lundi 30 juillet 2018

La torche olympique

Je pédalais ce matin dans le coin du boulevard Gene-H.-Kruger à Trois-Rivières. Cela se trouve dans un secteur plutôt laid et nauséabond de la ville. C'est rare qu'on y voie des touristes. Rare qu'on y voie des piétons. Surtout à 7 heures du matin.

Et qui est-ce que je vois ce matin?

Un homme dans la quarantaine qui fait son jogging en tenant une torche olympique allumée...

Je cherche l'automobile qui doit nécessairement le suivre...

Rien. Et aucun commanditaire n'apparaissait sur son tee-shirt.

Le joggeur courait avec sa torche olympique comme si de rien n'était.

Avouez que cela peut paraître étrange.

Et que ça l'est sans doute.

Quoi qu'il en soit, nous n'allions pas dans la même direction.

Il a poursuivi son marathon et moi mon tour cycliste.

Quelques mètres plus loin, je suis tombé sur une marmotte aplatie.

Une remorque lui a probablement roulée dessus. De sorte que sa dépouille formait une galette parfaite. 

Ces deux événements n'ont aucun lien.

Comme ce corbeau que j'ai vu ce matin sur la rampe du pont Duplessis.

Ou bien ce lièvre obèse qui traînait péniblement son cul à l'Île Saint-Quentin lors de ma balade à vélo matinale.

Et pourtant, cela me colle à la tête.

Il faut que je vous en parle.

Pourquoi?

Parce que.

Je n'ai pas de réponse raisonnable sous la main.

Ça doit être une maladie.

Une logorrhée.

Un besoin irrépressible de communiquer n'importe quoi n'importe comment.

Pourtant, ça ne s'invente pas un type qui court avec sa torche olympique à 7 heures du matin sur la rue la plus ennuyante de Trois-Rivières...


samedi 28 juillet 2018

Mes élucubrations matinales

L'Âge d'Or, par Lucas Cranach l'Ancien (1530)
Les Romains comme les Grecs croyaient qu'ils vivaient à l'Âge de Fer, un âge où toutes les valeurs étaient perdues et où tout finissait par baigner dans le sang. L'Âge d'Or, le plus heureux des temps, était situé dans le passé. Quelque chose s'était corrompu en route, sans doute...

Les Grecs et les Romains ne sont pas les seuls à avoir entretenu de tels sentiments envers le passé paradisiaque, le présent infernal et l'avenir où les dieux eux-mêmes finiront par mourir.

On trouve ça dans plusieurs traditions.

Adam et Ève ne vivaient-ils pas au paradis?

Et ça prend d'autres formes de nos jours.

Il m'arrive moi-même d'avoir ces accès de paganisme-animisme qui me font ramener l'Âge d'Or vers le passé, quelque part avant 1492.

Je m'imagine les plages qui devaient jaillir de partout sur le fleuve Magtogoek et la rivière Tapiskwan Sipi, aux abords du village de Métabéroutin, ce lieu où se décharge tous les vents.

Aujourd'hui on y voit un port, des blocs de pierre, de l'asphalte.

Alors qu'autrefois il y avait une forêt de pins majestueuse qui projetait son ombre sur les plages sans fin de Trois-Rivières.

Il ne reste de ces plages anciennes que le pâle souvenir de ces îles qui résistent aux crues printanières au confluent des deux chemins d'eau mythiques. On doit se fermer les yeux et se boucher le nez pour s'imaginer ça. Ou bien trouver un endroit qui nous confère l'illusion de communiquer avec cet Âge d'Or de l'Île de la Tortue.

Je trouve encore quelques endroits presque naturels à Trois-Rivières. J'hésite d'en parler pour ne pas que l'on vienne détruire ces sanctuaires où je trouve la paix et l'harmonie. Je dis seulement qu'ils existent. Que je les trouve. Et que j'y vais. Pour reculer dans le temps. Pour avancer dans ma tête.

***

Gonzalve Poulin a écrit un livre à propos de la paroisse Notre-Dame-des-Sept-Allégresses. Je crois que c'est paru aux éditions du Bien Public. C'est dans cette paroisse de Trois-Rivières que j'ai vu le jour.

L'auteur, un ecclésiaste, racontait comment un quartier laid d'habitations surchauffées et surpeuplées s'était formé autour des usines de textile, de fer, de pâtes et papier.

Il y voyait un désastre. Des gens qui avaient dû quitter les campagnes environnantes où la vie était si saine pour venir s'établir dans ces blocs collés l'un sur l'autre, sans arbres, dans la promiscuité la plus étouffante qui soit. Tout ça pour devenir les esclaves des compagnies. Mes grands-parents et mes parents en firent partie. Et je suis atterri au milieu de tout ça. Dans un environnement laid, sans arbres, rempli de clôtures de fils barbelés, avec de la suie noire qui vous tombe sur la tête toute la journée et puis cette odeur de marde qui persiste encore dans l'atmosphère de Trois-Rivières en raison de la présence des puantes papetières.

Pour ces compagnies, on a détruit tout ce qu'il y avait de plus beau à Trois-Rivières.

La Canadian International Pulp and Paper Company a été bâti sur le site actuel de l'Amphithéâtre Cogéco, là où s'élèvent maintenant des tours à condos. Avant l'ère industrielle, c'était une grande forêt de pins. On disait que c'était le plus beau parc en ville au dix-neuvième siècle.

Il ne reste plus de ce parc qu'une petite lisière de pins sur la rue St-Paul ainsi que dans le Parc des Pins qui porte encore bien son nom. On a planté d'autres usines. Puis des blocs à trois et même quatre étages.

On a aussi détruit les rivières. On y a fait flotter du bois pendant presque 100 ans. Ce qui contribuait à augmenter l'acidité des eaux en plus d'y ajouter du mercure.

L'eau potable de Trois-Rivières goûte moins mauvais depuis qu'on a cessé le flottage des billes de bois sur la rivière. Les eaux sont redevenues claires et relativement oxygénées. C'est la partie positive de mon billet: quand on veut on peut...

***

Bon. C'est assez pour ce matin.

Il est 6:00.

Mon café est froid.

J'aurais dû le boire au lieu de vous écrire mes élucubrations matinales.

mardi 24 juillet 2018

Le PQ peine à trouver des candidatures présentables


Youppi sauvons le tipi!

La maison en forme de tipi de Serge Beaudette.


Trois-Rivières, le 24 juillet 2018


Aux membres du conseil municipal
Hôtel de ville
170, rue Principale Sud
Waterville (Québec)

Objet: Youppi sauvons le tipi
Madame,
Monsieur,

Il me semble un peu surréaliste, à la lumière du reportage de Radio-Canada (cliquez ici), que vous ordonniez la démolition d'une petite maison écologique. 

Surtout en 2018, alors que nous avons besoin de plus d'exemples positifs allant dans le sens d'une économie verte et durable, d'un milieu de vie plus sain et aussi plus rationnel quant à nos choix environnementaux.

Comme je crois à un moment d'égarement de votre part, je ne lancerai pas une tempête sur les médias sociaux. Je pense qu'il vous est encore loisible de revenir à la raison. Ce que d'autres appellent aussi le gros bon sens.

Il est possible que mes amis Facebook soient informés quant à mes démarches. Rassurez-vous: j'en ai moins de 200, même si la plupart sont des emmerdeurs professionnels comme moi.

Recevez, Madame, Monsieur, mes salutations.


Gaétan Bouchard,
Artiste-peintre
Trois-Rivières (Québec)
blogsimplement.blogspot.com

***

Ce courriel a été envoyé ici:

lundi 23 juillet 2018

Réflexion d'un trou du cul


Résultats de recherche d'images pour « pauvre here »
Il est sans doute un peu ridicule qu'un trou du cul livre ses réflexions sur la marche du monde.

D'autant plus que ce monde se limite parfois à écraser les pauvres et à aduler ceux qui les écrasent.

On se dit tous que cela n'a pas de sens et pourtant le monde continue de marcher ainsi, à grands coups de pieds dans le cul. Et c'est à peine entrecoupés d'épisodes de liberté. On vote pour ceci ou cela et toujours l'on finit dans la vase, à remuer des illusions de grandeur. À vivre par procuration la grandeur de ceux qui écrasent tout le monde.

Suis-je pessimiste? Non. Je ne m'accroche pas à un scénario. Je constate. Et tant mieux si j'ai tort.

Je vois bien que Donald Trump est le pantin de Vladimir Poutine. Une revanche des Russes pour avoir fait de Boris Eltsine le pantin des Américains. Dans un cas comme dans l'autre, c'est comme si les organisations criminelles planaient au-dessus des démocraties occidentales et orientales. Elles se servent des urnes pour acheter des territoires à exploiter pour une bouchée de pain. S'acheter un politicien ça coûte moins cher que de s'acheter une armée pour à peu près le même résultat en bout de ligne: démolir le pays, le mettre en ruines et se proposer à donner du crédit à tous les nouveaux ruinés pour qu'ils marchent enfin les fesses serrées quand on ira se pavaner devant eux. On renvoie les retraités manger dans les poubelles de Moscou ou travailler dans une quincaillerie jusqu'à 90 ans pour joindre les deux bouts...

Oui, je suis un trou du cul.

Dans une autre vie, je devais battre des grenouilles dans le fossé d'un quelconque château. Je devais soulever la faux contre mon maître et me faire condamner à être roué de dix milles coups de bâtons. C'est certain que je n'étais pas un seigneur, un dieu ou bien un riche. À la limite, je dirais que je n'étais rien...

Il faut savoir accepter son rang... Ahem! Quand on naît valet on n'est pas roi. Même si on a entendu dire que les rois se faisaient parfois raccourcir d'une tête et que les valets savaient aussi régner.

Je suis né dans un quartier pauvre. Ma vie passée, présente et future risque de se passer dans la même situation de pauvreté plus ou moins contrôlée. Comme tout un chacun qui se fait des illusions sur les politiciens ou les seigneurs qui devraient lui donner une ration supplémentaire sur ce qu'ils lui ont volé.

On se pense tous meilleurs que les autres. On croit tous que tout le monde est dans la marde sauf soi-même. Parce qu'on est brillant. Parce qu'on a fait des études. Parce qu'on est beau. Parce qu'on est chanceux. Parce qu'on a dix milles piastres à la banque.

Puis on devient pas beau, lent, magané par la vie. Les absences au travail s'accumulent, puis les maladies - et enfin à peu près tout le monde retrouve une situation de précarité qui est le lot de la majeure partie de l'humanité.

Six mois de maladie et plus moyen de faire ses paiements sur sa maison, son char et sa piscine. Six mois de plus et on vend tout pour aller cogner à la porte de l'aide sociale.

Et là, dans la file d'attente, c'est drôle mais c'est rare qu'on va voir des gens qui votent pour la suppression des services sociaux.

Ou bien qui votent tout court.

Les slogans électoraux n'entrent plus dans la tête rendu à cette étape.

Tu regardes le monde de bas et ce que tu vois ce sont des talons de fer qui écrasent la gueule de tout le monde.

Les inepties de Martineau et Mathieu Bock-Côté n'y changent rien.

Ils ont tous gagné contre toi.

Et toi, tu dois encore croire que ces milliards de personnes qui sont dans la pauvreté ne sont que des ratés et des trous du cul qui n'ont rien compris...



samedi 21 juillet 2018

Mes p'tits matins

Rien ne m'est plus agréable que de vivre en symbiose avec le jour et la nuit. Je suis actif dès l'aurore et tombe inactif au coucher du soleil. Certains se demandent comment je fais pour faire tout ça. Ils trouveront facilement leur réponse. La nuit je dors. Et le jour je travaille.

J'ai travaillé de nuit pendant quatre ans et demi. 

J'ai vécu de nuit de 18 à 33 ans minimum.

Je dormais peu à vrai dire.

Puis j'ai cessé de fréquenter les bars où d'ailleurs je m'ennuyais.

Puis j'ai rencontré ma blonde.

Puis vivre le jour et rêver la nuit cela m'a semblé non seulement biologique mais agréable.

Il est cinq heures douze du matin.

Je prends le temps de vous écrire ça pour témoigner de je ne sais quoi.

Peut-être que c'est une pure perte de temps.

Peut-être que c'est de la littérature.

Peut-être pas.

***

Tant qu'à finir sur une note aussi fade, je m'empresse d'en rajouter une couche.

Oui, j'aime mes petits matins.

Mes petits matins à prendre mon café tranquille, sans me placer devant un foutu écran comme je le fais en ce moment même -pour une raison qui m'échappe encore...

J'aime mes petits matins avant même l'aurore, à me moquer avec ma blonde de la journée qui s'en vient, à nous dire qu'il manque d'empathie et de générosité sincère en ce monde pourri, que l'être humain en général est décevant mais qu'il faut faire avec...

Un petit déjeuner vite fait. On arrose les plantes. On se brosse les dents et se rince la gueule. Puis on enfourche son vélo pour rouler dans les rues désertes, puis sur la piste cyclable, vers l'infini et plus loin encore.

Le vent est frais et calme.

Ça roule sans efforts.

Les oiseaux font cuicui.

Que demander de plus?

***

Il est difficile d'écrire sur les choses simples que l'on aime.

Cela se passe d'explications, justement, et on est mieux de les vivre que de les décrire.

N'empêche que j'aime mes petits matins.

D'autres les passent sans doute à dormir.

Moi je les passe à vivre pleinement pendant qu'il en est encore temps.

Et, croyez-moi, j'ai du plaisir.

Et hop! J'arrête d'écrire et retourne à mon petit matin.

jeudi 19 juillet 2018

Liberté d'expression...


Comment Lucien a gâché la nuit de noces de sa soeur

Adrienne venait tout juste de se marier avec Raymond, alias Momon. Adrienne était exaltée. Tout le contraire de Momon qui était plate, terne et taciturne. Adrienne était belle, pulpeuse, rose et en vie. Momon était suspicieux, méfiant, vert et pas très en forme.

Comme il s'en allait en roulotte pour leur nuit de noces, ils virent quelqu'un qui faisait du pouce sur le bord de la route.

-On devrait l'embarquer Momon... Pauvre gars... Il fait tellement chaud...

-Ok, répondit Momon.

Momon stoppa son engin près de l'autostoppeur. Et quelle surprise de constater qu'ils le connaissaient. C'était Lucien, le frère de Adrienne.

-Ah bin Lucien! hurla de joie Adrienne.

-Salut Lucien... siffla Momon.

-J'étais parti avant vous autres après les noces mais mon lift m'a débarqué icitte pis ça fait deux heures que j'attends...

-Embarque avec nous autres Lucien... On s'en va en camping au Parc National pour notre nuit de noces...

-Cool...

Arrivés au camping, Momon déballa les affaires pendant que Adrienne et Lucien se saoulaient la gueule et fumaient de la drogue.

Puis Momon but une coupe de vin. Une seule. Et il alla se coucher dans la roulotte.

Adrienne et son frère continuèrent de se saouler et de se geler la bine près du feu.

Puis, vers 2 heures du matin, ils rentrèrent dans la roulotte, tous les deux bien beurrés.

Lucien s'écrasa dans un coin parmi des souliers et des bottes.

Adrienne s'effondra dans le lit aux côtés de Momon qui ronflait déjà.

***

Cinquante ans se sont passées depuis.

Adrienne est morte.

Et Momon aussi.

Mais Lucien est encore là à vous raconter ça comme si c'était hier.

C'est resté dans son lot d'anecdotes habituelles.

Il l'a appelé Comment j'ai gâché la nuit de noces à Adrienne.

Il ajoute toujours, à la fin, que Momon était un tarlais.

mercredi 18 juillet 2018

Mon guide c'est l'empathie

Mon meilleur guide en toutes choses est l'empathie.

L'intellect est bien plus trompeur que le coeur pour résoudre les conflits résultant de nos rapports sociaux.

L'intellect vous trouvera des raisons pour vous dire que le crâne des étrangers est plus petit que le crâne des membres de votre famille élargie. Tandis que le coeur vous dira que c'est inhumain de penser comme ça.

Je ne veux pas dire que je déteste l'intelligence.

Mais je me méfie de ceux qui croient appuyer leur idéologie politique sur de l'intelligence.

Je ne crois pas à cette intelligence.

Ou bien je m'en moque.

Je veux du coeur.

Plus d'empathie.

Plus de solidarité.