mardi 28 juillet 2015

Aux écrivains officiels de ce régime de bananes pourries

J'ai ouvert ce blogue le 9 avril 2007. Les motivations qui me poussaient à tenir un blogue sont encore les mêmes. Je ne voulais pas m'asphyxier avec mes états d'âme. J'avais besoin de me rincer l'esprit. Je souhaitais poursuivre une expérience que j'avais débutée sur les ondes de CKIA 96,1 FM, une radio communautaire de Québec mieux connue sous l'appellation de Radio Basse-Ville. J'y tenais une émission hebdomadaire qui portait Simplement pour titre. Mon blogue a repris ce titre pour donner suite à ces billets radiophoniques pour lesquels je pouvais mettre jusqu'à trente heures de recherches par semaine, tant pour l'écriture des billets que pour la programmation musicale.

Dès l'ouverture de mon blogue, je promettais à mes lecteurs de ne pas devenir un donneur de leçons. Je me suis si souvent trompé dans la vie qu'il serait inconvenant de tromper autrui, même s'il m'est arrivé de faire la morale suite à des réflexions incontrôlables. Je me suis aussi donné pour objectif d'éviter autant que faire se peut de m'engluer dans des textes rédigés à la première personne du singulier, par empathie pour mes lecteurs qui n'ont pas tant besoin de savoir qui je suis et pourquoi je fais ceci ou cela.

Il m'arrive de rompre mes habitudes. J'ai écrit des textes au je à l'occasion, comme je le fais en ce moment. Néanmoins, j'ai compris que je parlais de moi-même lorsque je parlais des autres.

Par contre, je ne ressens pas le besoin de m'exposer tant que ça. Je tiens à battre en retrait pour mieux combattre le narcissisme inhérent à notre époque. Narcissisme qui obscurcit tout et rend caduque toute forme de transcendance. Je ne suis pas loin de penser, à l'instar de Pascal, que le moi est haïssable. D'aucuns m'en feront le reproche. D'autres m'en seront gré. Quoi qu'il en soit, je me pose en seul juge de ce que j'écris. Je suis le lecteur le plus difficile à satisfaire.

Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis 2007. J'ai rédigé, au bas mot, plus de 2300 textes. Ils ne sont pas tous à la hauteur de mes conceptions sur le grand art. Pourtant, je crois tenir une oeuvre. Une oeuvre ignorée des éditeurs, partagée par quelques amateurs de curiosités littéraires qui me permettent d'avancer sans coup férir.

Chaque fois que je me suis approché du domaine de l'édition, j'ai été déçu par les fonctionnaires des lettres dont le seul talent est de réduire les auteurs en purée avec des indications contraires à l'art.

Écris un roman, tiens. Dépouille tes textes de tous les sacres, blasphèmes et québécismes. Participe aux cinq à sept des pique-assiette. Rencontre Untel et vante sa production littéraire merdique pour avoir une chance de publier. Et si tu publies, soumets-toi à toutes sortes de coupures, rognures et complications injustifiées. Tout ça sous l'ordre de sous-fifres qui ne maîtrisent pas la conjugaison du verbe être à la forme pronominale. Tout ça pour faire plaisir aux parasites des arts et des lettres qui vivent d'une réputation littéraire surfaite pour une plaquette de poésie publiée dans le cadre d'un travail scolaire ou, au mieux, parascolaire. Ces spécialistes de la non-prose ne se gêneront pas pour t'apprendre les rudiments d'une écriture exsangue et monotone.

Qui plus est, l'écrivain qui se soumettra à ces bêtises se verra remettre un dollar par exemplaire vendu, guère plus de cinq cents dollars au total, pour le récompenser de tant de courbettes et d'années d'attente pour publier son Autopsie d'un étron fumant ou autres sornettes dans l'esprit du temps.

Ce blogue m'a sauvé de cette non-littérature. Il me permet de publier tout ce qui me passe par la tête, sans attendre l'approbation de tel ou tel incompétent siégeant sur un comité de lecture.

Il me rapproche d'Isaac Babel, Varlam Chalamov et tous ceux que j'admire pour leurs textes courts, déjantés et percutants.

Les auteurs institutionnalisés pourront bien dire que je ne suis pas un écrivain, puisque je ne fais partie d'aucune association officielle. Je n'ai pas mes entrées à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Ou si peu que ça ne vaut pas la peine d'en parler.

Les artistes institutionnalisés pourront aussi dire que je ne suis par un artiste-peintre, puisque je ne possède aucun diplôme ou certificat pour asseoir mes prétentions.

"Un écrivain ne se définit pas du tout par un certificat, mais par ce qu'il écrit." Mikhaïl Boulgakov, auteur que je vénère, avait bien raison d'écrire ça dans Le Maître et Marguerite.

Fort de cette autorité en matière de littérature, je poursuivrai mon oeuvre ici-même sur mon blogue, contre vents et marées, sans espérer de publier ou de vendre les produits de mon esprit.

Je crois, en bout de ligne, qu'une oeuvre se dégage de cette constance avec laquelle je reviens jour après jour sur mon blogue. Je vous remercie de m'encourager, vous qui me laissez vos commentaires ou m'envoyez des courriels chaque fois que je touche l'une de vos cordes sensibles.

Au diable les stratégies de communication et les réseaux de distribution.

J'écris pour écrire, parce que je suis intrinsèquement un écrivain, que cela plaise ou non aux écrivains officiels de ce régime de bananes pourries.