lundi 13 juillet 2009

Le grand Grenon n'a malheureusement pas de problèmes


Quand on lui parlait de chiffres pour résoudre des problèmes existentiels, le grand Grenon riait comme un gros sacrement de bouffon.

-Douze étapes pour ceci, trois façons de, l'octuple sentier et toutes ces manières de compter pour apprécier la vie, hostie, ça n'me revient pas!

-Oui ben, lui disaient ses contradicteurs, t'es pas alcoolique ou drogué toé, t'en as p't'être pas d'besoin!

Le grand Grenon était-il ce qu'on appelle «quelqu'un-qui-consomme»? Oui, comme tout le monde. Il se droguait à la théine, à la caféine, aux acétaminophènes et prenait quelques verres à l'occasion, rien pour jeter un homme par terre. C'était ça, en fait, le problème du grand Grenon: il ne reconnaissait pas qu'il avait un problème de consommation. C'est pas normal de boire deux thés et deux cafés par jour. Ni de prendre quatre aspirines de temps en temps. Donc, pour les contradicteurs du grand Grenon, il était clair qu'il ne pouvait pas comprendre.

-Il n'est pas encore allé tout au bout du rouleau. Il devra descendre encore plus bas.

Le plus christ dans tout ça, c'est que le grand Grenon avait tout l'air d'être heureux. Il riait tout le temps. Jouait de la musique joyeuse. Dessinait des gros nez. Faisait l'amour. Était aimé et apprécié de ses pairs. Se curait le nez loin des regards indiscrets. Et il ne s'était jamais fait prendre à vraiment péter les plombs, comme se promener tout nu dans la rue et donner tout son argent aux inconnus.

Donc, le grand Grenon se tenait encore loin des douze étapes, des trois ceci ou cela, de l'octuple sentier dont il n'a rien à foutre. Il était bien trop heureux pour que ça dure. Il allait tomber lui aussi, et les voilà qui se jetteraient sur lui, les charognards, avec des chiffres, des statistiques, des diagrammes.

Le grand Grenon, vrai comme je suis là, c'est le gars qui est heureux dans son coin et qui n'écoeure pas personne. Les curés et autres diablotins n'ont aucune emprise sur ce cerveau trop jubilant qui cherche ardemment l'infini et sait le trouver. Le grand Grenon s'est débarrassé de toutes les démonstrations de morale en Tupperware, emballée sous vide et ne distillant que le plus mortel des ennuis.

J'ai oublié de vous dire que le grand Grenon avait un gros nez et n'était pas nécessairement laid. Ce qui lui rendait la vie d'autant plus facile. Ce n'est pas comme ça pour tout le monde. Il y en a qui en arrache en tabarnak, pas mal plus que Grenon, un gars qui ne fait pas pitié pantoute.

En tous 'es cas. C'est ça qui est ça.

Ça fait que si vous rencontrez le grand Grenon, parlez-lui bien gentiment de lacs et de rivières, de musique et de femmes, et il vous en sera reconnaissant. Il vous offrira du thé, du café, de la bière ou des p'tits biscuits. Mais si vous lui dites douze étapes, trois niaiseries, cinq à sept, il vous claquera la porte au nez prétextant une grosse envie de chier. C'est qu'il peut être plate et vulgaire, le grand Grenon. Elle l'a toujours bien servie, la vulgarité. Selon lui, ça le protège des imbéciles.

Sacré grand Grenon, va! Le meilleur joueur de cuillère de tout le grand Trois-Rivières. Même qu'il y a un vidéo de lui sur You Wube. Mais je ne trouve plus le lien. En tous 'es cas. Tapez cuillères et Twois-Wivièwes sur You Wube. Wous wallez suwement twouwer.

En attendant, écoutez-moé ça.