mercredi 15 juillet 2015

Aux mauviettes et pleurnichards de notre temps

Le stoïcisme est l'école philosophique du grand Épictète, un esclave affranchi qui enseignait le contrôle de nos idées tout autant que de nos émotions. Évidemment, il n'est pas nécessaire de se rattacher à cette école pour trouver des philosophies de vie comparables. Les Anishnabés pratiquaient sans le savoir le stoïcisme. Les Vikings et les Spartiates aussi.

Les Anishnabés véhiculaient l'idée qu'il faut être prêt à entonner notre chant de la mort à n'importe quel moment. Tout peut survenir. Et tout, même le mal, doit être considéré d'une âme ferme et décidée.

Il était de coutume chez les Haudenosaunees, alias les Iroquois, de torturer leurs prisonniers de guerre pour tester leur résistance. Toute la communauté s'y mettait, femmes et enfants surtout, pour faire passer un mauvais quart d'heure au malheureux. On coupait un doigt lentement avec un coquillage et on le fumait dans une pipe devant la victime. Ou bien on arrachait les ongles un par un. On tranchait une oreille. On appliquait des haches passées au fer rouge sur la peau. Bref, on s'amusait ferme. Cela pouvait durer un, deux ou trois jours.

Si la victime se mettait à crier ou pleurnicher, on l'exécutait sur-le-champ.

Si, au contraire, elle résistait, en entonnant stoïquement son chant de la mort, par exemple, elle avait une chance de survivre et même d'être adoptée en tant que membre à part entière de la tribu.

C'est ainsi que l'aventurier Pierre-Esprit Radisson, fait prisonnier par les Iroquois, a échappé deux fois à la mort après avoir perdu plusieurs morceaux. Il est demeuré calme dans le pire des enfers qu'un homme puisse imaginer. Son calme pouvait faire de lui un guerrier.

Évidemment, les Iroquois durent regretter d'avoir adopté Pierre-Esprit Radisson, un homme comme il ne s'en fait plus, un type qui a trahi autant les Iroquois que les Français et les Anglais pour être fidèle à lui-même. Je reviendrai un jour sur Radisson. On ne connaît pas suffisamment son histoire. Comme il a eu le malheur de fonder la Hudson Bay Company, on ne le tient pas en haute estime chez les historiens francophones. C'était pourtant, à sa manière, un grand homme qui vivait à une période trouble de notre histoire. Il n'y a pas plus Québécois que lui: c'était une sorte d'anarchiste avant la lettre, un coureur des bois, un enfant naturalisé de l'Île de la Tortue.

Pour en revenir à mon sujet principal, qui s'efface d'une digression à l'autre, je pense que notre communauté manque de fermeté d'âme.

Tout un chacun s'adonne à pleurnicher, à se victimiser et à crier sa douleur comme si nous n'avions plus aucune forme de résistance. Facebook constitue un amas de troubles identitaires où la victimisation fait fureur. Tout y est mou, flasque et gélatineux. Les braillards sont à l'honneur.

J'ai pris pour modèle Épictète, les Anishnabés et Radisson parce que je ne veux pas m'abandonner à la faiblesse, qui est beaucoup plus mentale que physique dans presque tous les cas.

Épicure disait aussi qu'il fallait se contrôler en toutes circonstances et transcender ce monde. S'il fallait être brûlé dans le Taureau de Phalaris, une cage d'airain où la victime était chauffée à blanc, il faudrait dire que cet endroit est chaud et agréable. Cette sagesse d'Épicure ne convient pas à tout le monde, je le conçois, mais elle est digne de mention pour mieux nous gausser des mauviettes de notre époque.

Mauviette: le mot est lancé. Nous vivons à une époque de mauviettes.

Tout un chacun se plaint de son enfance, de ses parents, de ses peines d'amour, de ses bobos... Un peu de caractère que diable! 

Quand j'entends qu'il est sain de pleurer, je réponds qu'il est tout aussi sain, sinon plus, de résister aux pleurnichages. On a le droit et le devoir d'être fort, résistant, résilient, imperturbable.

La psychologie à deux sous nous enseigne l'émotivité extrême. La psychologie des Anciens nous enseigne la fermeté. Entre les deux, je choisis la fermeté, dusse-t-elle aussi s'appeler la virilité.