Larry Lagouache n'était pas poète pour deux sous mais il s'était dit, un jour qu'il était saoul, que ça n'avait pas l'air bien compliqué que d'écrire des conneries en simulant des émotions et en se stimulant de jeux de mots dignes d'un malade mental.
Il avait écrit une plaquette en une seule nuit. Une plaquette qu'il avait intitulée Poèmes intéressants.
L'un de ses poèmes, à titre d'exemple, allait comme suit:
Si je trouvais un crayon
Je dessinerais un anus
Tous ces autres poèmes étaient de la même mouture, anus en moins.
Le lendemain de cette session d'écriture nocturne, Larry avait demandé à Sarah de corriger les fautes d'orthographe, plutôt nombreuses, et de faire une mise en forme correspondant au standard des manuscrits soumis à des éditeurs.
-Ne touche pas à la syntaxe! C'est mon style! ajouta-t-il pour lui démontrer qu'il connaissait mieux la poésie que la grammaire.
Il avait essuyé quelques refus avec les maisons d'édition, mais Les éditions Des Gorges avaient accroché à l'hameçon.
Les deux membres du comité de lecture, des profs de Cégep, se souvenaient vaguement d'avoir rencontré Lagouache au cours d'un lancement.
-C'est le gars qui était accoté au bar qui disait aimer les poèmes de André Poirier.
André Poirier, évidemment, était l'un des deux membres du comité de lecture... On lui devait quelques plaquettes de poésie où s'entremêlaient le golf, le mouvement scout et l'indépendance du Québec. C'était insipide et soporifique. Mais qui sommes-nous pour juger de la pertinence des poètes, hein?
Ce qui permit à Larry Lagouache de publier ses poèmes, de remporter quelques prix ici et là, dont celui du Gouverneur général du Canada.
Encouragé par tant d'honneurs, Lagouache se saoula la gueule au moins une nuit par année pour pondre une autre plaquette de poésie dont l'écriture était largement subventionnée par le Conseil des arts et des lettres, sans compter les per diem et les voyages payés pour assister à tous les Salons du livre du monde entier pour y parler de ses Poèmes intéressants et autres facéties de collégien attardé.
Avec le temps, Lagouache devint professeur de littérature au collégial.
Il n'écrivait jamais au tableau de crainte que l'on découvre qu'il était illettré.
Sarah ne pouvait pas le suivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour corriger tout ce qu'il écrivait.
S'il devait signer un autographe, il y allait d'une formule simple:
À Maude,
De Larry Lagouache
C'était short and sweet. Le client n'en demandait pas plus.
Et chaque année, depuis la parution des Poèmes intéressants, Lagouache prodiguait des conseils à tous ces Roméo et Juliette qui voulaient s'assurer qu'ils avaient leur place dans le domaine de la poésie.
-Pour être poète, disait Lagouache, il faut être moins prosaïque... On ne peut pas parler comme tout le monde et se sentir poète. Il y faut de la magie. Du sublime. De l'extraordinaire!
Évidemment, d'aucuns croyaient que Lagouache était une baudruche de poésie, une enflure dénuée de talent qui ne savait que téter des subventions et licher la raie de André Poirier aux Éditions des Gorges.
On ne peut pas dire qu'ils avaient tort.
Mais la poésie, comme la musique, ne vit que de mythes.
Celui de Larry Lagouache, poète maudit parce qu'ivrogne hors norme, avait la peau dure.
Il nous a récité son plus récent poème, hier, lors d'un cinq à sept littéraire au Café-Bar Le Bibob.
Le voici:
Un bouchon de bière
Tombe sur le plancher
Et je dessine un anus
C'était mauvais, mais que voulez-vous?
La poésie québécoise demeurera toujours la chasse-gardée des plus mauvais écrivains qui soient.
mardi 9 février 2016
lundi 8 février 2016
Il n'y a pas de chefs d'oeuvre soporifiques
"La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !"
Stéphane Mallarmé, Brise marine
***
Il n'y a pas tant de bons livres.
J'ai lu des milliers de pages pour rien. Je n'oserais même pas dire que je les ai lues pour la forme. J'y aurai cherché quelque chose que je n'y aurai jamais trouvée.
Parmi mes plus grandes déceptions de lecteur, il y a bien sûr Marcel Proust. J'ai lu de force tous les romans qui composent la fresque d'À la recherche du temps perdu. J'ai lu ça dans le cadre d'un séminaire de littérature au cours de mes études à la maîtrise. Ce fût un vrai supplice. Je n'ai retenu qu'une phrase, c'est tout dire. Et cette phrase disait, en somme, qu'il se pourrait que certains chefs d'oeuvre aient été écrits en bâillant...
J'ai lu Proust en bâillant et je n'y ai pas vu le chef d'oeuvre...
Lire Dostoïevski fût parfois une vraie torture. Par contre, il m'arrivait au détour de cinquante pages mornes et plates de tomber sur d'authentiques éclairs de génie. Cela me faisait oublier ces cinquante pages de descriptions oiseuses.
J'en suis venu à la conclusion que je ne suis pas fait pour lire des briques, bien que j'en aie lues des tas pour me faire une juste idée de l'univers des arts et des lettres.
À l'université, je n'osais pas dire que je ne comprenais rien à Kant, Hegel, Sartre ou Bergson. Je lisais tous ces ânes avec respect et incompréhension. Je m'en voulais de manquer de concentration et peut-être même de génie. Je retombais toujours dans la poésie, la philosophie orientale ou bien les témoignages crus et poignants.
Avec l'âge, je ne m'en veux plus d'être imperméable aux idées coulantes des scribes professionnels.
Je n'ai plus honte de mes dégoûts et déceptions littéraires.
J'ai élagué mon esprit d'un tas de bouquins soporifiques.
Non, je ne vous parlerai jamais de la Critique de la raison pure...
Les conteurs s'en tirent mieux dans mon estime que les amateurs de dissertations et autres "fabricateurs de discours inutiles" comme l'écrivait si bien René Daumal.
Tout jeune, j'ai été initié à lire Alphonse Daudet et François Rabelais, via des fiches de lecture que distribuaient mes professeurs de l'école primaire. J'ai connu La chèvre de Monsieur Séguin, Tartarin de Tarascon et Gargantua avant que de jouer au penseur médiocre avec L'existentialisme est un humanisme...
J'ai totalement abandonné la lecture d'ouvrages qu'il faut lire avec un dictionnaire sur les genoux.
J'ai fait mienne la devise de Rivarol selon lequel ce qui n'est pas clair n'est pas français.
C'est peut-être traduit de l'allemand, mais ce n'est plus du français et ça n'a rien à voir avec le génie de la langue des Lumières.
Pourquoi Rousseau, Voltaire, Diderot et tous les autres encyclopédistes du dix-huitième siècle se lisent-ils aussi facilement? Est-ce parce qu'il leur manquait de concepts ou bien parce qu'il connaissait l'art de s'expliquer simplement sur les choses les plus difficiles? Se poser cette question c'est y répondre.
La langue française s'est dégradée au dix-neuvième siècle. Elle est devenue pesante, ampoulée et emberlificotée. On s'est mis à lui prêter des vertus magiques et à voir des abîmes là où il n'y en avait pas.
Faut-il s'étonner que des étrangers écrivent mieux le français que des locuteurs dits de souche? Pourquoi Cioran se lit-il mieux que tant d'autres tartampions qui rendent les Lettres françaises contemporaines si vides et si détestables?
Alors que j'étais rédacteur en chef d'un petit journal de rue, j'étais toujours étonné de constater que les gens dits sans éducation avaient une bien meilleure syntaxe que tous ces collégiens et universitaires qui tentaient vainement de jeter de la poudre aux yeux. Ils employaient des termes savants dont ils ne maîtrisaient même pas la portée et encore moins la signification. Ils inversaient l'ordre logique du discours pour nous livrer leur pensée dans un sabir indescriptible.
On a appris que Luc va à l'école. Après l'université, on se met à déparler. À l'école, Luc va... Il est nécessairement un péripatéticien. Et il est en quête d'estime de soi... Il aime le béhaviorisme et se croit pro-actif puisqu'il ne suffit pas d'être seulement actif ou bien dynamique.
Reprenons nos moutons.
J'aime les lectures simples, claires et précises.
Je n'aime pas m'emmerder en lisant.
Voilà pourquoi je porte Tchekhov haut dans mon coeur.
Et Steinbeck aussi.
Et Marcel Aymé.
Et Isaac Babel.
Et Boulgakov.
Et Jack London.
Et Maupassant.
Et VLB, pour ne nommer que ceux-là.
Je ne tiens pas l'ennui pour une voie sacrée menant vers l'extase.
Je ne m'imagine pas de chefs d'oeuvre soporifiques.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !"
Stéphane Mallarmé, Brise marine
***
Il n'y a pas tant de bons livres.
J'ai lu des milliers de pages pour rien. Je n'oserais même pas dire que je les ai lues pour la forme. J'y aurai cherché quelque chose que je n'y aurai jamais trouvée.
Parmi mes plus grandes déceptions de lecteur, il y a bien sûr Marcel Proust. J'ai lu de force tous les romans qui composent la fresque d'À la recherche du temps perdu. J'ai lu ça dans le cadre d'un séminaire de littérature au cours de mes études à la maîtrise. Ce fût un vrai supplice. Je n'ai retenu qu'une phrase, c'est tout dire. Et cette phrase disait, en somme, qu'il se pourrait que certains chefs d'oeuvre aient été écrits en bâillant...
J'ai lu Proust en bâillant et je n'y ai pas vu le chef d'oeuvre...
Lire Dostoïevski fût parfois une vraie torture. Par contre, il m'arrivait au détour de cinquante pages mornes et plates de tomber sur d'authentiques éclairs de génie. Cela me faisait oublier ces cinquante pages de descriptions oiseuses.
J'en suis venu à la conclusion que je ne suis pas fait pour lire des briques, bien que j'en aie lues des tas pour me faire une juste idée de l'univers des arts et des lettres.
À l'université, je n'osais pas dire que je ne comprenais rien à Kant, Hegel, Sartre ou Bergson. Je lisais tous ces ânes avec respect et incompréhension. Je m'en voulais de manquer de concentration et peut-être même de génie. Je retombais toujours dans la poésie, la philosophie orientale ou bien les témoignages crus et poignants.
Avec l'âge, je ne m'en veux plus d'être imperméable aux idées coulantes des scribes professionnels.
Je n'ai plus honte de mes dégoûts et déceptions littéraires.
J'ai élagué mon esprit d'un tas de bouquins soporifiques.
Non, je ne vous parlerai jamais de la Critique de la raison pure...
Les conteurs s'en tirent mieux dans mon estime que les amateurs de dissertations et autres "fabricateurs de discours inutiles" comme l'écrivait si bien René Daumal.
Tout jeune, j'ai été initié à lire Alphonse Daudet et François Rabelais, via des fiches de lecture que distribuaient mes professeurs de l'école primaire. J'ai connu La chèvre de Monsieur Séguin, Tartarin de Tarascon et Gargantua avant que de jouer au penseur médiocre avec L'existentialisme est un humanisme...
J'ai totalement abandonné la lecture d'ouvrages qu'il faut lire avec un dictionnaire sur les genoux.
J'ai fait mienne la devise de Rivarol selon lequel ce qui n'est pas clair n'est pas français.
C'est peut-être traduit de l'allemand, mais ce n'est plus du français et ça n'a rien à voir avec le génie de la langue des Lumières.
Pourquoi Rousseau, Voltaire, Diderot et tous les autres encyclopédistes du dix-huitième siècle se lisent-ils aussi facilement? Est-ce parce qu'il leur manquait de concepts ou bien parce qu'il connaissait l'art de s'expliquer simplement sur les choses les plus difficiles? Se poser cette question c'est y répondre.
La langue française s'est dégradée au dix-neuvième siècle. Elle est devenue pesante, ampoulée et emberlificotée. On s'est mis à lui prêter des vertus magiques et à voir des abîmes là où il n'y en avait pas.
Faut-il s'étonner que des étrangers écrivent mieux le français que des locuteurs dits de souche? Pourquoi Cioran se lit-il mieux que tant d'autres tartampions qui rendent les Lettres françaises contemporaines si vides et si détestables?
Alors que j'étais rédacteur en chef d'un petit journal de rue, j'étais toujours étonné de constater que les gens dits sans éducation avaient une bien meilleure syntaxe que tous ces collégiens et universitaires qui tentaient vainement de jeter de la poudre aux yeux. Ils employaient des termes savants dont ils ne maîtrisaient même pas la portée et encore moins la signification. Ils inversaient l'ordre logique du discours pour nous livrer leur pensée dans un sabir indescriptible.
On a appris que Luc va à l'école. Après l'université, on se met à déparler. À l'école, Luc va... Il est nécessairement un péripatéticien. Et il est en quête d'estime de soi... Il aime le béhaviorisme et se croit pro-actif puisqu'il ne suffit pas d'être seulement actif ou bien dynamique.
Reprenons nos moutons.
J'aime les lectures simples, claires et précises.
Je n'aime pas m'emmerder en lisant.
Voilà pourquoi je porte Tchekhov haut dans mon coeur.
Et Steinbeck aussi.
Et Marcel Aymé.
Et Isaac Babel.
Et Boulgakov.
Et Jack London.
Et Maupassant.
Et VLB, pour ne nommer que ceux-là.
Je ne tiens pas l'ennui pour une voie sacrée menant vers l'extase.
Je ne m'imagine pas de chefs d'oeuvre soporifiques.
dimanche 7 février 2016
Démonstration théologique où l'homme n'est pas un animal
Germaine ne croyait pas que l'homme était un animal. Elle avait toute une théorie à ce sujet. Une théorie fondée sur les vêtements.
-Les animaux se promènent tout nus. Les humains portent des vêtements. Il faut être une vraie bête pour penser que l'homme est un animal! Est-ce que j'ai l'air d'un animal moi?
À vrai dire, Germaine avait plutôt l'air d'une guenon mais personne n'osait vraiment lui dire puisqu'elle portait des signes religieux ostentatoires. Elle croyait à un fantôme qui pouvait marcher sur l'eau, voler dans les cieux et guérir la lèpre.
Évidemment, Germaine n'avait pas la lèpre. Elle ne ressentait pas plus le besoin de marcher sur l'eau ou bien de voler comme l'oiseau. Ce qui l'intéressait par-dessus tout, c'était de nous endoctriner avec la religion de son fantôme. Du moins en apparence.
On l'aurait cru vertueuse, sainte-nitouche et même chaste comme la neige du Pôle Nord.
Eh bien non! Aussi curieux que cela puisse paraître, Germaine était une sacrée bacchante qui avait toujours le nez fourré dans le cul d'un être humain, quel que soit son genre ou son sexe. Elle passait ses journées à rouler des pelles à des inconnus qu'elle rencontrait au hasard du temps.
Hier, sa victime était un bon monsieur qui avait toujours jusque-là su préserver sa virginité. Ce quinquagénaire bedonnait attendait à la gare lorsque Germaine sauta sur lui en lui demandant s'il voulait bien la suivre aux toilettes pour dames. Ce qu'il fit sans trop se questionner puisque Germaine lui caressait langoureusement les parties génitales tout en lui montrant sa langue, cet épouvantable torchon de huit pouces de longueur et de langueur qui faisait encore sa renommée parmi ses proies.
Ce fût ensuite le tour d'une pauvre nonne absorbée dans la lecture de son bréviaire évangélique. C'était dans la salle d'attente du médecin. Elle entraîna la vieille nonne vers son pitoyable logement pour lui faire des choses pas très catholiques, prétextant de lui faire lire Lacordaire ou Paul Bourget. Cela se termina en séance de broute-minou à en faire miauler toutes les félines du quartier.
Évidemment, pétrie de remords et de péchés, Germaine se présenta une fois de plus au confessionnal.
-Pardonnez-moi mon père parce que j'ai péché! dit-elle au curé qui, une fois de plus, avait la trique rien qu'à penser à ce que cette démone allait encore lui raconter.
-Je vous écoute ma fille...
-J'ai rentré ma langue dans tous les trous... J'ai avalé des liquides corporels... J'ai évacué des torrents de plaisir et de purs péchés!!!
Le curé avait chaud, une fois de plus. Et il lui donnait bien sûr l'absolution, accompagnée de dix Je vous salue Marie et trois Notre Père.
-Allez et ne péchez plus! Je veux vous revoir demain! Rompez!
-Je vais essayer mon père, je vais essayer, lui disait-elle sur le ton de la contrition.
Puis elle recommençait, la paillarde! Germaine repartait à l'affût d'un sexe à renifler.
Ce n'était pas facile tous les jours de ne pas être un animal. Elle ne disait pas le contraire, Germaine.
D'abord, les animaux ne connaissent pas le péché. C'est leur instinct qui les guide. Tout ce qu'ils font, c'est obéir à leurs pulsions qui les obligent à se promener dénudés.
L'homme, cette merveille de la Création, doit constamment combattre la puissance du Malin qui lui rappelle qu'il est tout nu et qu'il en a honte.
On ne va pas au ciel en se contentant de faire le bien, voyez-vous.
Qui n'éprouve pas la sensation du péché ne peut être qu'une bête sans âme, sans coeur et sans sexe.
Forte de ces vérités théologiques, Germaine pouvait poursuivre sa vie dans la Foi et l'Espérance.
Amen.
-Les animaux se promènent tout nus. Les humains portent des vêtements. Il faut être une vraie bête pour penser que l'homme est un animal! Est-ce que j'ai l'air d'un animal moi?
À vrai dire, Germaine avait plutôt l'air d'une guenon mais personne n'osait vraiment lui dire puisqu'elle portait des signes religieux ostentatoires. Elle croyait à un fantôme qui pouvait marcher sur l'eau, voler dans les cieux et guérir la lèpre.
Évidemment, Germaine n'avait pas la lèpre. Elle ne ressentait pas plus le besoin de marcher sur l'eau ou bien de voler comme l'oiseau. Ce qui l'intéressait par-dessus tout, c'était de nous endoctriner avec la religion de son fantôme. Du moins en apparence.
On l'aurait cru vertueuse, sainte-nitouche et même chaste comme la neige du Pôle Nord.
Eh bien non! Aussi curieux que cela puisse paraître, Germaine était une sacrée bacchante qui avait toujours le nez fourré dans le cul d'un être humain, quel que soit son genre ou son sexe. Elle passait ses journées à rouler des pelles à des inconnus qu'elle rencontrait au hasard du temps.
Hier, sa victime était un bon monsieur qui avait toujours jusque-là su préserver sa virginité. Ce quinquagénaire bedonnait attendait à la gare lorsque Germaine sauta sur lui en lui demandant s'il voulait bien la suivre aux toilettes pour dames. Ce qu'il fit sans trop se questionner puisque Germaine lui caressait langoureusement les parties génitales tout en lui montrant sa langue, cet épouvantable torchon de huit pouces de longueur et de langueur qui faisait encore sa renommée parmi ses proies.
Ce fût ensuite le tour d'une pauvre nonne absorbée dans la lecture de son bréviaire évangélique. C'était dans la salle d'attente du médecin. Elle entraîna la vieille nonne vers son pitoyable logement pour lui faire des choses pas très catholiques, prétextant de lui faire lire Lacordaire ou Paul Bourget. Cela se termina en séance de broute-minou à en faire miauler toutes les félines du quartier.
Évidemment, pétrie de remords et de péchés, Germaine se présenta une fois de plus au confessionnal.
-Pardonnez-moi mon père parce que j'ai péché! dit-elle au curé qui, une fois de plus, avait la trique rien qu'à penser à ce que cette démone allait encore lui raconter.
-Je vous écoute ma fille...
-J'ai rentré ma langue dans tous les trous... J'ai avalé des liquides corporels... J'ai évacué des torrents de plaisir et de purs péchés!!!
Le curé avait chaud, une fois de plus. Et il lui donnait bien sûr l'absolution, accompagnée de dix Je vous salue Marie et trois Notre Père.
-Allez et ne péchez plus! Je veux vous revoir demain! Rompez!
-Je vais essayer mon père, je vais essayer, lui disait-elle sur le ton de la contrition.
Puis elle recommençait, la paillarde! Germaine repartait à l'affût d'un sexe à renifler.
Ce n'était pas facile tous les jours de ne pas être un animal. Elle ne disait pas le contraire, Germaine.
D'abord, les animaux ne connaissent pas le péché. C'est leur instinct qui les guide. Tout ce qu'ils font, c'est obéir à leurs pulsions qui les obligent à se promener dénudés.
L'homme, cette merveille de la Création, doit constamment combattre la puissance du Malin qui lui rappelle qu'il est tout nu et qu'il en a honte.
On ne va pas au ciel en se contentant de faire le bien, voyez-vous.
Qui n'éprouve pas la sensation du péché ne peut être qu'une bête sans âme, sans coeur et sans sexe.
Forte de ces vérités théologiques, Germaine pouvait poursuivre sa vie dans la Foi et l'Espérance.
Amen.
vendredi 5 février 2016
L'Âge de Fer
"Que l'homme était heureux sous le règne de Saturne, avant que la terre fût ouverte en longues routes. Le pin n'avait point encore bravé l'onde azurée, ni livré une voile déployée au souffle des vents. Dans ses courses vagabondes, cherchant la richesse sur des plages inconnues, le nautonier n'avait point encore fait gémir ses vaisseaux sous le poids des marchandises étrangères. Dans cet âge heureux, le robuste taureau ne portait point le joug; le coursier ne mordait point le frein d'une bouche domptée les maisons étaient sans porte; une pierre fixée dans les champs
ne marquait point la limite certaine des héritages; les chênes eux-mêmes donnaient du miel; les brebis venaient offrir leurs mamelles pleines de lait aux bergers sans inquiétude. On ne connaissait ni la colère, ni les armées, ni la guerre;
l'art funeste d'un cruel forgeron n'avait pas inventé le glaive."
Tibulle, Élégies
***
Les Anciens considéraient le passé comme étant la période la plus harmonieuse de l'humanité.
Chez les Grecs et les Latins, l'Âge d'Or était derrière.
Ils croyaient vivre à la pire des époques, l'Âge de Fer, des temps troubles où le sang coulait à flots.
L'injustice avait pris le dessus sur le partage et la communion entre les membres de la tribu.
De nos jours, on sent parfois resurgir ce mythe d'un Âge d'Or situé dans le passé.
Chez les aborigènes de l'Île de la Tortue, on se nourrit de cette idée selon laquelle tout se décidait et tout se partageait en commun.
Tout le mal vient de la civilisation.
De la civilisation qui a créé les pyramides, les aqueducs, les mégapoles et soumis en esclavage des millions d'êtres humains.
J'ai moi-même tendance à situer l'Âge d'Or dans le passé.
Surtout quand je me promène dans les bois ou bien que je contemple la mer d'un point de vue préhistorique.
Je ne vois pas nécessairement de grandeur dans ce que la main de l'homme a métamorphosé.
J'y vois des souffrances indicibles.
J'y vois des soucis abyssaux et des philosophies trop abstraites pour être authentiques.
Prôner le détachement du monde dans un monde qui vous attache a quelque chose de risible.
On devrait plutôt prôner l'autarcie et s'enfoncer le plus loin possible dans les forêts encore vierges du Grand Nord.
Je sais bien que nous y serions des infirmes.
Que nous ne saurions ni y chasser, ni y pêcher, ni même y survivre.
Nous sommes des créatures de l'Âge de Fer. Des pantins post-apocalyptiques.
Nous sommes irrémédiablement condamnés à nous entre-tuer jusqu'à la fin de l'Histoire.
jeudi 4 février 2016
Léon Bloy, le mendiant ingrat
"Au seul point de vue de l'histoire des Lettres françaises, il n'est pas inutile qu'on sache de quelle manière la génération des vaincus de 1870 a pu traiter un Écrivain fier qui ne voulait pas se prostituer."
***
Léon Bloy, Le mendiant ingrat
Cela fait quelques jours que l'envie me prend de vous parler de Léon Bloy, un écrivain catholique enragé comme il s'en est fait trop peu. Léon Bloy est à la littérature ce que Michel Chartrand était pour le syndicalisme. Ces personnalités inclassables ne se prêtent pas facilement aux exégèses. On reconnaît leur talent du bout des lèvres tout en s'efforçant de ne jamais se tenir à proximité de ces monstres. C'est ce qui me rapproche d'eux, pour une raison qui m'échappe tout à fait.
Écrivain catholique! Syndicaliste catholique! Il me semble entendre hurler des tas de lecteurs et lectrices, forts de me faire comprendre que Dieu n'existe pas. C'est d'ailleurs une opinion que je partage chaque fois que je vois le Diable remporter une victoire...
Vous comprendrez, chers apostats et chers excommuniés, que la Foi est la partie de leur oeuvre qui m'intéresse sans doute le moins. Je saute les passages où ils délirent sur l'amour divin pour me concentrer sur leur statut de contempteurs des us et coutumes des bourgeois.
Léon Bloy, pour revenir à notre mouton noir, était reconnu par les anarchistes comme l'un des leurs, en dépit de sa foi et de ses essais théologiques. Le drapeau noir a flotté à ses funérailles. Les anars, comme on les appelle parfois, ont salué l'auteur du Désespéré, de La femme pauvre et de mille autres petits textes pamphlétaires qui empalèrent férocement les riches.
Récemment, je suis tombé sur les Histoires désobligeantes de Léon Bloy, un recueil de nouvelles qui m'a réconcilié une fois de plus avec Bloy, que je finis toujours par délaisser en raison de sa prose un peu trop maniaque. On doit presque lire Bloy avec un dictionnaire sur les genoux, ce qui finit par devenir lassant. Cet enrichissement de mon vocabulaire m'éloigne encore plus de mes contemporains qui ont déjà de la difficulté à me comprendre... Bloy n'écrit pas comme Voltaire, mais sans doute comme Rabelais, dans une langue bourrée de néologismes étonnants qui témoignent d'une certaine manie à manipuler les racines grecques et latines.
Malgré tous ces mots savants que j'appelle impudemment des scories, il reste toujours quelque chose d'étonnamment poignant à lire sous la plume de Bloy.
Dans Le Désespéré, un roman largement autobiographique, l'auteur y raconte la descente aux enfers de son double qu'il surnomme Caïn Marchenoir. Cela se poursuit avec La femme pauvre. La misère rôde autour d'un couple formé d'un écrivain misérable et d'une ancienne prostituée. Tout y passe, jusqu'à vendre ses cheveux et ses dents pour avoir un quignon de pain sur la table... C'est la misère la plus noire qui soit, misère à peine consolée par la prière et les rêves transcendants.
Je crois qu'il est nécessaire de commencer par lire les Histoires désobligeantes de Léon Bloy avant que de fuir l'ensemble de son oeuvre. Ce serait à mon avis une très mauvaise idée de débuter par Le Désespéré et La femme pauvre, voire par l'Exégèse des lieux communs. Ce début serait rebutant...
Avec ces Histoires désobligeantes, on se trouve encore en territoire connu. C'est à l'image d'un Maupassant qui aurait attrapé la rage.
N'attendez rien d'amical et de sympathique de Léon Bloy. C'est un mendiant ingrat. Il prend votre temps, qui est aussi de l'argent, en vous laissant avec un sentiment de vide et de profonde désespérance.
mercredi 3 février 2016
Se sentir bien d'être un trou du cul
Joey avait tout perdu. Tout.
Il était lavé, rincé, lessivé.
Il n'avait plus d'emploi, plus de maison, plus de meubles et plus d'amis.
En désespoir de cause, il s'était trouvé un modeste studio situé au-dessus d'une cordonnerie qui avait fermé ses portes en raison d'une faillite.
Son studio aux murs blancs décrépis était vide.
On n'y trouvait qu'un tas de draps empilés l'un par-dessus l'autre qui faisaient office de matelas.
Il y avait aussi un verre d'eau à moitié vide. Une assiette et peut-être trois couteaux. Quelques vieux bouquins aux pages défraîchies. Un vieux radio qui diffusait uniquement la chaîne musicale de Radio-Canada.
Évidemment, Joey portait toujours les mêmes vêtements: un vieux jeans, un vieux gaminet, un vieux coton ouaté, un vieux manteau, de vieilles bottines, de vieux bas.
Il avait tout perdu. Tout. Mais il lui restait quelque chose comme de la béatitude.
Les échos du monde et de son ancienne vie de gérant de caisse populaire ne parvenaient plus jusqu'à lui. Les encaissements et les bilans pro-forma lui étaient devenus indifférents.
Il se levait à l'heure qu'il voulait et se couchait après avoir fait de longues marches qui le menaient d'une bibliothèque à l'autre où il pouvait lire tout son soûl des bandes dessinées et des nouvelles de Maupassant.
Ses malheurs étaient incommensurables. Pourtant. il avait trouvé un peu de sérénité dans cette dèche.
Il n'avait plus d'idées noires.
Le mode survie lui convenait tout à fait.
Fuck les obligations et les reproches qui les accompagnent inévitablement.
Fuck toutte.
Joey n'était plus rien.
Et pourtant. il se sentait enfin redevenir quelque chose.
Quelque chose de transcendant.
Quelque chose comme une feuille d'automne ballottée par le vent.
Quelque chose comme un soupir.
Ou bien un air de musique mystérieux et monotone.
Joey n'aurait jamais pensé qu'il se sentirait aussi bien d'être devenu un trou du cul.
Il était lavé, rincé, lessivé.
Il n'avait plus d'emploi, plus de maison, plus de meubles et plus d'amis.
En désespoir de cause, il s'était trouvé un modeste studio situé au-dessus d'une cordonnerie qui avait fermé ses portes en raison d'une faillite.
Son studio aux murs blancs décrépis était vide.
On n'y trouvait qu'un tas de draps empilés l'un par-dessus l'autre qui faisaient office de matelas.
Il y avait aussi un verre d'eau à moitié vide. Une assiette et peut-être trois couteaux. Quelques vieux bouquins aux pages défraîchies. Un vieux radio qui diffusait uniquement la chaîne musicale de Radio-Canada.
Évidemment, Joey portait toujours les mêmes vêtements: un vieux jeans, un vieux gaminet, un vieux coton ouaté, un vieux manteau, de vieilles bottines, de vieux bas.
Il avait tout perdu. Tout. Mais il lui restait quelque chose comme de la béatitude.
Les échos du monde et de son ancienne vie de gérant de caisse populaire ne parvenaient plus jusqu'à lui. Les encaissements et les bilans pro-forma lui étaient devenus indifférents.
Il se levait à l'heure qu'il voulait et se couchait après avoir fait de longues marches qui le menaient d'une bibliothèque à l'autre où il pouvait lire tout son soûl des bandes dessinées et des nouvelles de Maupassant.
Ses malheurs étaient incommensurables. Pourtant. il avait trouvé un peu de sérénité dans cette dèche.
Il n'avait plus d'idées noires.
Le mode survie lui convenait tout à fait.
Fuck les obligations et les reproches qui les accompagnent inévitablement.
Fuck toutte.
Joey n'était plus rien.
Et pourtant. il se sentait enfin redevenir quelque chose.
Quelque chose de transcendant.
Quelque chose comme une feuille d'automne ballottée par le vent.
Quelque chose comme un soupir.
Ou bien un air de musique mystérieux et monotone.
Joey n'aurait jamais pensé qu'il se sentirait aussi bien d'être devenu un trou du cul.
samedi 30 janvier 2016
Une, deux!!! Gauche, droite!!!
Je suis un couche-tôt tout autant qu'un lève-tôt. Je profite de la nuit pour dormir et me lève avant l'aube pour savourer mon premier café en toute quiétude.
Il m'arrive malheureusement d'être perturbé par les hurlements des drogués et autres ivrognes qui déambulent sur les trottoirs du centre-ville.
C'était le cas ce matin.
-Une, deux! Une!!! Gauche-droite! Gauche-droite! jappait un cave,
-Qu'est-cé qu'il a pris celui-là? me suis-je dit en moi-même. Un autre imbécile qui est sur le crystal-meth et se croit de retour d'Afghanistan...
-Une, deux! Uneee! continua-t-il de plus belle.
Ma blonde se lève et, plus curieuse que moi, regarde par la fenêtre.
Un régiment de trente cadets est au garde à vous sur la rue Niverville, à trente pas de chez-nous, devant la boutique de la coiffeuse...
-C'est pas un ivrogne, c'est un régiment de cadets qu'elle me dit,
-J'ai mon hostie d'voyage! que je m'étonne d'ajouter en regardant moi aussi par la fenêtre.
Que peut bien faire l'armée dans les rues de Trois-Rivières à six heures du matin? Pourquoi un régiment est-il stationné à trente pieds de notre logement?
Mystère et boule de marde.
Je regarde par la fenêtre trente secondes plus tard. Le régiment est parti.
Attendait-il leur tour pour une coupe de cheveux?
S'en allait-il déjeuner à la Binerie Chik au coin de la rue Niverville?
Je n'en sais rien de rien.
Les ivrognes du centre-ville sont de plus en plus surprenants par les temps qui courent...
Il m'arrive malheureusement d'être perturbé par les hurlements des drogués et autres ivrognes qui déambulent sur les trottoirs du centre-ville.
C'était le cas ce matin.
-Une, deux! Une!!! Gauche-droite! Gauche-droite! jappait un cave,
-Qu'est-cé qu'il a pris celui-là? me suis-je dit en moi-même. Un autre imbécile qui est sur le crystal-meth et se croit de retour d'Afghanistan...
-Une, deux! Uneee! continua-t-il de plus belle.
Ma blonde se lève et, plus curieuse que moi, regarde par la fenêtre.
Un régiment de trente cadets est au garde à vous sur la rue Niverville, à trente pas de chez-nous, devant la boutique de la coiffeuse...
-C'est pas un ivrogne, c'est un régiment de cadets qu'elle me dit,
-J'ai mon hostie d'voyage! que je m'étonne d'ajouter en regardant moi aussi par la fenêtre.
Que peut bien faire l'armée dans les rues de Trois-Rivières à six heures du matin? Pourquoi un régiment est-il stationné à trente pieds de notre logement?
Mystère et boule de marde.
Je regarde par la fenêtre trente secondes plus tard. Le régiment est parti.
Attendait-il leur tour pour une coupe de cheveux?
S'en allait-il déjeuner à la Binerie Chik au coin de la rue Niverville?
Je n'en sais rien de rien.
Les ivrognes du centre-ville sont de plus en plus surprenants par les temps qui courent...
samedi 23 janvier 2016
Les arts sans honneurs et sans médailles
Feu Alexis Klimov, mon professeur de philosophie dont je vous parle souvent, avait coutume de nous dire qu'il faut se méfier de ceux qui reçoivent des honneurs et des médailles. Je ne me méfiais pas de lui, même s'il en avait reçu des tonnes. Il en riait lui-même.
J'ai compris avec le temps qu'il n'y avait pas pire échec que la réussite.
Réussir dans une société injuste et immonde c'est nécessairement collaborer avec elle.
Collaborer à l'injustice et aux immondices.
Voilà pourquoi je me tourne souvent vers les proscrits de toutes conditions et trouvent mes maîtres aux portes des cités, près des bacs à déchets.
J'ai pris Diogène le cynique pour modèle philosophique.
Le monde ne sera jamais prêt à reconnaître son génie parce qu'il lui était impossible de recevoir des honneurs. Lui en aurait-on offerts qu'il les aurait maudits en ricanant, dissuadant tout bourgeois de subir son ingratitude.
Cela explique aussi l'estime que je porte envers Léon Bloy, un écrivain détestable, pamphlétaire catholique que les catholiques eux-mêmes ne devaient pas supporter. Idem pour Georges Bernanos.
Ces deux-là étaient des voix qui crachaient dans le dessert des riches.
On ne pouvait pas leur octroyer un prix Nobel. Ni une récompense littéraire.
On ne pouvait que les détester entre deux bouchées de caviar et deux gorgées de champagne.
***
Je sais que je divague et passe naturellement du coq à l'âne.
Si je me mettais à réfléchir avant d'écrire, je ne ferais qu'accumuler des pages blanches.
Il n'y a rien de stratégique dans mon art. Rien de réfléchi. Rien d'autre que de l'intuition pure et les connaissances techniques nécessaires pour ne pas me faire reprocher d'être un illettré. Je préfère, de loin, qu'on me traite de fou plutôt que d'incompétent.
Cela dit, je dois poursuivre sur le thème des médailles et des honneurs.
J'ai vu hier deux énormes panneaux affichant les photomontages d'un artiste au centre-ville de Trois-Rivières. C'était d'une laideur absolue et, par conséquent, deux oeuvres fortement subventionnées. On voyait sur le premier panneau deux cabanes d'oiseaux, un clocher d'église, un triangle jaune et du béton gris. Sur l'autre, c'était quelqu'un qui semblait emballé dans du plastique. Deux photos horribles, dénuées de pouvoir d'évocation, De la laideur à la hauteur du profond ennui que cela suscitait.
Quelque fonctionnaire stupide d'un quelconque comité public s'est empressé de balancer du fric au pseudo-artiste de cette niaiserie insignifiante. J'imagine qu'il devait y avoir au moins trois ou quatre zéros précédés d'un chiffre sur le chèque qui lui a été remis.
Cet artiste a dû recevoir des médailles, des honneurs et autres récompenses pour sa volonté de nous faire détester l'art et les artistes.
Pendant ce temps, des tas d'artistes-peintres, de sculpteurs et de bosseurs ont continué de mariner dans leur jus en se demandant pourquoi ils se cassaient le cul à donner du sens et de la beauté à leurs oeuvres quand une petite cabane d'oiseau entourée de deux étrons aurait certainement été récompensée.
Il en va des arts comme des lettres.
On décerne des fonds publics à ceux qui n'intéressent personne.
Si tu peux intéresser quelqu'un à ton art, tu es tout de suite disqualifié.
L'argent public, les honneurs et les récompenses doivent revenir aux nullités et aux remueurs d'excréments.
-Cet artiste qui fait des photomontages idiots crèverait de faim sans les fonds publics! Ce type-là qui peint à l'huile des tableaux dignes des peintres flamands de la Renaissance ne mérite pas d'être reconnu...
L'art moderne est tout gagné à la vacuité et à la fatuité des bourgeois!
L'art moderne est tout gagné à la vacuité et à la fatuité des bourgeois!
Évidemment, il se trouve des tas de revues spécialisées tout aussi nulles à chier pour parler des cabanes d'oiseaux et des étrons de cet artiste. Il faut bien qu'il vive cet artiste incompris et toujours couvert d'honneurs...
***
D'aucuns diront que je suis jaloux. Ce n'est pas tout à fait vrai. Je sais bien que je fais partie de ces artistes indépendants qui ne gobent pas de subventions et ne reçoivent ni médailles, ni honneurs et ni couverture de presse. J'en suis un peu responsable puisque j'affiche ouvertement mon mépris des institutions, n'assiste jamais aux vernissages et encore moins aux cinq à sept patriotiques. Je suis mon chemin sans rien quémander et j'emmerde les bourgeois.
Vous vous tromperiez de croire que je ne parle que pour défendre mon point de vue.
Je prétends plutôt présenter froidement des faits.
Les grands artistes que je connais, tant dans les domaines de la peinture, de la musique ou des lettres, sont invariablement solitaires et suspicieux envers les institutions.
Si le succès les atteint, c'est par leurs propres efforts, sans passer par telle ou telle association de pique-assiettes et autres parasites des arts.
***
Je parle tout de même un peu de moi, je sais bien.
J'ai la chance de vendre mes toiles sans passer par des comités, des associations et autres regroupements de cloportes.
Le jugement de mes pairs m'importe peu.
Mes textes sont publiés régulièrement sur ce blogue et je me sens comblé comme si j'avais publié sur du papier pour telle ou telle grande maison d'édition spécialisée dans l'art de charcuter les auteurs. Si X est sur le comité de rédaction, tout ce qui sera publié ressemblera à X. Si c'est Y, vous en aurez du Y. On prend tel ou tel larbin, on l'agenouille devant X ou Y et on lui fait faire du X et du Y avec ce qu'il croyait être du Z...
Allez vous faire foutre, X et Y. Je suis Z et ne deviendrai jamais votre pantin. Plutôt crever.
Allez vous faire foutre, X et Y. Je suis Z et ne deviendrai jamais votre pantin. Plutôt crever.
***
Je peins et j'écris depuis des lustres. Je crois avoir produit une oeuvre digne de ce nom. La réussite au sens strict m'échappe. J'obtiens la reconnaissance de grands artistes et grands écrivains, par ici et par là, et cela me suffit.
Je ne suis jamais photographié avec des bourgeois dans les pages des journaux et des revues.
Je ne suis jamais en présence d'artistes minables qui font des photomontages ridicules pour se faire graisser la patte.
Je ne fais que peindre, écrire et jouer de la ruine-babines.
Et si j'ai l'air de me plaindre, c'est parce que je plains mes semblables, mes frères et soeurs des arts et des lettres qui sont confinés à produire du sens dans un monde qui en est totalement dénué.
jeudi 21 janvier 2016
Les riches et les pauvres
Les riches n'ont que des vertus. La preuve, c'est qu'ils sont riches. S'ils n'étaient pas si riches, si la réussite ne les avait pas frappés de la marque de la Fête, eh bien ils seraient vicieux, mal intentionnés et pauvres comme trois fois moins que Job. D'où cette nécessité qu'éprouvent les cocus moyens et autres larbins de service de se prosterner devant les riches. Et de piétiner les pauvres pour que ce soit bien clair qu'ils ne veulent pas devenir comme eux.
Le pauvre traverse son destin en se maudissant pour tous ses échecs et ses infortunes.
Un riche traverse ce monde en se trouvant honorable et plus que parfait.
-Regardez comme je suis bon, bien intentionné et admirable en toutes choses! Tout ce que je fais n'est que beauté, développement économique et profits gargantuesques! Sans ma richesse, ils crèveraient tous de faim. Si je ne paie pas d'impôts, c'est bien la moindre des choses... Que ferait-on sans moi et sans mon argent? Rien. Et si je prends des fonds publics, c'est pour faire fructifier l'argent. Qui sait faire de l'argent? Un fonctionnaire ou bien des types comme moi? Vous ne savez pas produire de l'argent avec de l'argent. C'est tout à fait normal que je vous l'enlève d'entre les mains, sales communistes! Que feriez-vous avec cet argent, sinon créer de faux espoirs chez les faibles dont le rôle est d'être faibles et d'accepter de le rester... Est-ce que j'accepte mon destin, moi? Bien entendu. J'accepte d'être riche. J'accepte d'être dérangé à toutes les cinq minutes pour payer ceci ou cela, savourant à peine quelques récompenses pour toutes ces obligations suscitées par mon argent qui les rend tous jaloux, envieux et bourrés de ressentiments!
Les riches ne puent pas quand ils chient.
Les riches ne disent que des choses sensées et pleines d'esprit.
Les citations d'un riche, aussi banales qu'elles puissent paraître, valent tous les mots d'esprit des philosophes passés, présents et futurs.
C'est donc tout à fait normal de voir autant de politiciens leur lécher la raie.
C'est tout à fait normal de voir les petits rêver de devenir gros tout en se faisant déplumer par les riches.
Un riche qui est malade est déjà presque guéri.
Un riche qui a faim est tout de suite rassasié.
Un riche qui a soif n'a jamais la bouche sèche très longtemps.
Un riche qui pue peut se parfumer.
Un riche qui rote ne fait que digérer poliment.
Mais les pauvres! Ah ces maudits pauvres!
Ils font honte à l'humanité toute entière avec leurs cris, leurs pleurs et autres atermoiements.
Les pauvres se reproduisent et créent des nations de misérables.
Les pauvres sont des bandits en devenir qui peuplent les prisons et dépouillent la nation de toute forme d'ambition.
Les pauvres sont la plaie de notre monde.
Ils veulent tout sans efforts, sans économiser, sans sacrifices.
Ils préfèrent vivre sans manger, sans dentier et sans soins médicaux.
Les priorités des pauvres sont toujours à la mauvaise place.
Ils boivent comme des trous.
Ils se droguent.
Ils puent.
Le pauvre traverse son destin en se maudissant pour tous ses échecs et ses infortunes.
Un riche traverse ce monde en se trouvant honorable et plus que parfait.
-Regardez comme je suis bon, bien intentionné et admirable en toutes choses! Tout ce que je fais n'est que beauté, développement économique et profits gargantuesques! Sans ma richesse, ils crèveraient tous de faim. Si je ne paie pas d'impôts, c'est bien la moindre des choses... Que ferait-on sans moi et sans mon argent? Rien. Et si je prends des fonds publics, c'est pour faire fructifier l'argent. Qui sait faire de l'argent? Un fonctionnaire ou bien des types comme moi? Vous ne savez pas produire de l'argent avec de l'argent. C'est tout à fait normal que je vous l'enlève d'entre les mains, sales communistes! Que feriez-vous avec cet argent, sinon créer de faux espoirs chez les faibles dont le rôle est d'être faibles et d'accepter de le rester... Est-ce que j'accepte mon destin, moi? Bien entendu. J'accepte d'être riche. J'accepte d'être dérangé à toutes les cinq minutes pour payer ceci ou cela, savourant à peine quelques récompenses pour toutes ces obligations suscitées par mon argent qui les rend tous jaloux, envieux et bourrés de ressentiments!
Les riches ne puent pas quand ils chient.
Les riches ne disent que des choses sensées et pleines d'esprit.
Les citations d'un riche, aussi banales qu'elles puissent paraître, valent tous les mots d'esprit des philosophes passés, présents et futurs.
C'est donc tout à fait normal de voir autant de politiciens leur lécher la raie.
C'est tout à fait normal de voir les petits rêver de devenir gros tout en se faisant déplumer par les riches.
Un riche qui est malade est déjà presque guéri.
Un riche qui a faim est tout de suite rassasié.
Un riche qui a soif n'a jamais la bouche sèche très longtemps.
Un riche qui pue peut se parfumer.
Un riche qui rote ne fait que digérer poliment.
Mais les pauvres! Ah ces maudits pauvres!
Ils font honte à l'humanité toute entière avec leurs cris, leurs pleurs et autres atermoiements.
Les pauvres se reproduisent et créent des nations de misérables.
Les pauvres sont des bandits en devenir qui peuplent les prisons et dépouillent la nation de toute forme d'ambition.
Les pauvres sont la plaie de notre monde.
Ils veulent tout sans efforts, sans économiser, sans sacrifices.
Ils préfèrent vivre sans manger, sans dentier et sans soins médicaux.
Les priorités des pauvres sont toujours à la mauvaise place.
Ils boivent comme des trous.
Ils se droguent.
Ils puent.
mercredi 20 janvier 2016
Voire de rien du tout
Tout finit par sembler d'une extrême insignifiance lorsque l'on atteint un certain point de saturation quant à notre capacité d'absorber tous les drames, horreurs et cataclysmes qui s'abattent sur le monde.
Les bulletins de nouvelles se nourrissent essentiellement de comportements pathologiques et de catastrophes naturelles. S'il ne se passe rien à cinq cents kilomètres à la ronde, on finira bien par mettre la main sur un homme qui s'est fait découper en rondelles à l'autre bout de la Terre. Ce pauvre homme sauvera, ce jour-là, nos misérables nouvelles.
Si d'aventure je consulte les actualités, je m'attends toujours aux mêmes nouvelles. Je regrette de laisser entendre qu'un attentat puisse paraître banal et soulever à peine mon indignation. C'est que j'ai atteint, bien malgré moi, ce point de saturation qui confine à l'indifférence.
Ce matin, je savais à l'avance que les nouvelles traiteraient d'attentats commis par l'État islamique, de bombardements en série et d'autres perturbations économiques.
Je les ai consultés rapidement, sans intérêt, sans critique ni commentaire.
Cela ne veut pas dire que je manque de compassion.
En fait, cela voudrait plutôt dire le contraire.
J'ai besoin de compassion en chair et en os bien plus que de ce qui m'apparaît comme une abstraction intellectuelle.
Les nouvelles sont devenues des vues de l'esprit.
Les êtres de chair et de sang qui m'entourent sont la seule et unique réalité.
Je n'ai rien de très intelligent à vous écrire aujourd'hui.
Sinon que je suis lassé des nouvelles.
Peut-être parce que je suis en vacances...
Je ne trouve pas le moyen de les gâcher avec tout et rien.
Ce billet lui-même est de trop et n'aurait jamais dû être rédigé.
Le mieux était encore de vous parler de bouffe.
Ou bien de musique.
Voire de rien du tout.
Les bulletins de nouvelles se nourrissent essentiellement de comportements pathologiques et de catastrophes naturelles. S'il ne se passe rien à cinq cents kilomètres à la ronde, on finira bien par mettre la main sur un homme qui s'est fait découper en rondelles à l'autre bout de la Terre. Ce pauvre homme sauvera, ce jour-là, nos misérables nouvelles.
Si d'aventure je consulte les actualités, je m'attends toujours aux mêmes nouvelles. Je regrette de laisser entendre qu'un attentat puisse paraître banal et soulever à peine mon indignation. C'est que j'ai atteint, bien malgré moi, ce point de saturation qui confine à l'indifférence.
Ce matin, je savais à l'avance que les nouvelles traiteraient d'attentats commis par l'État islamique, de bombardements en série et d'autres perturbations économiques.
Je les ai consultés rapidement, sans intérêt, sans critique ni commentaire.
Cela ne veut pas dire que je manque de compassion.
En fait, cela voudrait plutôt dire le contraire.
J'ai besoin de compassion en chair et en os bien plus que de ce qui m'apparaît comme une abstraction intellectuelle.
Les nouvelles sont devenues des vues de l'esprit.
Les êtres de chair et de sang qui m'entourent sont la seule et unique réalité.
Je n'ai rien de très intelligent à vous écrire aujourd'hui.
Sinon que je suis lassé des nouvelles.
Peut-être parce que je suis en vacances...
Je ne trouve pas le moyen de les gâcher avec tout et rien.
Ce billet lui-même est de trop et n'aurait jamais dû être rédigé.
Le mieux était encore de vous parler de bouffe.
Ou bien de musique.
Voire de rien du tout.
S'abonner à :
Messages (Atom)