 mai dernier. Il était atteint du cancer.

Il affichait une certaine sérénité les dernières fois que je l'ai vu. Il était prêt pour ce dernier et ultime voyage.

Je ne lui connaissais aucun ennemi. Mononcle Fernand n'était pas très loquace et pas très achalant non plus. Sa force de caractère se manifestait dans ses remarques cinglantes qui résumaient bien  les choses. Je n'ai pas d'exemples précis sinon ce que j'ai entendu dire de lui maintes et maintes fois.

-Fernand parle pas souvent mais quand i' parle, ça dit toutte c'qu'y'a à dire!

Je me souviendrai toujours des randonnées dans le Sud dans la grosse Chrysler de mon oncle Fernand, des tours de yotte à Saint-Roch-de-Mékinac, des ses airs d'harmonica et de ses chansons du temps des Fêtes...

Je me souviendrai aussi qu'il a travaillé pour l'aluminerie Reynold's et qu'il est mort d'un cancer, comme mon père. Je me souviendrai qu'il est décédé sur les coups de cinq heures, comme mon père... Une coïncidence qui ravive d'anciennes douleurs.

La vie nous oblige à survivre au chagrin.

Je me permets néanmoins de la nostalgie en pensant à mon parrain, Fernand René.

Je ne sais pas combien de fois ma mère m'a dit que j'étais comme mon parrain, Fernand, un genre de Roger Bontemps dans son coin qui n'est pas achalé par quoi que ce soit. Je l'ai toujours pris pour un énorme compliment de lui ressembler sur ces points.

Mes plus sincères condoléances à ma tante Nicole, mon cousin François, sa conjointe et leurs deux enfants. Mes sympathies à ma mère, à sa soeur, ma tante Rose-Hélène, ainsi qu'à tous ceux et celles qui l'ont aimé.

Mon oncle Fernand était aimé. Il a réussi sa vie.

Que son âme repose en paix.


Son fils spirituel et filleul, 

Joseph Fernand Gaétan Bouchard





mercredi 29 mai 2013

Aux bons soins de Réjeanne

Réjeanne est à la fin de sa vie. Elle est en train de crever d'un cancer. Le médecin lui prescrit de la morphine pour combattre la souffrance.

Avant-hier, Réjeanne est tombée en pénurie de morphine. Cette imprévoyante n'a pas songé au fait que sa prescription est expirée. Le pharmacien refuse de lui vendre de la morphine parce qu'il suit les règles de son corps de métier.

On envoie donc Réjeanne à l'hôpital pour rencontrer un médecin, puisque son médecin de famille est parti dans le Sud.

On la fait attendre dans un corridor. Réjeanne crie au meurtre. Ces malades-là, tout le monde sait qu'ils n'ont plus toute leur tête.

Puis Réjeanne rencontre un médecin qui renouvelle sa prescription de morphine spontanément, le brave homme.

Puis elle retourne toute déconcrissée vers une nouvelle résidence, puisque l'ancienne ne convenait plus selon X, Y ou Z raisons.

Aux Hirondelles, on lui permettait de manger végétarien.

Au Bon Saint-Frusquin, on lui ordonne de manger de la viande sans quoi y'aura rien d'autre...

Réjeanne déteste la viande. Elle la laisse dans son assiette et elle retourne vite dans sa chambre pour boire de l'Ensure.

Heureusement que sa prescription de morphine a été renouvelée.

Elle pourra être gelée tight toute la journée en se calissant de tout.

Et tout, en somme, c'est l'argent. L'argent pour l'ambulance. L'argent pour les ambulanciers. L'argent pour le médecin, le pharmacien et les pharmaceutiques. L'argent pour ceci ou cela. L'argent pour le béton. L'argent pour le député. Comme dans la Salle No. 6 de Tchekhov. La santé corrompue à l'os, comme tout le reste, moi je le fais, toi tu le fais, tout le monde le fait, et hop! C'est la débâcle.

En bout de ligne, il n'y avait aucun sage pour dire simplement renouvelez-la sa calice se prescription de psychotrope sacrament!!! Et faites comprendre aux gus qui gèrent Au Bon Saint-Frusquin qu'il y a des végétariens qui se font vieux et qui ont aussi besoin de bons soins.

Merci beaucoup.


mardi 28 mai 2013

La politique

Quand je pense à la politique je me surprends toujours à paraphraser Jésus: éloignez de moi ces calices... Mais la coupe est pleine et il faut tout de même la boire, que l'on soit ou pas du parti de Socrate, celui qui troublait l'ordre public en incitant la jeunesse athénienne à penser plutôt qu'à travailler dur pour réduire la dette très antique de la Grèce.

Je suis plutôt du côté de celui qui ne boirait pas sa ciguë et se réfugierait vers sa blonde, sa guitare et ses pinceaux sous des cieux plus hospitaliers. Pour le peu que j'ai voyagé je sais que c'est possible que ce soit mieux ailleurs quant à certains aspects. J'aimerais bien vivre au Rwanda, par exemple. C'est le pays des mille collines et du printemps perpétuel. Il fait 20 degrés Celsius trois cent soixante-cinq jours par année. N'est-ce pas le paradis? Cependant, le paradis n'y est jamais très loin de l'enfer. Les violences ethniques menacent d'éclater n'importe quand. J'ai des craintes d'aller vivre là-bas.

Voilà pourquoi j'aime mon pays, purgatoire oublié du monde, banquise flottant sur des océans, la tête de l'île de la tortue, l'île Mékinak, Wabanaki, comme ça s'appelle depuis au moins vingt-cinq mille ans sinon plus.

Ici, il y a des arbres, puis des roches, du sable fin, de l'eau potable, du manger et du boire plus qu'il n'en faut, de l'électricité et, bien sûr, une bande de vauriens qui nous parasitent au sommet.

On entend bien plus souvent chialer contre les béhesses* qu'on entend dire quoi que ce soit envers ceux qui détournent trente pourcent des contrats publics pour nous construire des routes décrépies et remplies de nids de poule en moins d'un an d'utilisation. Taper sur le petit, l'étranger ou le pauvre, on n'a encore rien trouvé de plus naturel. Comme si le monde était rempli d'andouilles qui auraient une boule d'excrément malodorante à la place du coeur.

Enfin! C'est là que la politique embarque. C'est là qu'il faut faire ce qu'il faut. Secouer les consciences. Redonner du coeur et du courage. Grandir tout un chacun sous le respect et l'entraide.

Je remercie Kitché Manitou, alias le Grand Esprit que je ne connais pas personnellement, de m'avoir donné des arbres, des lacs et des rivières, et toutes sortes de belles et bonnes choses, belles et bonnes personnes, pour cheminer dans cette vie malgré ceci ou cela.

Le combat se poursuit sous une forme ou l'autre.

L'an passé c'était le Printemps Érable.

Cette année, c'est le couvercle sur le chaudron.

La vapeur va monter.

Et puis il adviendra ce qu'il adviendra.

En attendant, pourquoi pas? aimons-nous quand même...


*béhesses: bien-être social (bs), assisté-social dans le jargon juridique





lundi 27 mai 2013

Et coetera!!!

Il y a des gros vers blancs qui ravagent les gazons du coin. Les moufettes raffolent de ces larves.

Henri Bournival a capturé une moufette à l'Île aux Sales dans l'espérance qu'elle les mangerait toutes. Sauf qu'il ne lui a pas enlevé ses glandes. Il lui a fabriquée une cabane au milieu de son terrain et elle mange tous les vers blancs de son gazon. Pour le moment, il ne coupe pas son gazon de crainte de se faire arroser par la bête qu'il a capturée à l'aide de fléchettes tranquillisantes puisque Bournival est un médecin légiste à sa pré-retraite.

Quand la moufette aura mangé tous les vers blancs, paf! Bournival lui lancera une autre fléchette tranquillisante et il ramènera la moufette dans les bois comme s'il ne s'était jamais rien passé.

Sacré Bournival! Pauvre moufette! Esclave de son appétit insatiable pour les larves! Puante créature qui vous reverdit un gazon! Et coetera!!!

dimanche 26 mai 2013

Le plein-air même sous la pluie

Il pleut depuis bientôt une semaine. Je me promène tous les jours sous la pluie, que ce soit sur mes deux jambes ou bien sur les deux roues de mon vélo.  J'ai pris l'habitude de sentir dans ma chair et mes os ces forts vents du suroît qui me renvoient l'humidité du grand fleuve Magtogoek. Je me trouve en mode survie, tant sur le plan psychique que physique, et j'ai bien hâte que mon épiderme trouve de quoi satisfaire sa photosynthèse.

Hier, après cinq jours de pluie, je suis parti prendre un peu d'air du côté du Parc de la rivière Batiscan. avec ma blonde et une amie. Évidemment, il mouillait encore. Néanmoins, le simple fait de respirer l'humus de la forêt produisit chez notre équipée une béatitude indicible. Marcher sur le roc qui est là depuis des milliards d'années, ça vous rappelle à juger du temps avec un sens plus aigu des proportions. Même s'il pleut un tant soit peu.

Toute l'aventure humaine tiendrait en deux ou trois secondes si nous ramenions à une seule journée l'histoire de notre planète. Les humains étaient là et, pfuit! ils se sont envolés en ne laissant derrière eux que des déchets et des cadavres qui deviendront des fossiles ou des artefacts.

C'est en toute humilité que j'ai foulé sous mes pieds la Terre Sacrée, hier matin. Comme si je marchais sur les planchers frais cirés d'une demeure luxueuse avec des bottes recouvertes de boue.

J'ai rapporté quelques photos de cette expédition à laquelle il manque l'épisode du pique-nique dans la camionnette. Nous gelions comme des andouilles vers l'heure du dîner. Le feu extérieur ne suffisait plus à nous réchauffer. Toutes les bêtes prirent le parti de demeurer bien au chaud dans leur tanière et nous aussi.

-Au moins c'est beau ici, même si on se les gèle, que je me suis dit.

Il pleut encore ce matin et le soleil n'est prévu que pour demain.

Il me reste ces photos à contempler pour me rappeler que nous ne sommes pas faits en chocolat et qu'il vaut mieux sortir sous la pluie que de se morfondre pendant sept jours dans nos habitats à regarder l'eau glisser sur les fenêtres.









vendredi 24 mai 2013

Avertissement à propos de Gadouas

Il n'était pas facile de se lever tous les jours avec la sensation d'être un génie. Voilà pourquoi ce trou du cul passait toujours de mauvaises journées. Il s'appelait Gadouas, Alex Gadouas, et il était chiant comme mille. Ce bas-cul n'avait pas les moyens physiques et intellectuels de regarder de haut qui que ce soit. La condescendance ne lui seyait pas du tout. C'était plutôt le mépris qui lui convenait comme une couche de mauvaise odeur.

Gadouas était seul parce qu'il était un parfait imbécile. J'étais solitaire pour d'autres raisons. Et j'ai toujours attiré les gens un peu bizarres. Peut-être parce que je le suis un peu. Ou bien parce que je suis du bon pain. Allez savoir! Et puis est-ce qu'on parlait de moi, hein?

Non. On parlait de Gadouas le bas-cul rempli de mépris qui se croyait un génie.

Il avait lu deux ou trois pages de Nietzsche et vu des films soporifiques. C'était assez pour que Gadouas se sente différent. Et même qu'il sentait fort, un problème de glandes qui frappent certains adolescents tout autant que les Gadouas. Cela dit, ce serait mesquin de réduire Gadouas à sa puanteur, mais quiconque le connaissait en venait à dire qu'il puait. J'ai plutôt retenu l'image d'un mauvais génie, méprisant et bas-cul.

-Ouais... J'estime que le surhomme s'incarne en ma personne... Les femmes sont inférieures et doivent se soumettre... Je suis pour l'emploi de la force...

Gadouas disait ça sur un ton gluant et faiblard. Il était tout sauf de la force et aucune femme ne voulait de lui et de ses sornettes. Cet être mou et flasque s'inventait une surhumanité pour oublier qu'il n'était qu'un bas-cul. Ça le confortait d'avoir lu Nietzsche, un gars différent, qui avait influencé plein de gus différents, dont Adolf et Gadouas lui-même.

Gadouas jouait à l'intellectuel en se promettant, par exemple, d'écrire un livre sur la femme inférieure et le féminisme rampant de la société québécoise. Il n'était pourtant pas capable d'écrire une seule ligne qui se tienne debout. C'était du genre l'asociéter québéquoise doie prioriterremant dire que les homme plus fords doive aître au pouvoir pour la survi de la raçe. On tolérait ce genre de charabia à l'université et même que Gadouas finit par devenir bachelier en sociologie et militant d'un parti de droite. De quoi se dire que nos diplômes ne valent absolument rien. Mais c'est encore une autre histoire que je n'ai pas envie d'écrire aujourd'hui.

Le fait demeure que Gadouas n'était pas une lumière. C'était un pauvre type, hargneux, teigneux et vaniteux pour rien qui s'étouffait dans son orgueil comme l'on meurt dans ses vomissures.

Je ne dis pas qu'il est encore mort.

Ni qu'il est toujours vivant.

Je ne sais pas ce qu'est devenu Gadouas.

Je sais seulement qu'il n'était pas un génie. Seulement un bas-cul rempli de mépris et malodorant.

Il y en a des tas comme ça par les temps qui courent.

Je me devais de produire cet avertissement.






jeudi 23 mai 2013

Mon tatouage

Je suis tatoué. Je l'avoue, oui. J'ai sur le bras gauche un corbeau à deux têtes. C'est un dessin tribal propre aux Haidas, une communauté autochtone de la Colombie-Britannique. J'étais dans ce coin-là en 1993 et j'en ai rapporté cette marque indélébile. C'était une manière d'afficher à jamais mon identité autochtone. De plus le corbeau a toujours été un oiseau qui apparaissait à des moments particuliers de ma vie. J'en ai fait mon totem. Et comme deux têtes valent mieux qu'une, mon corbeau tatoué en porte deux.

Quelques années plus tard, je me retrouve chez un notable en train de discuter d'un contrat quelconque.

Le notable, homme propre et distingué, se permet tout de même de persifler à l'endroit des personnes tatouées.

-Quelle vulgarité! Ces gars qui portent des tatouages, comme s'il fallait se vanter de porter la marque des bandits et des gens de petite vie!

Évidemment, je portais une chemise à manches longues ce jour-là de sorte que mon tatouage ne se voyait pas du tout.

Mon notable poursuivit sa montée de lait contre les tatoués pendant un bon quinze minutes. Je ne disais rien. Il n'avait jamais besoin de m'entendre lui répondre pour parler tout seul. Il était intarissable, le notable. Mais il payait bien.

Je me suis néanmoins tenu à porter des chemises à manches longues jusqu'à la fin de mon contrat...


mercredi 22 mai 2013

Ces gens de mon pays

Les gens de mon pays, ce sont gens de parole et gens de causeries qui parlent pour s'entendre... N'allez surtout pas croire que cette phrase sublime a été pondue par mon esprit bouillonnant de maximes à dormir debout. Elle est de Vigneault lui-même, Gilles de son prénom, un gars de Havre Saint-Pierre qui en a long à dire sur la fraternité humaine et que l'on a trop longtemps confiné au péquisme par pure mesquinerie. Ce type-là n'a rien d'un politicien. Sacrament! C'est évident que c'est un poète.

J'écoute Jack Monoloy ou bien Les gens de mon pays, voire Mon pays, que je me trouve tout de suite dans un lieu où il n'est pas tant question de drapeau que de la beauté de Wabanaki, le pays du soleil levant, un pays qui plonge ses racines dans plus de 10 000 années de présence humaine, peut-être même plus puisque je n'aime pas compter.

Cela dit, je me souviens d'avoir entendu Les gens de mon pays en deux occasions et d'avoir eu la gorge nouée par l'émotion.

La première fois, c'était à Regina, en Saskatchewan. Je revenais d'un long voyage sur le pouce qui m'avait mené de Trois-Rivières à Vancouver, puis de Vancouver au Yukon. Sac au dos et cheveux au vent, je vivais mes années de bohème avec la fièvre de goûter à la quintessence de la vie et de l'aventure.

Je m'apprêtais à sauter sur un train cette fois-là afin de tester On the Road de Jack Kérouac. Je suis tellement influençable que je devins trotskyste après avoir lu Trotsky et poète après avoir lu Rimbaud. Si les livres n'étaient pas là pour gâcher ma vie, je me demande bien ce que je ferais... Récemment j'ai lu Claude Blanchard... Imaginez ce qui se passera demain...

Quoi qu'il en soit, j'étais dans un parc, à Regina, et j'écoutais Radio-Canada sur mon walkman.

J'avais mal à la mâchoire à force de ne parler qu'en anglais depuis deux ou trois mois. Et je rêvais de revoir mon pays pour une raison qui m'échappe.

C'est là que Gilles Vigneault m'a fendu l'âme avec Les gens de mon pays... Les larmes se mirent à jaillir chez ce gros tarlais qui vous échappe ces lignes ici-même. (C'est moi, bien entendu.)

Quelques années plus tard, aux funérailles du légendaire Michel-Luc Viviers, le plus gros poète de Trois-Rivières de tous les temps, je me suis fait scier l'âme une fois de plus avec Les gens de mon pays et La Quête de Brel, deux chansons auxquelles tenait particulièrement le grand Viviers. J'ai pleuré une fois de plus, comme un con. Et Viviers ne m'en a pas voulu pour autant. Il devait même rire un peu de moi du haut de ses nuages.

-J'te l'ai dit que j'te f'rais pleurer mon hostie! Arf! Arf! que je l'entends se gausser de moi.

Sacré Viviers... Sacrés gens de mon pays...

Des gens de paroles qui parlent pour s'entendre...

Des gens qui m'en donnent plus que je ne saurais en demander, en qui je trouve des trésors d'imagination et de bonhomie.

Nous ne sommes rien sans les autres.

Et les autres, c'est nous, qui que nous soyons.

On chie tous à la même place -ou presque.

Viviers serait content que j'aie osé la sortir, cette phrase-là.

Cela fait partie de mon patrimoine linguistique.

Ma patrie, c'est les autres.

Fuck le reste.




mardi 21 mai 2013

Dis-moé don' si c'est pas des belles bottines!

Il n'y a rien de mieux que de belles bottines et Samuel savait en faire pour qu'elles soient tout aussi confortables que belles pour dix ans. Samuel les confectionnait avec du cuir épais comme un cou de magistrat et c'était un bonheur que de le voir travailler soir et matin sur ses bottines qui avaient chacune d'entre elles une nouveauté qui les rendaient toutes originales. Chaque nouvelle bottine était l'achèvement de sa vie en tant que cordonnier émérite. Chaque nouvelle bottine lui permettait d'étendre son savoir et d'aller encore plus loin dans son art.

-M'as-tu leu'z'en faire des belles bottines! qu'il chantait toute la journée sur l'air de Alberte, tu es ma gaie-lon-la-lurette.

En cette année-là, c'était en 1937, Samuel devait bien avoir trente-trois ans. Il était au sommet christique de son aventure humaine, prêt à affronter toute croix et toute servitude. Il n'était pas aussi lyrique, Samuel, mais il ne savait pas raconter des histoires. Donc, chacun son métier.

Et le métier de Samuel était de fabriquer les plus belles bottines du monde, avec du cuir épais comme ça, et  des fantaisies d'une parfaite sobriété d'effets.

Dans ce temps-là, c'était un type qui semblait tisser de fils de fer torsadé. Samuel n'était pas gros mais tout en nerfs. Des nerfs qui gonflaient à chaque nouvelle bottine qu'il confectionnait avec grâce et d'aucuns disent encore que cela tenait du génie. Il ressemblait vaguement au gars des films muets, Harold Lloyd, vous savez celui qui se retient après une horloge, menaçant de tomber dans le vide du sommet d'un building de Manhattan. Sauf qu'il portait la barbe. Ses oreilles produisaient beaucoup de cérumen mais il se les faisait déboucher à l'eau tiède mélangée à un peu de vinaigre.

Sa bottine de draveur, entre autres, était conçue selon un procédé qui la rendait parfaitement imperméable. Il retenait la semelle de cuir par des chevilles de bois qui gonflaient au contact de l'eau. Il ne restait qu'à bien huiler les bottines et hop! on pouvait s'en aller crever dans le Nord pour un salaire de misère. N'empêche que les bottines de Samuel étaient pour tous ces gars un sujet de conversation tout à fait naturel. On se passait tous le message qu'il n'y avait pas de meilleures bottines.

Ce qui fait que Samuel obtint tous les contrats de bottines de draveurs de la région, pour lesquels il faisait aussi  travailler son fils Raynald, alors âgé de seize ans.

La cordonnerie de Samuel était située aux Trois-Rivières. Tout le monde passait par là pour remonter dans le Nord.

Samuel ne s'en tenait pas qu'aux bottes de draveurs, bien entendu. Il s'adonnait à créer toutes les sortes de bottines possibles et imaginables. On n'avait qu'à lui emmener la photo d'un grand catalogue de Paris pour qu'il vous reproduise la même bottine avec de la valeur ajoutée.

Ses prix défiaient toute concurrence. Parce que Samuel invitait tous les cordonniers de la ville une fois par mois pour manger du steak ou bien du blé d'Inde tout en trinquant un peu, autour d'un feu ou bien d'un lancer ou deux de fer à cheval. Il était le grand chum de tous les cordonniers parce qu'il aimait tout le monde, naïvement, comme un Roger Bontemps.

-T'es don' un maudit Roger Bontemps toé Samuel! disait tout le monde.

-Qu'est-cé tu veux j'te dise? Moé, j'su's heureux d'faire mes bottines ma-lu-ron lu-ré! répondait Samuel en jouant de la cuillère.

Tous les autres sortaient leur instrument, qui une scie, qui un violon.

Et Samuel, au milieu de toutes ses belles bottines et de tous ses bons amis, chantait et rechantait encore sa chanson sempiternelle.

-Ah! dis-moé don' comme y'a d'la belle bottine! Maluron lurette! Maluron luré!

C'était du temps où il avait trente-trois ans.

Après? Bah. Il est mort, bien entendu. Quand? L'histoire ne le dit pas.



lundi 20 mai 2013

Remerciements à tous ceux et celles qui sont venus à mon vernissage


 Je ne sais pas par où commencer en ce matin consacré congé férié en l'honneur des Patriotes de 1837.

Je vais y aller à la bonne franquette, avec des photos plutôt qu'avec des mots.

Mon vernissage entre proches, amis et intimes m'a permis de vivre une expérience formidable. C'est une réussite où je tiens un rôle secondaire. Nous ne sommes rien sans les autres. Et ce sont les autres qui m'inspirent ces visions colorées.

J'exprime sur mes toiles mon amour de l'humanité. Il n'est que plus nécessaire de partager cet amour avec toutes ces bonnes âmes qui sont passées chez-moi samedi dernier pour voir de quoi aura l'air mon atelier-galerie d'art à temps partiel.

J'ai rencontré des gens extraordinaires qui finiront par être peints sur mes toiles s'ils viennent me visiter plus souvent.

Je ne saurais nommer tout le monde sans vexer quelques-uns que j'aurais pu oublier par mégarde. Aussi, je me réserve le devoir de leur brasser amicalement les mains chaque fois que je les rencontrerai.

À tous et à toutes, un gros merci! Vous m'encouragez à ouvrir mon atelier-galerie d'art au grand public pour lui en montrer de toutes les couleurs et de tous les formats.

Au plaisir de vous revoir tout un chacun.

Je vous aime.