lundi 21 novembre 2016

Par-delà le labyrinthe

Le monde est un labyrinthe. Nous y affrontons autant d'échecs que de culs-de-sac. Il est difficile de trouver la sortie sans le fil d'Ariane ou sans les ailes de Dédale. Nous nous cognons à toutes les parois en nous nourrissant de la sensation d'être confronté à des faits. Les faits, dans ce labyrinthe, sont d'en être prisonnier.

Alexis Klimov, mon vieux prof de philo me l'aura enseigné maintes fois. Il revenait souvent au mythe d'Icare pour justifier la quête métaphysique de tout homme digne de ce nom. Puisque toutes les voies terrestres sont bloquées, il reste seulement celle du Ciel. J'avais beau me révolter à l'époque en signifiant qu'il fallait détruire le labyrinthe et égorger le Minotaure, comme Thésée l'avait fait, que je vois bien que rien n'a changé autour de moi. Tout s'est dégradé, dont mon propre corps qui ne bénéficie plus de sa fougue d'antan malgré les illusions que je me fais. Le labyrinthe est toujours là. Le Minotaure tire sa force des milliers de victimes qu'il dévore ça et là. Le monde va mal. Et moi, stupide comme je le suis, je ne songe plus qu'à me fabriquer des ailes.

D'aucuns confondront la spiritualité avec l'adhésion à une religion institutionnalisée. D'autres, moins nombreux peut-être, se jetteront dans la musique, les arts et les lettres. Je fais probablement partie de cette dernière catégorie. Je ne sais rien de rien de Dieu, des anges et des formules magiques. Je me contente de contempler, de prier l'indicible, de goûter le mystère sans chercher à l'assimiler à une doctrine facile à répéter.

En fin de semaine, j'ai profité de mes pinceaux et de mes pigments pour décrocher de tous ces discours monomaniaques qui me révulsent. Je me suis permis de rêver en esquissant des sourires, des maisons, des arbres et des montagnes. Tout le reste m'a semblé d'autant plus vain que j'ai trouvé ma réponse à des questions qui mènent traditionnellement à des culs-de-sac.

Je n'ai pas de doctrine à proférer pour tout un chacun.

J'ai bien sûr quelques valeurs humanistes de base. Quelques prédispositions à favoriser l'émergence d'une société juste qui ne saurait être construite que par-dessus les ruines du labyrinthe. Je suis plutôt socialiste, libertaire, dégoûté autant par le capitalisme que par toutes les formes d'autoritarisme mesquin.

Je ne pèse pas lourd dans la balance.

Pas plus lourd que vous. 

Pourtant, j'ai l'impression que j'ai acquis au fil des ans le pouvoir de me faire pousser des ailes. Je ne vole pas très haut. Pas plus haut qu'un coq dans sa basse-cour. Mais je me dis qu'à force de m'y essayer je finirai bien par passer par-dessus la clôture. Je ne serai pas condamné éternellement à vivre au sein de ce labyrinthe. 

Quand je peins ou que je joue de la musique, c'est comme si j'ouvrais une brèche dans le labyrinthe. C'est comme si j'étais enfin ailleurs.

Bref, vous voyez bien que je suis un maudit rêveur. Pour ne pas dire un pelleteur de nuages.



2 commentaires:

monde indien a dit...

Je ne suis pas bien sûr qu ' il y ait aucun labyrinthe .
Je crois + facilement que cette impression de labyrinthe que nous avons à peu près tous ( moi le premier ) c ' est plutôt le dédale de pièges malfaisants mis en place par tous ces voleurs et criminels que nous savons -
Mais nous sommes + rusés qu ' eux , nous les aurons !
Le reste est mystère - mais sans craintes ni trouble -
Peace and Love -

Gaétan Bouchard a dit...

@Monde indien: Je pense que la vie peut être belle autant qu'elle peut être laide. C'est comme ça. Et je ne vois pas pourquoi on s'évertuerait à rajouter une couche de laideur. Si on peut embellir la vie: faisons-le.