jeudi 9 juillet 2009

Le bonheur des tristes


Il est des lectures qui vous accompagnent lentement mais sûrement vers des vérités qui ne sont pas feintes. Le bonheur des tristes, de Luc Dietrich, fait partie de ce lot.

Je connaissais ce nom par la bande, savais un tant soit peu qu'il était de la bande de René Daumal, l'une des plumes de feue la revue Le Grand Jeu.

Ce qu'il y a d'appréciable chez tous ces mecs, c'est qu'ils ne sombraient pas dans les pièges des idéologies politiques, au contraire de tous les dadas et gagas plus ou moins surréalistes de leur temps.

Ils étaient crus et vrais, tout en étant complètement à côté de la track. Donc, un peu fous. Avec tout plein d'abracadabras qui me gossent, mais bon, j'aime mieux lire des conneries à propos de délires religieux que de lire des manifestes politiques ou littéraires. Chacun son trip. Dans les délires religieux, il y a toujours place à la fantaisie, à tout le moins.

Ce qui fait qu'on lit Le bonheur des tristes de Luc Dietrich avec la sensation de lire un contemporain, un type qui par sa vérité crue lutte résolument contre le mensonge. Un trait propre aux enfants qui ont grandi loin de leurs parents, l'éternelle sensation de détecter tous les mensonges, d'où qu'ils proviennent. Ce qui fait de ce roman une oeuvre qui mesure bien notre temps et juge encore mieux notre époque, sans qu'il ne soit question de beaux et grands discours.

Il n'y a pas de sermons dans Le bonheur des tristes. Il n'y a rien d'autres que de la vie dans son expression la plus simple. Cela relève bien sûr de l'autobiographie. Mais c'est écrit avec beaucoup plus d'honnêteté que ce que Jean-Jacques Rousseau écrivait pour ses Confessions. Ce n'est pas du toc. Du «j'ai toujours été bon et honnête», si vous voyez ce que je veux dire.

Prenons seulement cette phrase, l'aboutissement du roman.

«Que deviendrai-je?
-Écrivain, répondait une voix comme par un téléphone mal branché. Et à qui lirai-je ce que j'écrirai? À eux? Ils sont trop et chacun est occupé d'autre chose.»

Ouais, je vous recommande le roman Le bonheur des tristes, parce que ce n'est pas larmoyant, ni vraiment triste. C'est juste vrai. Une vérité terrible et vraiment honnête. Un cynisme qui n'est qu'une quête de bonté et d'humanité. Le type s'est vraiment élevé tout seul et il se raconte sans fard, comme seuls peuvent se raconter les orphelins.

Bref, c'est un grand livre. Bien meilleur que L'étranger de Camus que nos profs de cégep n'arrêtent pas de faire lire à leurs étudiants. S'ils leur faisaient lire Le bonheur des tristes, peut-être que ça cognerait plus dans leur cervelle que cette histoire de pauvre con qui tue quelqu'un sur la plage juste parce que le soleil lui piquait les yeux.

Un reproche que je ferai volontiers à Camus: trop politique et pas assez littéraire.

Donc, ennuyant.

C'est tout ce que j'avais à dire sur le sujet. Bonsoir.