samedi 18 juillet 2015

Le syndrome du nouveau converti

Si les conseils n'étaient pas la plupart du temps gratuits, personne n'en abuserait.

Ignace Connecticut Tremblay abuse allègrement des conseils depuis quelques temps. On le surnomme Connecticut pour une partie de Monopoly de son enfance où il avait déliré sur l'Avenue Connecticut. Et si on l'appelle Ignace, eh bien c'est parce qu'il s'appelle vraiment Ignace.

Il ne se passe pas une heure sans que Connecticut n'en soit à vous prodiguer des leçons de vie d'autant plus superficielles qu'elles reposent sur une expérience plutôt limitée dans le temps.

Évidemment, on ne saurait aller plus loin dans cette histoire sans une description physique de Connecticut Tremblay. C'est pour tout dire un gars plutôt gras avec les oreilles molles. Il ne frise pas naturellement et se fait teindre les cheveux en noir pour se rajeunir de dix ans. Sa teinture noire n'a pas d'incidence à ce sujet puisque sa peau craquelée et ses yeux cernés trahissent sa soixantaine. Il a l'air d'un vieux mononcle qui tente d'avoir l'air beau garçon tout en ayant l'air d'un gros con. Les jeunes femmes affichent une moue de dédain en le voyant leur faire des clins d'oeil salaces. Et les vieilles ne veulent pas plus de ce vieux croûton, même s'il roule dans une Corvette décapotable sur le bord d'être saisie.

Pour ce qui est de la description psychique, c'est encore plus pathétique. Connecticut Tremblay est vraiment un gros con. C'est comme si les cheveux lui poussaient par-dedans pour couper l'oxygène qui afflue au cerveau. Il est raciste, sexiste, désaxé, dépravé, paranoïaque, hypocondriaque et arachnophobe. Ses propos sont ponctués de sacres et d'ignorance crasse. Il pue de la parole tout autant que de la bouche. Vraiment, il n'a rien pour lui.

Connecticut Tremblay est aussi un polytoxicomane de haut niveau qui multiplie bêtise par-dessus bêtise pour chaque injection, inhalation ou absorption de psychotropes qu'il a coutume de répéter ad nauseam. Il vomit presque tous les jours. Et il rentre souvent dans les poteaux avec son automobile qu'il conduit complètement givré en écoutant une vieille cassette de Bon Jovi à plein volume.

Évidemment, il a fini par perdre son permis de conduire, sa femme, ses enfants et sa maison à force de se geler la bine.

C'est après tous ces déboires que Connecticut Tremblay est entré en thérapie, sous l'ordonnance d'un juge, afin de guérir son tempérament et son intempérance.

Il a suivi la règle d'or des Alcooliques Notoires (AN) et autres bidules thérapeutiques en état de lui rappeler qu'il est vraiment nul à chier comme tous les alcooliques et drogués notoires.

Depuis, il ne se passe pas un instant sans qu'il ne prodigue des conseils à tout venant.

-Moé, là, moé, dans mon livre à moé, ej' dis qu'il faut de la volonté pour se prendre en charge et remercier Dieu d'accepter l'inacceptable et puis de reconnaître qu'il y a six façons de s'en sortir: la première, la deuxième, la troisième, la quatrième, la cinquième... pis heu... la sixième!

Connecticut Tremblay est intarissable comme tout nouveau converti pour vous dire quoi faire et quoi ne pas faire. Cela ne faisait même pas une semaine qu'il suivait sa thérapie qu'il expliquait le monde de long en large avec sa nouvelle doctrine essentiellement conçue pour les malades dans son genre.

-Si tu penses t'en sortir, c'est parce que tu veux... Pis si tu veux, tu peux... Comprends-tu? Faut qu'tu veuilles pour pouvoir... Moé, là, moé...

Tout le monde en a plein le cul de l'entendre. Il faut dire que les gens ne boivent pas tous comme des trous et ne passent pas leur temps à rentrer dans des poteaux avec leur véhicule. Ce qui les rend quelque peu insensibles à la foi du nouveau converti.

-Je l'sais c'qui est bon pour moé parce que c'qui est pas bon pour moé, ben... c'est mauvais. Il faut faire la différence entre le bien et le mal pis moé, là. moé...

Connecticut Tremblay, comme vous vous en doutez, a tout de même recommencé à boire, fumer et sniffer. Il a chauffé une auto sans permis de conduire et a percuté un autre poteau. On l'a retourné une fois de plus vers les Alcooliques Notoires (AN) pour lui rappeler toutes sortes de leçons tissées de mots creux inassimilables par l'organisme de Connecticut.

Il continue de prêcher, Connecticut, comme si le rien était. Sa fatuité n'a d'égale que sa vacuité. Il dit à tout le monde de suivre son exemple puisque, dorénavant, il est heureux, stable et tout le reste.

Dans les faits, Ignace Connecticut Tremblay est irrécupérable.

Il se teint encore les cheveux,

Il fume trois paquets de cigarettes par jour.

Il boit quatre cafetières.

Il mange comme un défoncé.

Il déteste les Noirs, les Jaunes, les Rouges et les féministes.

Il rentre encore dans les poteaux après ses thérapies.