vendredi 17 juillet 2009

Lulu


Lulu n'est ni très grande ni très petite non plus. Son prénom c'est Lucienne mais elle préfère qu'on la surnomme Lulu.

-Ça fait moins vieux! qu'elle dit.

Ok Lucienne. On va t'appeler Lulu.

Lulu a vingt-huit ans et trois quart et son nez est rose. Ses sourcils sont bruns et ses cheveux sont verts. Il lui manque deux dents du fond. Elle zézaye légèrement et tout porte à croire qu'elle est dyslexique puisqu'elle dit souvent aile-rôle pour dire egg-roll, bibarbonate de soudure pour dire bicarbonate de soude.

Donc Lulu, c'est Lulu, comme ils disent.

Elle est caissière au supermarché. Elle a deux flos. Et elle vit depuis trois mois avec un type qui a lui aussi deux flos. Ils forment à eux deux une famille reconstituée. Le type s'appelle Ivanhoé. Mais personne ne l'a rencontré parmi le personnel du supermarché. Ivanhoé, ben c'est Ivanhoé, comme ils disent.

Lulu rêve de devenir une chanteuse internationale comme, mettons, Céline Dion. Elle se pratique tous les soirs devant son miroir, au grand désespoir d'Ivanhoé et des voisins, puisque Lulu chante faux. Une poulie qui grince. Une craie qui déchire un tableau noir. Une assiette sadiquement griffée par une fourchette. C'est de notoriété publique puisqu'elle se pratique aussi devant tout le monde à la pause, au supermarché.

N'empêche qu'elle est bien gentille, Lulu.

Elle achète du chocolat pour les pauvres. Et des amandes grillées. Et des calendriers.

Un jour, Lulu a attrapé la grippe. Le lendemain, ça allait beaucoup mieux.

Comme quoi sa vie est une suite de petits maux et de grandes guérisons.

Pourquoi faudrait-il s'en faire, hein?

-Moé, j'm'en fa's p'us a'ec p'us rien pantoute! qu'elle dit souvent, Lulu. J'prends la vie comme qu'A vient pis c'est toutte. Comme disait mon pèwe, j'su's comme Jos Meilleuw, si ça fait pas icitte, ça f'ra ailleuw!

Ah ben tabarouette qu'elle l'a l'affaire c'te Lulu-là qui provient d'Twois-Wivièwes-Ouest.

Elle vit dans un bloc, juste à côté du Wal-Mart.

Pour ce qui est de son chum Ivanhoé, ben, y'a des langues sales qui disent qu'i' est su' l'bien-être. Parsonne n'l'a rencontré pis tout le monde prétend savoir qui c'est. J'ai mon hostie d'voyage. En tous 'es cas. C'est pas d'mes calices d'affaires. Mais j'gagerais pas que c'te gars-là est su' l'bien-être. Faut pas s'fier à la médisance. Mon beau-frère m'a dit que c'te gars-là, ben, i' travaille dans un garage depuis quatre ou cinq ans. Hostie que l'monde est cave. Pis même si y'était su' l'bien-être, qu'est-cé qu'ça pourrait ben calisser, hein? Rien pantoute. Langues sales de langues sales de calice!