vendredi 4 novembre 2016

Le monde selon Wrap

Non, il ne s'appelle pas Garp. Il ne s'appelle pas plus Wrap par ailleurs. Mais comme c'est toujours ça qu'il commande au McDonald's, des wraps, on a fini par le surnommer ainsi. Ce qui justifie le titre ci-dessus: le monde selon Wrap. Un clin d'oeil à Garp que d'aucuns doivent bien connaître. Autrement, faites-vous la expliquer par un rat de bibliothèque.  Ou bien cliquez ici. Enfin! On n'y passera tout de même pas la journée...

Wrap est un être spécial non seulement parce qu'il consomme des wraps. Mais aussi parce qu'il a des vues bien arrêtées sur tous les sujets. Politiquement parlant, il est inclassable. Et on ne peut jamais vous rapporter fidèlement ce qu'il dit de crainte de passer pour quelqu'un qui endosse toutes ses conneries. Par contre, c'est une joie que d'entendre ses propos colorés qui jurent dans l'environnement sonore auquel nous sommes quotidiennement confronté. Il y a toujours quelque chose de profondément vulgaire dans ses assertions. Les déjections se mêlent aux accusations qu'ils lancent à bout portant contre toute la classe politicienne.

Wrap ne fait pas un gros salaire, on s'entend. Il ne gagne même pas treize dollars de l'heure.

Je vous parle de ce qu'il dit, de ce qu'il gagne, et j'oublie presque de vous dire comment il est, Wrap.

Wrap est chauve sous son éternelle casquette de baseball qui semble vissée à son crâne. C'est un bonhomme dans la cinquantaine qui a trois enfants de trois femmes différentes et qui paie encore trois pensions alimentaires de trois fois rien de sorte qu'il n'a jamais un rond. Il possède une vieille voiture qui est toujours sur la limite d'être retirée de la circulation. C'est avec elle qu'il fait des livraisons pour la pizzeria qui l'emploie.

Il a des épaules plutôt larges pour un type pas très gros. Wrap a longtemps joué au hockey mais n'a jamais réussi à se rendre plus loin que dans une ligue de garage où la bière coulait à flots.

Maintenant que vous savez un peu plus qui il est, on peut enfin rapporter ses propos sulfureux.

Évidemment, je ne saurais tout vous raconter fidèlement. Il en dit tellement en une journée que je ne peux que vous fournir des exemples qui me semblent patents pour mieux décrire la pensée de Wrap.

Le maire de  la ville où il habite, par exemple, a la réputation d'être un crosseur qui marche main dans la main avec des individus douteux qui bénéficient de contrats publics. Ce gredin de maire bafoue la démocratie par tous les moyens et considère son mandat pour un chèque en blanc de quatre ans. Sa fonction publique, pour tout dire, se confond avec une ponction publique.

Évidemment, cela met Wrap en furie. Il sait que l'argent de ses taxes et de ses impôts sert à financer les politiciens et les gens d'affaires corrompus.

-C'est le p'tit monde qui paie pour toutte ces enfants d'chienne! clame Wrap à tous ceux qu'ils croisent. C'est des hosties d'pleins d'marde qui fourrent el' peuple! Le peuple a même pas besoin d'voter pour eux autres! Ces hosties d'crottés remplissent des autobus jaunes de p'tits vieux séniles qui votent pour eux autres par anticipation! I' bourrent les assemblées! I' bourrent les urnes! I' nous crossent toutte la gang pis i' nous d'mandent de croire à leu' système plein d'marde qui nous vide les poches à nous autres, les gagne-petits!

L'autre jour, alors que je croisais Wrap sur la rue, nous nous sommes arrêtés devant un panneau géant où l'on voyait son maire afficher sa sale tronche de dictateur pour une collecte de sang.

-S'ils peuvent le vider de tout son sang el' tabarnak! tonna-t-il devant le placard publicitaire.

Si ce n'était que de Wrap, tout le monde devrait descendre dans la rue pour crisser le système à terre.

-Tu descends dans 'a rue tabarnak! T'accroches un batte de baseball, un deux par quatre, pis tu vas péter les banques, l'hôtel de ville, le parlement... Tin mes hosties! Tin! Tu fais l'ménage calvaire! Tu 'es pognes toutte la gang de rapaces de politiciens pis tu 'es crisses dans 'es vidanges un par un! Tin mes hosties d'pourris! Tin mes crisses de crottés sales! M'a vous en faire, moé, de crosser el' peuple mes tabarnaks!

Oui, les propos de Wrap ont toujours ce coefficient de violence qui nous font craindre le pire pour lui-même tout en nous obligeant à lui faire des sourires complices difficiles à expliquer, surtout lorsque l'on est fondamentalement bon, naïf ou pacifique.

-J'espère que Trump va remporter les élections... me disait Wrap hier matin. C'est un hostie d'malade mais tant qu'à être dans 'a marde aussi bien un hostie d'malade! Clinton c'est une hostie d'crosseuse! Une menteuse! Trump c'est un gros moron raciste qui va foutre la marde... Bin j'aime mieux la marde! Quand l'monde sera encore plus profondément enterré dans 'a marde i' va p't'être se réveiller au lieu d'se faire enculer tous 'es jours sans rien dire! Fuck l'establishment tabarnak! La guillotine pour ces fumiers!

C'est généralement là que je décroche mais je n'en veux pas à Wrap pour autant. On ne s'attend pas à ce qu'il réfléchisse comme un fonctionnaire payé 40 dollars l'heure. Wrap mène une vie de chien et a des idées de pitbull. Les membres de l'élite voudraient bien que des gars comme Wrap soient plus éduqués, plus polis, plus sages aussi, mais ils ont besoin eux aussi de se faire livrer de la pizza à la maison.

Je ne vous dirai pas tout ce qu'il peut raconter dans une journée, Wrap, parce que vous finiriez par croire que j'adopte tous ses points de vue. Ce qui n'est guère le cas. Je ne devrais peut-être pas le laisser parler, mais c'est mal me connaître.

Voyez-vous, je comprends la révolte de Wrap.

Une révolte qui sort tout croche et tout de travers.

Une révolte qui, à bien des égards, me semble moins pernicieuse que le confort et l'indifférence des masses endormies.

Sous tous les régimes, un gars comme Wrap sera toujours dans l'opposition.

Que ce soit Trump, Clinton ou le maire Machin, Wrap continuera de les envoyer chier, tel que je le connais.

Il dira parfois une vérité pour cent conneries.

Pourtant, cette vérité nous fera oublier un moment ses conneries.

Et on finira par se dire, aussi stupide que cela puisse paraître, que Wrap est un bon gars...