vendredi 10 juin 2016

Johnny Killer-qu'il-est

Tout le monde un tant soit peu intelligent sait que le cerveau est le muscle le plus important de l'organisme humain. Ce n'est pas que les autres muscles n'aient pas leur raison d'être. Cependant, c'est ce gros cerveau qui nous distingue de la majeure partie des mammifères avec lesquels nous partageons, d'ailleurs, un très fort pourcentage de patrimoine génétique. Ce gros cerveau nourrit de sucre, d'oxygène et de protéines nous a permis d'utiliser le feu et d'inventer des trucs tout aussi inutiles que des cerfs-volants et des grilles de mots-croisés.

Il n'est pas nécessaire de s'avancer plus loin dans ce genre de propos didactiques. On finirait par se lasser. À moins que ce ne soit déjà fait. Les effets littéraires sont parfois répulsifs.

Le vif du sujet n'est pas bien loin. Il s'appelle Johnny Killer-qu'il-est.

Cet abruti n'a pas encore compris que le cerveau est le muscle le plus important de son corps et sans doute qu'il ne le comprendra jamais.

Rien ne plaît autant à Johnny Killer-qu'il-est que de passer pour une grosse brute sans âme qui fait peur à tout un chacun. C'est sa seule ambition dans la vie. Toutes les autres lui sont refusées parce qu'il a développé un sens aigu de la stupidité.

Sa laideur est en grande partie intérieure. Extérieurement, malgré l'outrance de sa coquetterie, Johnny Killer-qu'il-est pourrait passer pour quelqu'un de propre même s'il est fondamentalement un gros sale. Il sent l'eau de Cologne à mille lieues et porte plus de bijoux sur lui que votre grand-mère. Son chandail, ses pantalons, ses chaussures et même ses sous-vêtements portent la griffe de grandes marques pour que l'on sache que cet idiot n'est pas n'importe qui même s'il est n'importe quoi.

Johnny Killer-qu'il-est affiche fièrement ses muscles gonflés aux hormones qui rapetissent ses testicules.

Et, pour compléter le portrait, il porte aussi à l'occasion une veste aux couleurs d'une bande de motards criminalisés.

Il se pavane parfois au centre-ville avec son chien, un pitbull qui pourrait vous tuer si Johnny ne le retenait pas solidement tout en lui sacrant des taloches au passage pour témoigner de sa fureur.

Johnny Killer-qu'il-est cache aussi un morceau dans ses vêtements. Je veux dire qu'il est armé. Il dort aussi avec une carabine au canon tronçonné. Et, on s'en doute un peu, il vend de la drogue, n'importe quoi, et s'amuse aussi à collecter l'argent auprès des mauvais payeurs en les menaçant de leur faire visiter le fond de la rivière en leur faisant chausser des pantoufles de béton.

Sa culture s'arrête aux films d'action et aux chansons tonitruantes qui laissent entendre qu'il faut violer les chiennes et tuer les flics. C'est de son niveau. D'ailleurs, sa blonde, Linda, ne vaut guère mieux. C'est une renifleuse de poudre qui s'est fait augmenter les mamelles et gonfler les babines au botox pour avoir cette gueule de ventouse. Elle aime Johnny Killer-qu'il-est parce que c'est un gros niochon qu'elle peut aisément manipuler quand elle a besoin d'argent. Une pipe par-ci, une branlette par-là, et Johnny Killer-qu'il-est donnerait son portefeuille, sinon celui d'un autre qui traîne dans le coin.

Au fin fond de lui-même, Johnny Killer-qu'il-est ne fait pas le poids. C'est un authentique peureux qui se cacherait sous un lit par nuit d'orage. Sa peur est d'ailleurs ce qui le rend méchant. Il craint tellement tout ce qui bouge qu'il frappe toujours le premier pour être sûr de ne pas avoir à se défendre loyalement.

Johnny Killer-qu'il-est n'emploie jamais la tactique de combat classique. C'est un vrai crotté qui frappe ses victimes avec divers objets contondants, dont son bâton de baseball qu'il a surnommé Beau-batte. Avec son fidèle Beau-batte, il a mis la moitié de sa ville à genoux. Pour l'autre moitié, il a parfois dû sortir son morceau. Et, évidemment, il se fait tout petit devant Molosse Phaneuf, le chef de la bande, qui a pour coutume de découper en rondelles ses opposants avant que de les faire disparaître en les offrant pour nourriture à ses cochons.

Récemment, Johnny Killer-qu'il-est s'est malheureusement fait pincer. Ce qui fait qu'il a été temporairement retiré de la circulation. On l'a envoyé faire du temps au pénitencier fédéral de Donnacona. C'était pour une affaire de drogue. Molosse Phaneuf, en attendant, lui paie sa cantine et lui fait rentrer de la dope pour qu'il en vende en-dedans. À sa sortie de cage, Johnny Killer-qu'il-est devrait réintégrer ses fonctions de fier-à-bras. Pour le moment, il s'entraîne et Linda peut même venir le visiter dans la roulotte du pénitencier, une fois par deux semaines, pour lui tailler une pipe.

J'aimerais bien vous dire ce qu'il a coutume de dire, Johnny, mais c'est peine perdue puisqu'il ne fait qu'aligner des sacres et des onomatopées qui ne volent pas haut.

-Calice de tabarnak! Attends un peu... Ouais! M'a t'y arran'er ça moé-là c'te crisse d'hostie d'cave de ciboire! Check-moé bin. Ga. Toé. Chose.

Les agents correctionnels souhaite qu'il termine son secondaire 5. Cela n'entre pas dans la tête de Johnny Killer-qu'il-est qui s'embrasse les biceps en leur répondant que c'est avec ça qu'il va faire la piastre dans la vie.

La morale de cette histoire? Il n'y en a pas. Comme d'habitude.

jeudi 9 juin 2016

Louis le parasite

La nature humaine est ainsi faite que les apparences sont presque toujours trompeuses.

Rien de mieux que Louis Lavergne pour servir d'exemple.

Louis a une belle voiture, une belle maison, une belle piscine, une femme qu'on ne saurait dire tout à fait jolie et un chien barbette qui jappe tout le temps.

Louis ne rate jamais une occasion pour dire qu'il a réussi dans la vie.

Il tient pour preuve ses acquisitions, dont celles que je viens d'énumérer, auxquelles il ajoute son écran plat de 60 pouces et les deux cents stations de télé qui l'accompagnent.

Louis ne lit jamais. Les liseux, selon lui, n'ont pas d'écrans plats et encore moins de piscines.

Louis a le sens des réalités.

Ce gros gras toujours sur le bord de l'accident cardiovasculaire mange mal, boit trop et ne fait jamais de sport. Il dit que tous les discours sur la santé sont des inventions des porteux de lunettes.

Louis ne porte des lunettes que pour lire et, comme il ne lit jamais, c'est rare qu'il les sort. Il demande plutôt à sa femme de lire les manuels d'instruction des mille et un trucs inutiles qu'il s'achète. Et il mène une très belle vie comme ça. L'an dernier il est allé à la Cuba. Cette année il s'en va à Las Vegas. L'an prochain il passera du bon temps en Floride.

Louis déteste viscéralement les assistés sociaux, qu'ils surnomment les maudits BS sur un ton plus que méprisant.

Il déteste aussi les syndicalistes: tous des lâches qui font fermer les usines.

Louis, vous l'aurez sans doute deviné, vote toujours du bord du patronat pour assurer la pérennité de ce système de marde dans lequel nous vivons trop souvent contre notre gré.

C'est un libéral, fédéraliste sans nulle autre conviction que la défense des iniquités qui lui profitent.

Louis ne donne jamais rien à personne. Tout est compté, mesuré et calculé. Rien ne sort de ses poches sans qu'il n'en retire un quelconque intérêt.

Évidemment, Louis s'arrange pour camoufler ses revenus, pour travailler au noir autant que faire se peut. Il touche toutes formes de subsides de l'État en crachant bêtement sur ceux qu'il considère comme des parasites.

Le gros Lavergne est pourtant un authentique parasite qui fraude le chômage, la CSST, Revenu Québec, Revenu Canada et tout le reste.

Il se croit blanc comme neige et vote pour les plus corrompus d'entre tous les corrompus.

Louis vote pour ces voleurs qui veulent mettre au pas les maudits BS.

Selon sa morale de singe, on devrait évidemment matraquer les manifestants, poivrer les étudiants, saigner les grévistes.

Au fond, Louis Lavergne est une puissante grosse merde comme on en fait beaucoup trop par les temps qui concourent à nous faire détester ce type de crosseur.




mercredi 8 juin 2016

Quand les asperges pourrissent dans les champs

Il m'arrive d'avoir des idées qui ne valent pas grand chose si je me fie à ceux qui savent tout et ne contestent jamais rien.

Le simple fait de remettre en question quoi que ce soit relève presque du crime de lèse-majesté pour ces hordes de larbins qui se sentent forts de leur insignifiance largement partagée.

Comme j'ai un peu l'âme de Don Quichote, je n'ai pas encore baissé les bras devant la connerie abyssale des repus, des bêtas, des lâches, des profiteurs et des peureux.

Évidemment, je n'ai pas toujours raison. Sinon, je serais un robot.

Humain comme je prétends l'être, il me vient toutes sortes de réflexions qui ne seront jamais appliquées. Je me permets de les émettre, comme un message dans une bouteille jetée à la mer des sarcasmes.

J'ai lu hier que des producteurs d'asperges se plaignaient qu'ils leur étaient difficile cette année d'avoir accès à du cheap labour provenant de l'Amérique latine. Par conséquent, leurs asperges pourrissent dans les champs.

On sait que les gens sur l'aide sociale, en plus d'avoir généralement faim, ont le droit de gagner quelque chose comme deux cents dollars par mois sans se faire amputer leur chèque et les misérables droits qui l'accompagnent. Une fortune quand on n'a que le cul et les dents...

En y pensant très fort, tellement que j'ai failli me péter une veine dans le cerveau, je me suis dit qu'il était ridicule de laisser pourrir de la nourriture dans les champs.

Pourrait-on faire une exception pour le travail dit saisonnier, pour l'agriculture en l'occurrence?

Pourrait-on laisser aux assistés sociaux la possibilité de se faire un bon petit coussin pendant un ou deux mois par année sans se faire couper? Pourrait-on leur laisser un petit surplus pour qu'ils se sortent enfin de la misère?

Je me suis dit, fort naïvement, que l'assisté social irait tout naturellement travailler dans les champs si l'on ne multipliait pas les tracasseries administratives pour une job qui n'en est pas tout à fait une puisqu'elle ne dure jamais longtemps.

Il s'en récolterait des asperges en un rien de temps et les surplus d'argent des misérables de souche seraient tout de suite réinvestis dans l'économie d'ici. Ce qui profiterait autant aux capitalistes qu'aux vendeurs de calendriers religieux.

J'aime bien les Latino-américains. Et je veux bien qu'on leur offre du travail. Je trouve cependant un peu mal torché que nous laissions crever de faim nos propres concitoyens sous prétexte qu'on doive les maintenir dans la pire des dépendances économiques.

J'aimerais bien que certains d'entre eux se sortent de la misère et de l'aide sociale. Je le dis par compassion, et non par haine du genre humain à l'instar des animateurs de la radio-poubelle.

S'ils avaient le droit, pendant un seul petit mois, de se faire deux milles dollars sans se faire couper, j'imagine tout aussi stupidement que ces pauvres-là pourraient s'acheter des bottes de travail, un marteau, un vélo et peut-être même des asperges pour se redonner le goût de l'indépendance financière.

Au fond, il y a pire que de laisser pourrir des asperges dans les champs.

Laisser pourrir des êtres humains dans la misère ce n'est guère plus reluisant.


mardi 7 juin 2016

Je publie dans Le Nouvelliste ce matin

Je me demandais naïvement si les Trifluviens avalaient leur dentifrice...

La nature c'est bon pour les pouilleux

Je discute avec presque tout le monde. Il m'est même déjà arrivé de parler avec un politicien. C'était un fédéraliste d'obédience libérale qui avait des vues bien arrêtées sur le progrès. Selon lui, tout passait par le béton et l'asphalte. Si l'on ne voyait pas de grues dans le paysage, c'est qu'il n'y avait plus de progrès. C'était aussi simple que ça.

Je ne partageais pas ses vues sur le progrès. Ce n'est pas que je pense que l'argent pousse dans les arbres. C'est seulement que je les aime bien, moi, les arbres. Je comprenais aussi, avec toute la mauvaise foi qui me caractérise, que ce genre de progrès est générateur d'enveloppes brunes qui viennent garnir subrepticement la caisse électorale de ces bienfaiteurs autoproclamés de l'humanité.

Un autre politicien tout aussi pragmatique de mon coin de pays s'en prenait à des opposants qui souhaitaient recréer un site naturel sur le terrain d'une ancienne usine.

Ce démagogue croyait lui aussi que le progrès passait par le béton. Il a ridiculisé ces doux rêveurs en leur répliquant qu'on ne développe pas une ville seulement avec des tables à pique-nique. Les grues sont arrivées dans le secteur pour élever quelques pyramides de gypse pour la gloire de ce nouveau pharaon. On y a bâti toutes sortes d'infrastructures laides et inutiles. La nature, qui reprenait peu à peu ses droits, a été coupée à blanc. On a ensuite replanté de belles rangées de plantes bien alignées. Bobon et Bobonne ont pu s'y promener avec leur petit chien sans salir leurs souliers vernis.

Rêveur comme je le suis, je préférais les marguerites, les pissenlits, les trèfles et les chardons qui poussaient anarchiquement ça et là.

Je savais qu'il y avait eu de belles plages jadis sous ce béton. Même Jacques Cartier l'avait remarqué, lui qui ne cherchait pourtant que de l'or, comme tout bon conquistador. Une belle forêt de pins s'étendait à perte de vue là où il y avait maintenant une tentative de reproduire un jardin de Versailles pour nous rappeler que nous ne sommes pas des sauvages.

N'allez pas croire que j'aie raison de m'en prendre au béton et à l'asphalte. Tout concourt à me donner tort. Les seuls qui pensent comme moi sont généralement des artistes un peu bohèmes qui tapent sur des tambours et mangent de la luzerne. C'est vous dire comment je ne fais pas du tout sérieux.

Il y a aussi feu mon professeur de philosophie qui pensait un peu comme moi. Cet érudit, membre de la Société royale du Canada, ne coupait jamais son gazon. Il trouvait que la nature était belle telle que Dieu l'avait créée. Ses voisins détestaient qu'il fasse baisser la valeur de leurs propriétés par pure paresse. Il était bien plus moral de raser les hautes herbes pour ensuite épandre de l'insecticide qui s'écoule dans nos rivières via les égouts.

Comme vous pouvez le voir, j'ai eu de très mauvaises influences pour me faire une juste idée du progrès et de la croissance économique.

Oui, il faut être fou pour ne pas voir que l'argent ne pousse pas dans les arbres. L'amour lui-même s'achète. De même qu'une fonction publique. No money, no candy.

Les tables à pique-nique attirent toutes sortes de gens peu recommandables, dont des ivrognes qui y passeraient la nuit si on laissait ces ahuris faire ce qu'ils veulent. La nature c'est le rêve de ceux qui ne se coupent jamais les cheveux et la barbe. C'est bon pour les pouilleux. 









lundi 6 juin 2016

L'odeur du Maure

J'ai tellement écrit de billets sur ce blogue que je m'étonne parfois de trouver des trucs comme celui-ci.

Cela s'intitule L'odeur du Maure.

Je devais être inspiré en tabarnak!

Memories of a Hitchhiker

Un vent chaud et sec soufflait sur la Highway 16, aussi connue sous le nom de Yellowhead Highway.

Je me trouvais en un lieu que je ne réussissais pas à situer sur ma carte routière. J'étais dans l'Ouest canadien et cela me suffisait. L'automobiliste qui m'avait embarqué sur le pouce dut m'abandonner là afin de poursuivre sa route vers une autre direction.

Il devait être autour de midi. Je n'entendais aucun bruit, sinon ceux des criquets qui frottaient leurs ailes l'une contre l'autre dans les champs de blé qui s'étendaient à perte de vue devant moi.

Je me faisais à l'idée que j'attendrais longtemps sur le bord de la route, perdu quelque part entre Lloydminster et North Battleford.

Je me suis donc décidé à marcher avec mon sac à dos pour me délier les jambes. 

Je goûtais à une liberté totale en me promenant d'une ville à l'autre, sans toit ni loi, avec le sentiment de vivre enfin une aventure spirituelle digne de ce nom. Je n'avais rien, mais en même temps j'avais tout. J'avais du temps pour contempler le ciel et la terre. Du temps pour voir cette longue chevelure de blé se faire caresser par le vent. Du temps pour mordiller une brindille tout en méditant.

Au bout d'une heure, je suis tombé sur un petit restaurant perdu au milieu de nulle part. Le seul véhicule qui était stationné devant ce snack-bar était celui de la serveuse des lieux, une fille d'à peu près mon âge qui se demandait d'où je pouvais bien venir avec ce thick french accent que j'avais. J'ai commandé un café et un grilled cheese. Je lui ai expliqué vaguement mon périple sur le pouce de l'Alaska au Yukon, puis de la Colombie-Britannique à l'Alberta. Elle devait trouver que j'étais un drôle d'oiseau. Elle me proposa même une place pour dormir si je souhaitais me reposer. Je déclinai son invitation pour ne pas m'empêtrer dans une histoire qui freinerait ma trajectoire. J'ai rempli mes bouteilles d'eau puis j'ai repris la route après l'avoir payée et remerciée pour tout.

Un agriculteur qui s'en allait lentement sur un tracteur m'embarqua dans la remorque de foin qu'il traînait derrière lui. Il me laissa une dizaine de kilomètres plus loin. Puis ce fût au tour d'un autre fermier de me prendre à bord de son véhicule. J'ai bien dû connaître une dizaine de bons Samaritains au cours de cette journée chaude. J'ai attendu plus d'une heure à chaque fois. Tant et si bien que j'ai dû me résigner à me trouver un campement pour la nuit après avoir bénéficié d'une dernière ride avec un type qui conduisait une voiture de luxe.

Je ne sais pas où j'étais. C'était un parc public loin de tout. Il y avait des chalets vides qui n'étaient pas cadenassés. Personne à plusieurs kilomètres à la ronde. Seulement moi et une pluie fine qui s'est mise à tomber. Au lieu de planter ma tente, je me suis risqué à dormir dans un des chalets abandonnés. Il y avait des mûres, des bleuets et des cerises sauvages tout autour. Je me suis fait cuire du riz. Puis je me suis endormi après avoir fait tremper mes pieds dans l'eau pour guérir mes ampoules.

J'étais seul et ne savais pas où j'étais. C'était, somme toute, le lieu idéal pour me retrouver moi-même et faire le point sur mes plus récentes aventures d'auto-stoppeur. J'ai saisi mon calepin et j'ai écrit quelques trucs que je n'allais probablement jamais relire. J'ai joué un peu d'harmonica. Puis je me suis endormi.





dimanche 5 juin 2016

En jasant su' l'perron


Je viens de terminer une nouvelle toile dès lors disponible pour les amateurs d'art et de bon goût. Cette peinture à l'acrylique s'intitule En jasant su' l'perron. Je ne me suis pas ouvert les veines en la faisant. Cela ne m'a pas valu des nuits d'insomnie et d'angoisse. Cela m'a reposé des obligations de la vie courante. Cela m'aura permis de rêver et, peut-être, d'agrémenter d'un peu de beauté la vie de mon entourage.

C'est une toile d'un format de 18 X 24 pouces. Ne me demandez pas comment ça fait en centimètres. Je me casse suffisamment la tête comme ça.

En jasant su' l'perron, c'est plonger dans l'univers que je côtoie quotidiennement. C'est un aperçu de ma vie de quartier. Et puis, c'est tout.

samedi 4 juin 2016

La beauté sauvera le monde (Dostoïevski)

"La beauté sauvera le monde", écrivait Dostoïevski dans son roman L'idiot.

On m'objectera sûrement que Dostoïevski était un conservateur, un ancien révolutionnaire qui se moquait de ses anciens camarades.

Charles Dickens aussi était conservateur et, malgré cela, il a mieux dénoncé la pauvreté et la misère auxquelles faisaient face ses compatriotes que bien des réformateurs sociaux de salon.

C'est que Dostoïevski, tout comme Dickens, se méfiaient des fanatiques.

Dans Crime et châtiment, Dostoïevski met en scène un idéaliste du nom de Raskolnikov qui souhaite lui aussi entreprendre de grandes rénovations sociales. Dans sa folie, il se dit que si Napoléon n'hésitait pas à faire mourir des milliers d'hommes sur un champ de bataille il ne devait pas hésiter, lui-même, à tuer une vieille dame pour lui voler quelques kopecks.

Raskolnikov la tue et, tout au long du roman, il éprouve son châtiment sous la forme de la mauvaise conscience.

Dostoïevski n'était pas parfait et c'est pourquoi son étude de l'âme humaine touche parfois à la perfection. Tous les personnages de ses romans, les bons comme les mauvais, sont représentatifs d'une partie de lui-même. Il aura été un fanatique, un joueur compulsif, un pêcheur, un vaurien, mais aussi un homme bon, un humaniste et un rêveur.

Quand je jette un regard sur mon monde, je ne peux souvent que constater la profonde originalité du regard qu'il portait sur l'humanité.

Dostoïevski avait la foi. Je ne l'ai pas. Pourtant, en passant par-dessus cette marotte, je ne peux que me sentir en parenté d'esprit avec ce publicain converti en prophète du désert intellectuel de notre temps.

Il y a des tas de Raskolnikov autour de nous qui n'éprouveront jamais de mauvaise conscience pour ces crimes qu'ils croient commettre pour le bien commun.

Et, fort heureusement, il se trouvera aussi dans le monde quelques docteurs Jivago pour réparer ces vies que l'on aura brisés.

J'ai un parti pris évident pour ceux qui soignent les gens au lieu de les blesser.

J'ai un parti pris pour les Walt Whitman qui sont infirmiers à la guerre et poète le reste du temps.

Et, oui, j'entretiens l'innocence de croire que la beauté sauvera le monde.

Cette innocence que m'a inculqué feu Alexis Klimov, mon professeur de philosophie, lui-même grand spécialiste de l'oeuvre de Dostoïevski.




vendredi 3 juin 2016

Avalez-vous votre dentifrice?

Un récent sondage de la firme SOM révèle que 44% des Trifluviens considèrent que l’ajout de fluor dans leur eau potable représente un risque pour la santé.  Par ailleurs, 55% de la population sondée considère que cette mesure a des objectifs cachés qui n’a rien à voir avec la santé publique.

Il y a quelque chose qui me chicote avec cette idée d’ajouter du fluor dans l’eau potable des Trifluviens. Je ne suis pas dentiste et encore moins un soi-disant expert de la santé publique. Par contre, je me brosse les dents avec du dentifrice et me rince la bouche pour recracher le fluorure. J’aimerais que l’on m’explique pourquoi je devrais avaler du fluor. Parce que c’est bon pour les dents des enfants pauvres?

Serait-il possible de distribuer du dentifrice gratuitement à ceux-ci  afin de laisser aux citoyens qui ne veulent pas boire de fluor la possibilité de boire une eau tout simplement potable?

La vitamine C joue un rôle dans la résistance aux infections. Pourtant, il n’a jamais été question d’ajouter du jus d’orange à l’eau des Trifluviens. Doit-on accuser la Direction de la santé publique de manquer d’envergure?

Cela laisse penser que la fluoration de l’eau potable n’est peut-être qu’une façon détournée de recycler un déchet industriel, comme le laissent entendre plusieurs opposants à la fluoration.

Je suis d’autant plus sensible à cette idée que la logique de cette mesure de santé publique m’échappe tout à fait.

Et vous, chers Trifluviens, avalez-vous votre dentifrice?