lundi 25 avril 2011

Des frites dans la goule

L'aube du jour est le seul moment qui puisse sembler naturel en ville. On n'entend pas encore les automobiles ou si peu qu'on les oublie facilement. Les oiseaux cuicuitent à qui mieux mieux. Les chats miaulent. Les chiens dorment.

Évidemment, Trois-Rivières étant une ville portuaire, c'est clair qu'il y a toujours quelques bruits de wagon qui freinent ou bien de grosses choses qui s'entrechoquent. Ça fait des zwing, bing, boum, oui, mais bon c'est ce que le centre-ville m'offre de plus naturel, sinon de plus calme.

Les trottoirs sont plutôt débordants de vers ces temps-ci. Ils sortent des pelouses pour venir s'étirer sur le béton, devenant ainsi la proie de tous les volatiles. Sinon les victimes des pas perdus. J'essaie de ne pas écraser les vers quand je marche. D'abord parce que c'est dégueulasse. Ensuite parce que c'est précieux, la vie. Je ne vous garantis pas que je les évite tous. Il y en a bien un ou deux qui soient collés sous mes basquettes. Cependant, c'était pas voulu. C'était leur destin. Un destin tout aussi vicieux que visqueux.

Les volatiles sont nombreux évidemment. Le printemps en a ramené des tas, comme toujours. Ils sont salués au passage par des goélands, ces charognards et gouailleurs du ciel qui résistent à toutes les températures. Des machines à vidanger impeccables qui tournoient autour de toutes nos poubelles. En voilà un avec une frite en bouche. Et l'autre avec une enveloppe de ketchup. Un festin pour Jonathan Livingston et ses goules de mer.

Bon, je vous ai entraîné avec moi dans ma promenade du matin. Il me reste à longer la rue du Fleuve puis la rue St-Philippe jusqu'aux réserves de pétrole, près du rond-point de la Couronne. Encore là, pas un chat. Ou presque.

J'ai le soleil dans le dos, l'esprit reposé, le pas léger.

Les oiseaux cuicuitent. Un chat à trois pattes miaule. Les goélands volent dans le ciel avec des bouchées de frite dans la goule.