lundi 23 novembre 2009

La Noël de Leboeuf en 1889



Ça se passait la veille de la Noël de dix huit cent quatre-vingt-neuf, quelque part dans le bas du rang des vieilles filles allongées, entre le rang des grands brûlés et le rang St-Joseph.
Leboeuf, c'était un mécréant, comme de raison, et il ne voulait pas aller à la messe de minuit parce que c'était un gars d'même, un gars qui se moquait du Bon Dieu et qui buvait pas mal en plus.

Ça fait que la Noël arrive. Leboeuf, bien à son affaire, gras dur, prospère sur sa terre de trente arpents, liseur de journaux de Montréal et de gazettes des Vieux Pays, libre-penseur comme il dit pour ne pas dire qu'il était rien qu'un saoulon, Leboeuf, eh bien il avait déjà commencé à y aller pas mal fort sur sa bouteille de gin.

-Hostie que ça fait du ben! qu'il disait la veille de Noël, imaginez-vous don', en buvant du fort. Tabarnak que ça s'prend ben du gin à 'a veille d'la Nouëlle! Pis calice de christ qu'i' s'attendent pas à c'que j'aille me pointer e'l'nez à leu' sacrement d'messe de minuit! Dieu pis Santa Claus qui vient porter des jouets aux enfants, ça fait longtemps qu'j'ai compris qu'c'est des fables calice!

Leboeuf blasphémait, sacrait et buvait comme un animal. Et pendant ce temps, tous les bons chrétiens de Saint-Isidore-des-Lamentations s'en allaient à la bonne vieille messe de minuit pour réciter leurs patenostres et autres fariboles sur des airs d'orgues des temps apocalyptiques. Les anges étaient dans les campagnes. C'était les Grenon qui avaient été retenus pour personnifier toute la bande rassemblée dans la crèche: Marie, Jésus, Joseph et tous les ânes. Hosannah au plus haut des cieux!

Évidemment, Leboeuf était le sujet de conversation de toute la paroisse. Leboeuf ne viendrait pas à la messe de minuit!!!

Pauvre madame Leboeuf! Une femme si pieuse... qui avait enfanté d'un tel impie, trop intelligent, toujours en train de lire à se rendre fou et à se renseigner sur tout, un spécimen d'incrédulité, de scepticisme et d'athéisme déguisé en paganisme!

Et pauvre monsieur Leboeuf! Travaillant comme dix. Jamais un mot plus haut que l'autre. Toujours prêt à réparer le toit du presbytère pour trois fois rien! Et un tel fils... Riche, oui, mais si traître envers Dieu et notre Sainte Mère l'Église!

Oui, le malheur avait frappé la famille Leboeuf. Il avait fallu que ce soit ces bons catholiques romains qui écopent d'un fils tenté par tous les diables qui sacrait comme un déchaîné et disait même que Dieu n'existait pas!

-C'est dans vos têtes hostie! Vous êtes mêlés! qu'il leur disait à tous, tout le temps, n'importe où.

Mais cette veille de la Noël de dix huit cent quatre-vingt-neuf, alors que résonnaient les douze coups de minuits du clocher de la paroisse de Saint-Isidore-des-Lamentations, voilà que se fit entendre de grands coups de cannes à pommeau d'or sur la porte de la demeure du fils mécréant des Leboeuf.

Et vous savez qui c'était, n'est-ce pas? Le Diable lui-même, tiré à quatre épingles comme c'est devenu son habitude. Il s'était parfumé à l'eau de Cologne, le sagouin, et parlait avec un léger accent parisien tout à fait insupportable.

-Monsieur Leboeuf! hurla le Diable. Je suis le Diable! Ouvrez la porte je vous en prie! Je viens vous faire signer un contrat!

Il voulait lui acheter sa terre, le tabarnak. La terre de Leboeuf. À minuit pile, le jour de Noël. On a beau être athée qu'il y a des choses qui ne se font pas.

Leboeuf lui ouvrit la porte et, tout nu sous sa chemise de nuit tachée de vin rouge, il se mit à l'insulter vertement.

-Que tu soyes le Diable ou son beau-frère veux-tu ben m'calisser 'a paix tabarnak? E'j'vendrai pas ma terre hier ou après-demain, pis encore moins à minuit pile e'l'jour d'la Noël! Calice ton camp d'icitte! Crisse-moé la paix!

Le Diable, dépité, rebroussa chemin vers une autre maison où il semblait y avoir plus de gens et plus de lumière aussi. Cette nuit-là, un vieux mourut d'un infarctus dans cette maison et c'est sûrement parce que le Diable y joua quelques airs de violon de son cru, dont sa célèbre gigue du pied cornu.

Pour le reste, Leboeuf s'en tira bien cette fois-ci, comme les années précédentes, comme quoi la chance sourit parfois aux ivrognes en dépit de tous les bons enseignements du catéchisme.

Que voulez-vous! Notre royaume n'est pas toujours de ce monde...

dimanche 22 novembre 2009

DEUX NOUVELLES TOILES

Je vous présente deux tableaux que je viens tout juste de vernir. J'ai pris les photos à l'extérieur et, bien sûr, ce ne sont que des photos. Mes tableaux me semblent avoir des couleurs plus vives que ce que l'on peut voir ici. Illusion d'optique? Pas du tout. C'est vrai!!! Des photos, ça ne reste que des photos... Voilà pourquoi les gens de bon goût et les musées achètent des toiles à un prix hors du commun. C'est de la grosse ouvrage, croyez-moi, bien plus que d'appuyer sur un piton...

Enfin! Assez de jérémiades. Laissez-moi donc vous présenter ces deux tableaux.

D'abord «Un souper entre amis». Format 3 pieds par 3 pieds. Tout à l'acrylique. Avec trois bonnes couches de vernis.
Ensuite, «Un parc en milieu urbain». Format 2 pieds et demi par 4 pieds. Avec trois bonnes couches de vernis aussi.
Trois toiles sont sur le point d'être terminées. Elles devraient figurer ici bientôt. D'autres projets sont aussi en chantier. Je vous en reparle. Etc.






vendredi 20 novembre 2009

Face de rat


Georges Sanschagrin, conseiller municipal et préfet de discipline à ses heures, en avait gros à dire sur la responsabilisation des itinérants, vagabonds et autres va-nu-pieds qui pullulent dans les rues de nos villes.

Les traits de son visage s’ajançaient de manière à rappeler la figure du rat quand il parlait de discipline et de responsabilités, sinon de devoir. Il y avait en Sanschagrin un zeste de Savonarole, sinon d’inspecteur Javert, qui faisait de lui la personne la plus inapte à tenir les rênes du pouvoir. Pourtant, c’est à ce rat que l’autorité avait été confiée et les gus du patelin devaient tout de même faire affaire avec cet escogriffe quand il était temps de débloquer des budgets ou bien de bloquer des rues pour une quelconque activité caritative.

Ce matin-là, Damien Lafortune se tenait devant cette sale tronche de rat pour obtenir de la municipalité l’autorisation de bloquer une rue pendant une journée pour «la kermesse des paumés». C’était pour financer des projets de réinsertion sociale pour des gens tout croches qui mendient généralement sur les trottoirs.
Cheveux longs, l’air vaguement hippy, Damien était un grand gaillard bâti comme une armoire à glace qui chaussait des bottes d’armée et portait un tee-shirt avec un signe de Peace.
Quel supplice c’était que d’avoir à s’expliquer devant le Rat pour ce pauvre Damien, si révolté devant la bêtise et le manque de compassion des types comme Sanschagrin, alias le Rat.

Le Rat était particulièrement volubile ce matin-là, bien enfoncé dans son fauteuil, jouant du crayon comme s’il tenait une trique de SS.

-Vous savez Damien, disait-il sur un ton condescendant, vous savez que les personnes qui vivent dans la rue doivent absolument savoir qu’ils n’ont pas que des droits, mais qu’ils ont aussi des obligations envers la société, donc il faut leur enseigner la discipline et les écarter de la drogue et de l’alcool, les obliger à retourner à l’école ou bien à se trouver du travail au plus vite car… enfin… n’est-ce pas… évidemment... tout à fait... bien sûr... donc... car...

C’est là que Damien avait pété les plombs…

-M’sieur Sanschagrin, tout ce que j’ai à vous répondre c’est…ta-bar-nak! Comment voulez-vous enseigner la discipline à quelqu’un qui fouille dans les poubelles et est en révolte contre la terre entière parce qu’il s’est fait violer par son père, hein? Vous voulez lui enseigner quoi, lui donner quels ordres au juste? Comptez-vous chanceux qu’on soit là pour éteindre les feux, nous les travailleurs de rue et autres bébites sociales… Si nous n’étions pas là pour leur donner un début d’écoute et une poussière d’espoir, ben calice, ils lâcheraient peut-être les poubelles pour aller vous étrangler chez-vous, dans votre maison… Comptez-vous chanceux qu’on soit là, nous les pouilleux de travailleurs de rue qui n’ont pas envie de donner des ordres et d’enseigner la discipline à quelqu’un qui est à terre, au plancher, déconcrissé de la vie… À la guerre, hostie, on ne tire pas sur les ambulances! Ça fait que fermez-la, la calice de rue, pendant une journée pour qu’on s’fasse un peu de cash pour remettre su’ l’piton les trous d’cul que vous voulez pas voir traîner dans votre belle ville à marde!

Sur ces sages paroles, Damien s’était levé et avait crissé son camp.
Sanschagrin, dépité, avait tout de suite songé à un moyen pour que cet impudent perde son emploi. Cependant, avec tous ces gauchistes qui pullulaient dans le milieu communautaire, il s’était ravisé.

-Il faut savoir mener des guerres d’usure… Nous les aurons, ces crottés!

Il se versa un bon verre de gin puis il regarda fixement devant lui, avec ses yeux de rat, sa face de rat et ses cheveux ras.

mercredi 18 novembre 2009

LA BEAUTÉ EST ÉPHÉMÈRE


La beauté est un besoin tout aussi viscéral que le manger et le boire. Évidemment, il n’est pas donné à tout le monde de le comprendre. Ceux qui ont faim et soif finissent généralement par concentrer toutes leurs pensées sur leur estomac. Mais les autres, qui peuvent aussi avoir faim et soif à l’occasion, en viennent tout de même à faire de la beauté un besoin qui touche tout autant aux viscères. « Qui prend aux tripes » comme on dit.

Réjean avait besoin de beauté et le mois de novembre, si triste avec ses arbres dénudés, s’y prêtait tout à fait.

-Ça, j’suis sûr que ça va ramener d’l’espoir dans ‘a maisonnée!

« Ça », c’était une grosse boîte qu’il n’était pas si facile d’embarquer dans la valise du taxi.

-Qu’est-cé « ça »? demanda Francine, la conjointe de Réjean, quand elle le vit sortir du taxi avec sa grosse boîte qu’il peinait à ramener vers le logis.

-Comment ça va mon amour? répondit malicieusement Réjean tout en rentrant la boîte.

-Ça va, ça va… Mais veux-tu bien m’dire qu’est-cé ça c’te grosse boîte-là?

-Ça, bébé, c’est d’la beauté… la magie de Noël!

Et la magie de Noël, c’était une énorme masse de plastique rouge et blanche qu’il suffisait de gonfler pour qu’elle se transforme en superbe décoration de Noël : un bonhomme de neige dans une bulle qui reçoit des morceaux de styromousse en pleine gueule comme s’il neigeait, grâce à un procédé ingénieux qu’il serait fastidieux de vous expliquer ici. Disons seulement qu’on en voit un peu partout de ces grosses boules de Noël et autres bidules gonflables du Temps des Fêtes : Père Noël, Fée des Étoiles, lutins et autres rennes au nez rouge.

-Wow! C’est une grosse boule ça! ajouta Francine quand le bidule fût gonflé et installé sur le perron avant par une belle journée ensoleillée de la mi-novembre.

-Nos voisins vont nous envier! poursuivit Réjean. Regarde comme c’est beau!

En fait, personne ne les envia et presque tout le monde trouva que c’était de mauvais goût. « Ça fait béesse! » prétendirent quelques drôles.

Les jours et les semaines passèrent. Francine et Réjean finirent par se chicaner à propos de la boule géante. Elle avait coûté trop cher pour rien, aux dires de Francine, et tout ce bel argent aurait dû être investi dans la nourriture plutôt que dans la décoration.

-C’est toujours comme ça Réjean! hurla Francine par un jour pluvieux de la mi-décembre. T’achètes toutes sortes de cochonneries pour rien pis après il ne nous reste plus rien à manger! Ça s’mange pas une boule gonflable tabarnak!

-Toé, hurla Réjean, tu penses ben rien qu’à manger! Faut qu’la vie soye belle un peu me semble!

-Tiens! Calice! M’a t’la péter ta bulle! cria de plus belle sa conjointe en plantant une paire de ciseaux dans la toile de plastique, ce qui eut pour effet immédiat de faire fondre le bonhomme de neige artificiel.

-Ah oui? Puisque c’est comme ça, je m’en vais! Je te quitte! cria Réjean, dépité devant tout ça.

Les jours passèrent. Et les camions de déménagement aussi. Tant et si bien que le logement de Francine et Réjean devint complètement vide le 21 décembre, à quelques jours de Noël.

Tout avait été ramassé, sauf la bulle dégonflée, sale et poussiéreuse, qui s’était lamentablement échouée sur le perron parmi d’autres détritus.

La beauté, voyez-vous, est toujours éphémère…

mardi 17 novembre 2009

Y'A DES JOURS DE PLAINE


Mon père m'a souventes fois parlé de Frontenac et Louis Riel quand j'étais jeune. Pour Frontenac, franchement, j'en avais rien à cirer. Qu'il ait ou non parlé par la bouche de ses canons, je m'en tabarnaquais et m'en crisse d'autant plus aujourd'hui.

Par contre, j'ai toujours eu une faiblesse au coeur quand il me parlait de Louis Riel. C'était comme s'il me parlait de Géronimo, Crazy Horse, Red Cloud ou Sitting Bull. Cette histoire était la mienne, bien plus que celle de Frontenac et de ses canons.

Je me suis promené quelques jours au centre-ville de Winnipeg au milieu des années '90 et j'ai été étonné par trois choses: 1) la bière à un dollar vendue aux Sauvages défuntisés des environs de l'Hostel for Men de la Salvation Army, 2) les tas de putes laides, malpropres et décalissées de la vie qui vendaient leur corps pour un paquet de cigarettes ou deux gorgées d'alcool à friction, 3) les graffitis, dont Red Power et Remember Louis Riel, qui me semblaient le seul espoir de ce coin sale et déprimant. Évidemment, je me tenais essentiellement à la bibliothèque de l'université. Et je lisais des trucs sur Antonin Artaud, ce qui n'a rien à voir avec ce dont je viens de vous parler.

Quoi qu'il en soit, Remember Louis Riel.

Il a été pendu le 16 novembre 1885, par John A. MacDonald, un hostie d'ivrogne qui vomissait sur ses discours au Parlement quand il relevait de brosse. C'est à cet excrément de la politique canadienne que l'on doit la pendaison d'un des plus grands héros du Canada moderne, sinon de l'Île de la Tortue.

Cette vieille catin conservatrice ne voulait pas d'un sale métis devant lui pour discuter du budget ou bien des préparatifs du bal en l'honneur d'un quelconque petit monsieur Windsor.

Le Nouveau parti démocratique (NPD) a déposé hier une motion pour reconnaître Louis Riel comme étant l'un des Pères de la Confédération canadienne. Bon, c'est une manière de dire Remember Louis Riel. Qui peut être contre la vertu, hein? D'autant plus à une époque où c'est un métis qui est président des États-Unis et non pas un membre du Ku-Klux-Klan.

Ok pour la statue devant la Chambre des Communes, mais j'aimerais mieux encore que ce soit un gros hostie de totem qu'une face de Louis Riel sculptée par un ancien artiste soviétique à la retraite.
Riel, pour moi, c'est plus que ça. Plus qu'un personnage politique. C'est la voix d'un Indien, du petit-fils de sa grand-mère maternelle Chipewiyan, d'un Sauvage, métissé avec la Marseillaise, qui suit plusieurs fois la voie légale et pacifique en se faisant toujours claquer la porte dans 'a face. Jusqu'à ce tout ce qu'il y avait de sauvage et de français au Manitoba se soulève d'un coup sec pour fonder la République du Manitoba!
Le pendu a eu raison sur ses bourreaux. Leur nom sera sali pour des générations à venir.
***

lundi 16 novembre 2009

QUELQUES TABLEAUX RIEN QUE POUR VOS YEUX

Quelques tableaux rien que pour vos yeux.
Par ordre de présentation:

1) Vieux freak (acrylique, extrait numérisé d'un tableau de format 9 X 18 po., ...le reste rentre pas dans le scanner! )
2) Il fonce dans la neige blanche (acrylique, 10 X 12 po.)
3) Les quatres patineurs (acrylique, 10 X 12 po.)
4) Alors là pour les deux dernières photos j'ai un petit problème... Pas moyen de prendre une photo à l'intérieur. On voit toujours le flash... Faut que j'attende qu'il fasse soleil pour la prendre à la lumière naturelle du jour. Autrement, ça ne vaut pas le cul. La preuve est ici, deux photos intérieures: une avec flash et l'autre sans flash... De la calice de marde! Je vous la remontrerai bientôt. Cela rappelle l'importance de l'oeuvre réelle par rapport à sa reproduction technique qui ne sera jamais que l'équivalent du Cheese Whiz pour un fromage cru de haute gastronomie... (Serais-je en train de me vanter, moé, hein?) Quoi qu'il en soit c'est à l'acrylique et sur un tableau de format trois pieds par trois pieds. Le tableau s'intitule Un souper entre amis. J'ai dû passer des jours et des nuits, rien que pour trouver le titre.





























vendredi 13 novembre 2009

La comète




Une comète allait un jour ou l'autre s'écraser sur la Terre. C'était évident: il n'y avait qu'à regarder les traces laissées par les comètes précédentes sur les cartes géographiques. Prenons seulement le Québec, tiens: c'est plein de cratères! Le Lac St-Jean? Un ancien cratère maintenant rempli d'eau. Idem pour l'étrange demi-cercle dans la Baie d'Hudson. Alors, vous voyez bien qu'une comète s'écrasera un jour ou l'autre, n'est-ce pas? S'il y en a eues c'est qu'il y en aura encore. Et que se passera-t-il cette fois? L'extinction de l'humanité, tiens.

Ces propos formaient le coeur du discours de Matthew Salem, lobbyiste pour la firme d'ingénierie Vulcan, Vulcan qui était aussi le principal contributeur du Parti de la Famille, ignoble parti de la droite puritaine qui se crissait autant de la famille que des comètes. Money talks était leur devise. Et, oui, on fera du cash avec la comète.

Une comète allait bientôt s'écraser sur la Terre et il fallait que le Parti de la Famille investisse de beaux milliards dans un projet insensé: bâtir dans l'espace une immense toile de satellites en mesure d'envoyer des tas de missiles sur la comète avant qu'elle ne vienne tous nous annihiler.

Quelle comète? Ça paraît que vous vivez en ville. Regardez le ciel, rien qu'un peu, et il y'en a plus que vous ne pourrez jamais en compter. Donc, n'importe quelle comète.

Évidemment, des experts en communication de chez Vulcan se chargeaient d'envoyer des tas de communiqués de presse pour vendre l'idée d'une catastrophe imminente si l'on ne créait pas cette toile de satellites bourrés de missiles pour contrer la comète maudite.
Comme c'était des experts, les média du monde entier se relayèrent bientôt l'information. En Chine. Au Burkina Faso. Au Québec.

Et le Parti de la Famille n'allait pas demeurer en reste. Il y avait de l'argent à faire avec ça. Des tas de contrats pour tout le monde, du livreur de pizza jusqu'à l'ingénieur nouvellement diplômé.

À tous les jours, les chaînes de nouvelles en continu en remettaient. La comète allait tout détruire, tout, tout et tout.

Matthew Salem s'en frottait les mains, comme un vulgaire brigand fier de son larcin.

Et le Premier ministre et tous les autres bouffons s'en frottaient les mains aussi.
Même les poètes et les musiciens y trouvaient leur compte. Les voilà qui joignaient leurs voix et leurs coeurs pour combattre la comète.

-Non, non, non nous n'en voulons plus de la comète!
Ça tournait tous les jours à la radio, cette chanson insignifiante. Et les librairies débordaient de récits lyriques et délirants sur l'art de survivre à la comète.

Pendant ce temps, moi, et bien je riais tout seul dans mon coin.
Et je me disais en moi-même que les gens étaient plus bêtes que je ne l'aurais cru.

jeudi 12 novembre 2009

ON S'EN COLISSE


On m'a fait entendre hier une petite chanson produite par des gars de Twois-Wivièwes. Leur toune s'intitule On s'en colisse et c'est signé Sir Pathétik que l'on voit ici, à gauche, sur la photo.

Je ne suis pas amateur de rap, mais compte tenu des circonstances, je dois avouer que cela me rejoint tout à fait. Ce qui fait de cet air anodin, On s'en colisse, un hymne trifluvien.
Je me doute que la plupart des Trifluviens s'en colissent. La politique? Nous autres on s'en colisse. Que t'aie du cash ou des diplômes: nous autres on s'en colisse. Que tu sois bi ou fif ou riche ou pauvre: on s'en colisse!

C'est libérateur, en quelque sorte, de s'en colisser.

La grippe A? On s'en colisse!
L'ADQ, Taillon, Deltel, Caire, Dumont, Ducon-Lajoie? On s'en colisse!

Les Canadiens de Montréal perdent encore? On s'en colisse!

Le taux d'échec aux examens de français est dans l'tapis, au Cégep? On s'en colisse!

L'économie s'écroule? On s'en colisse.

Chu ben avec ma blonde, ma famille, mes amis pis j'trippe pis c'est toutte colisse.

C'que vous en pensez? On s'en colisse!
***
Bravo à Sir Pathétik pis sa gang pour le Félix qu'ils ont remporté au gala de l'Adisq. Vraiment, on s'en colisse!

mercredi 11 novembre 2009

Histoire du gars qui voulait mourir


Laframboise voulait mourir. C'est du moins ce que racontait Cloutier-dit-e'l'clou-à-Cloutier, vendeur de bière à crédit qui comptait sur les premiers du mois pour boucler son budget.

Autrement dit, E'l'clou-à-Cloutier avait un petit dépanneur dans un secteur pauvre et sale du centre-ville et sa clientèle était essentiellement constituée de personnes qui recevaient des prestations de vieillesse ou d'aide sociale.

Et Laframboise, qui ressemblait à un caniche maigrichon avec des yeux de hibou chauve, eh bien c'était comme la médiane de tous les calculs et statistiques qu'E'l'clou-à-Cloutier pouvait faire rouler dans sa tête pour se faire un tableau de sa clientèle-type.

E'l'clou-à-Cloutier ressemblait à mon beau-frère Jumbo, mais comme vous ne connaissez pas Jumbo je vous dirais qu'il aurait pu personnifier Mafalda avec une barbe. C'était un gros et grand gaillard qui vivait grassement sur le crédit des autres. Et gaffe à ceux et celles qui ne le payaient pas! Il se montrait alors intraitable et envoyait ses sbires chez-vous avec des bâtons de baseball aux bouts graissés à la vaseline pour empêcher la victime de retenir les coups.

Évidemment, il en fallait beaucoup avant qu'E'l'clou-à-Cloutier en vienne à cette extrémité. En bas de cinq cents dollars, E'l'clou-à-Cloutier savait se montrer magnanime en limitant sa cote à cinquante pourcent d'intérêt sur tout paiement qui n'était pas effectué dans le délai prescrit. Au-delà de cinq cents, il faisait travailler les trous du cul qui lui devaient de l'argent en les envoyant au front collecter l'argent de la canaille.

Cela dit, Laframboise voulait mourir...

Il s'en tenait toujours à deux caisses de vingt-quatre par semaine, avec deux ou trois paquets de cigarettes plus un pain plus un pot de beurre d'arachide.

Il payait toujours son dû au moment convenu, le premier, quand il recevait son chèque.

Sauf que ce premier-là, sa tante était morte.

Sa tante Imelda. Et il s'était saoulé la gueule tant et tant qu'il avait oublié de payer E'l'clou-à-Cloutier.

Laframboise fût doublement embêté: il n'avait plus d'argent et il n'avait plus rien à boire. Dans un cas comme dans l'autre, il lui fallait absolument aller voir E'l'clou-à-Cloutier.

Évidemment, E'l'clou ne voulut pas rajouter quoi que ce soit sur le compte de Laframboise, déjà passablement élevé.

-J'va's mourir si j'ai rien à boire mon bon m'sieur Cloutier! brailla Laframboise. Pour l'amour du bon Dieu, laissez-moé au moins une caisse avec un paquet de cigarette!

-Non c'est non. J'su's pas l'Armée du Salut calice! rétorqua E'l'clou.

-Une king can, hein? Avec deux, trois cigarettes! S'i'-vous-plaît mon bon monsieur! Ma tante Imelda est morte! J'va's mourir si j'en boés pas au moins une! La vie est trop dure!

-Non c'est non. Es-tu sourd hostie?

-J'va's mourir! Pitié m'sieur Cloutier! Rien qu'une gorgée... une poffe... J'attends l'héritage de ma tante Imelda... A' l'en avait d'coller! J'vas mouriiiiiir!

-Correct! Correct! Maudit braillard! Prends-toé une caisse pis un paquet d'cigarettes, mais oublie-moé pas une autre fois l'premier st-cibouère parce que tu vas avoir mal aux jambes!

-Merci m'sieur Cloutier! Vous êtes un homme bon! Ça en prend des gens comme vous, compréhensifs, attentionnés, dépareillés...

-C'est ça... C'est ça... Prends ta bière pis décrisse!

-Merci! Dieu vous le rendra au centuple!

-Ouin ben rends-moé ça à cinquante pourcent pis j's'rai ben content. Oublie-moé pas là cibouère, ok?


Du coup, Laframboise ne voulait plus mourir...

mardi 10 novembre 2009

Sacré Romuald!


Romuald Lachandelle est un électricien de son métier qui dort dans un garde-robe.

Dans un garde-robe? Oui, dans un garde-robe.

Sa chambre à coucher est remplie de pièces de toutes sortes, manomètres, métronomes, condensateurs, moteurs, gratte-dos, etc.

Ce qui fait qu'il doit dormir dans son garde-robe, heureusement d'une dimension suffisante pour qu'un homme de cinq pieds sept puissent y déplier les jambes tout à son aise.

Cependant, c'est un vieux garde-robe rempli de laine minérale. Ça pique un peu quand il se frotte un peu trop sur les côtés. Ce qui fait que Romuald a cloué un vieux drap pour que ça cesse de lui piquer tout partout sur le corps.

Romuald mange généralement des biscuits aux pépites de chocolat arrosés de bière.

Son passe-temps consiste à démonter des moteurs de scies sauteuses pour en faire des moteurs pour de futurs androïdes qui pourront faire tout ce que vous voudrez, même l'amour ou bien la sauce béchamel.

Hélas, son projet n'avance pas vite, manque de fonds. Ce qui fait que Romuald passe aussi son temps dans le fin fond de son garde-robe à regarder ses petites télés, quatre en tout, qui lui permettent de voir quatre émissions simultanément. Dont des quizz. Romuald raffole des quizz.

Hormis qu'il mesure cinq pieds sept pouces de hauteur, Romuald n'a pas de moustache. Il est imberbe de naissance. Cependant il a un gros sourcil broussailleux qui lui traverse le front. Son sourcil est souvent couvert de pellicules mais pas son front puisqu'il n'a plus un traître cheveu sur le caillou, Romuald. Il a trente-deux ans et trois jours. Eh oui, il a fêté ça en fin de semaine, dans son garde-robe.

Évidemment, Romuald Lachandelle vit seul et ne s'en plaint pas devant les autres. Mais le soir, quand il voit sa chambre, ses murs dégueulasses et sa vie sordide il se dit que ce serait bien un petit peu de féminité.

Alors, pour se consoler, il regarde un petit film érotique et ne se lamente pas longtemps. Ensuite, si la veillée est jeune, il va prendre un café chez McDonald's parce que c'est moins cher et ouvert vingt-quatre heures. Il ne parle à personne. Si la serveuse lui sourit, il rougit. Il lit Le Journal de Montréal, en commençant par la dernière page.

Puis c'est à peu près tout.

À part de ça, il est bien sympa.