jeudi 16 juillet 2015

Qu'il est doux de pleurer comme une Madeleine

J'ai posté hier sur mon blogue un billet qui pourrait vous faire accroire que je suis un monstre d'insensibilité. Ma sortie contre les mauviettes et les pleurnichards de notre temps n'allait pourtant pas à l'encontre de la poésie, de l'amour ou bien de la tarte aux pommes. Je visais l'esprit de notre temps, un esprit mou, larvaire et empreint d'atermoiements aussi crédibles qu'une nunuche qui s'est cassé un ongle en se faisant une mise en plis.

Le stoïcisme n'est pas ma philosophie de tous les jours. Par contre, je m'efforce d'adopter une attitude stoïque face aux douleurs et malheurs inhérents à l'existence. C'est ma manière d'apporter un remède provisoire à une situation momentanée.

La vie est beaucoup trop complexe pour être toute contenue dans un bréviaire, un livre sacré ou profane. Il faut contenir autant le monstre d'insensibilité que la mauviette qui est en nous. Pour la mauviette, je recommande le stoïcisme. Pour le monstre d'insensibilité, l'amour, la poésie ou la tarte aux pommes pourraient faire l'affaire.

***

Pour attester de ma bonne foi, je vais me permettre de prendre le contre-pied de ce que j'ai écrit hier à propos des mauviettes et des pleurnichards.

Je pleure de temps à autres, voyez-vous. J'ai la larme à l'oeil pour des niaiseries. Plus je vieillis et plus je me sens submergé par des émotions face à un pommier en fleurs, un papillon, un enfant qui souffre, un bébé qui rit, une musique d'ambiance, un film, un repas copieux, un baiser...

Une dame que je ne nommerai pas racontait que son mari devenait braillard en vieillissant. Il se met à pleurer pour un rien, un film en l'occurrence, alors qu'elle s'était habituée à le voir toujours stoïque, froid et en parfait contrôle de ses émotions.

Je suis un peu comme ce gars-là, à moins forte dose sans doute. Je pleure beaucoup plus par en-dedans que par devant. J'implose bien plus que je n'explose. Néanmoins, il m'arrive d'avoir les yeux humides, comme ce matin en écoutant un air de violon triste de Tchaïkovski diffusé par Radio-Canada.

Sont-ce des raisons pour rejeter la fermeté d'âme? Pas du tout. L'hypersensibilité peut très bien se conjuguer à l'ataraxie. Être moins mauviette n'exige pas d'être plus indifférent. Il s'agit, en somme, de doser sa médication philosophique. Un peu de stoïcisme, un zeste de larmes et nous voilà prêts à vivre pleinement sans être une moquette sur laquelle tout le monde s'essuie les pieds.

***

Je n'ai pas la vérité infuse. Je me trompe souvent. Peut-être même que je vous trompe et me trompe sur moi-même.

Quand on ne fait rien, il n'arrive rien.

Quand on ne dit rien, on ne se trompe jamais.

Me fermer comme une huître, ce n'est pas mon genre.

Je suis un vertébré, moi, pas un moule à gaufres comme dirait le Capitaine Haddock.

Je vis. Je ris. Je souffre. Je suis changeant et adopte des attitudes changeantes selon les circonstances. N'est-il pas dans la nature de l'homo sapiens de s'adapter? N'avons-nous pas conquis le monde et bientôt l'univers en transcendant notre condition?

J'aurais pu tout aussi bien parler de transcendance. C'est pour moi un besoin tout aussi viscéral. Je cherche la transcendance à travers la musique, la culture, les arts, l'amour et même les comportements sociaux.

Limiter la nature humaine à des recettes toutes faites finit toujours par me répugner. Je me tiendrai toujours loin de toutes les écoles, de toutes les sectes et de tous les cultes.

Ne cherchez pas en moi un guide pour mener votre barque à bon port: vous seriez déçu.

J'écris ce que je pense, à brûle-pourpoint, sans prétention, tout en prenant le risque d'être dans le champ.

Méditer n'est pas ma force. Je laisse à d'autres de fixer une tache sur un mur en ayant les yeux mi-clos comme une bête conduite à l'abattoir.

Je ne médite pas. Je m'édite moi-même, tout simplement.