samedi 4 juillet 2009

Une nuit à l'Expo






















Une nuit à l'Expo.
C'est le titre que j'ai donné à ma dernière toile, dont vous voyez une reproduction ici, à gauche. C'est peint à l'acrylique sur une toile de format 60 X 90 cm. Et il y a, comme d'habitude, plusieurs couches de vernis brillant pour rehausser le tout.

La photo n'est pas très belle. On voit le flash. Et c'est beaucoup trop sombre. Je ne peux pas faire mieux pour le moment. Je me dis que c'est mieux que rien, hein?

Je photographie généralement mes tableaux au soleil, sans trépied, à main levée, comme je les ai peints. Cela fait deux semaines que le soleil nous boude et je ne peux que prendre cette mauvaise photo sous la pluie ce matin.


De l'oeuvre d'art à l'ère de sa reproductibilité technique

Ce qui m'amène à philosopher sur l'oeuvre d'art à l'ère de sa reproductibilité technique, pour reprendre la formule de Walter Benjamin, un gus de l'école de Francfort, vous savez, cette école de profs de philo néo-marxiste allemande. Ce n'est pas que je sois marxiste, loin s'en faut, mais bon il y a des questions que je me suis posé seulement après avoir lu Walter Benjamin.

Prenons la célèbre Mona Lisa de Léonard de Vinci. À l'époque où il l'a peinte, c'était quelque chose d'unique. On devait se déplacer pour aller la voir. Et on finissait par se dire «bon sang, c'est un génie ce mec! Il parle avec Dieu!»

De nos jours, on s'en contretorche de cette communion de l'artiste avec quelque principe premier de la Création. On peut reproduire des millions de fois la Mona Lisa sur des tasses de café, des tee-shirts, des porte-clés, des casquettes, des fanions, des agendas, des assiettes, bref sur à peu près n'importe quoi et n'importe comment.

Qui se soucie de savoir à quoi ressemble vraiment ce putain de tableau? Moi, bien sûr. Et si je passe un jour par la vieille France, j'irai sans doute la voir, la Mona Lisa, juste pour m'enlever de la tête toutes ces reproductions jamais égales, plus foncées ici, plus pâles là. Je veux voir la vraie. Pas vous?

Ce qui fait que cette semaine je vais reprendre une photo d'Une nuit à l'Expo. En plein soleil, évidemment. Et vous verrez la différence, même si cela ne sera qu'une reproduction. La vraie toile existe, quelque part, disponible pour, mettons, huit cents dollars. En bas de ce prix, je me fais baiser. Je ne suis pas Léonard de Vinci, moi. Faut que je mange.

Bozo à l'eau

Vous remarquerez sur mon tableau un Bozo à l'eau.

Mon frère a suivi une bande de carnavaleux. Il faisait son blé en montant les manèges et les kiosques, d'une part, et en tenant d'autre part le rôle de Bozo à l'eau tout le temps que durait l'Expo.

Il se déguisait en clown tous les jours et s'installait sur une planche reliée à un dispositif qui lui faisait prendre un bain chaque fois qu'un joueur atteignait la cible avec une balle.

Bozo devait évidemment exciter les joueurs en les traitant de mauviettes ou de mal baisés pour leur donner l'envie de le foutre à l'eau.

Comme mon frère était particulièrement baveux, il arrivait aussi à l'occasion qu'on le prenne pour cible. Comme si ce n'était pas assez de plonger à l'eau huit milles fois par jour, il fallait aussi qu'il reçoive des balles en pleine gueule.

À la fin de l'été, la peau gercée comme une vieille pomme, il abandonna la caravane de foireux. Bozo revint chez-lui.