mercredi 29 juillet 2015

La vieille qui vendait un journal de rue

Je me permets ce matin d'écrire ce billet via mon iPhone. La zone d'écriture est très ténue. Je dois faire des efforts visuels pour mettre en ligne ce qui me trotte derrière la tête. De plus, j'attends de rencontrer mon médecin à l'urgence du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières. L'urgentologue est mon médecin de famille par défaut jusqu'à ce que le système considère que j'ai payé plus que ma part de taxes et d'impôts dans ma vie pour que l'on m'en trouve un. Fort heureusement, il y a moins de cinq patients à l'urgence. Avec de la chance, je devrais bientôt sortir d'ici pour vaquer à mes obligations quotidiennes.

J'ai rencontré ce matin une dame édentée qui voulait me vendre un journal. Je n'avais pas un sou sur moi, sinon la poignée de petit change qu'il me fallait pour prendre l'autobus.

-Je n'ai rien sur moi madame... Croyez bien que je ne vous oublierai pas la prochaine fois... Je vous en fais la promesse...

-C'est pas grave m'sieur, ej' comprends ça... Tout l'monde a pas d'argent aujourd'hui même ceusses qui sont pas su' l'BS... L'économie est à terre pis tout l'monde crève de faim...

-J'vous souhaite une bonne journée madame...

Je poursuis mon chemin. J'arrive au terminus d'autobus, café en main, attendant l'autobus du circuit numéro deux.

La camelote me suit encore et s'arrête devant moi pour me raconter quelques anecdotes.

-Le monde est fou dans les autobus, qu'elle me dit en m'offrant son regard halluciné. Surtout l'monde qui s'asseoit dans l'fond des autobus... I´ sont impolis pis i´ prennent des pilules... La société nous rend fous! Le monde a pas besoin d'pilules mais tout l'monde est là à manger des pilules pis des pilules. Ça fait que tout l'monde est fou dans une société folle mais moé je mange à une place où ça m'coûte rien pis qu' c'est bin bon sauf que c'est trop gras pis trop salé...

Mon autobus arrive. Le chauffeur arrête les moteurs et débarque pour se délier les jambes.

-Lui là, lui c'est un christ de fou! me dit la vieille dame.

Je ne rallonge pas le sujet, salue mon interlocutrice et monte à bord de l'autobus pour y déposer 3,25$.

L'autobus démarre et m'emmène jusqu'à l'hôpital.

Je rencontre une infirmière taciturne au triage qui prend ma pression et ma température en faisant semblant que je ne suis qu'un numéro. Ce qu'elle réussit à merveille. Puis je suis transféré vers la préposée à l'accueil, tout aussi peu accueillante, qui ose à peine me regarder derrière sa vitre à l'épreuve des balles et des coups de pied. Ses questions sont sèches et son air plutôt bête.

La seule personne vraiment humaine que j'aie croisée ce matin demeure donc cette vieille dame qui voulait me vendre le journal de rue La Galère. Tous les autres m'ont semblé des christs de fous comme elle me l'a si bien dit...