samedi 1 avril 2017

Les Québécois sont des pouilleux et des paresseux

Je me rappelle d'un tollé provoqué par un ancien personnage politique du Québec. C'était à propos de la productivité des Québécois. Selon ce triste sire, les Québécois étaient paresseux et ne travaillaient pas suffisamment. Au lieu d'avoir trois emplois et d'économiser le moindre sou, ils menaient la belle vie en se souciant pas des dépenses.

Cet ahuri était du genre à piquer une crise si les domestiques oubliaient de lui servir un verre de lait tiède avec deux biscuits. Ce grand personnage de stature historique travaillait fort de la tête, voyez-vous, mais fort peu des mains. Il disposait de tout son temps pour réfléchir sur la société québécoise et son avenir.

Des gens comme lui sont les meilleurs donneurs de leçons qui soient. Ce n'est pas pour rien qu'ils deviennent ministres et plus encore. Le patronat peut leur faire confiance pour éteindre les demandes irréalistes des travailleurs paresseux qui en veulent toujours plus pour faire toujours moins. Il y a des limites à ne pas exploiter nos ressources humaines et naturelles...

Les travailleurs ne méritent pas de meilleurs traitements. Tu leur donnes un pouce ils vont te prendre deux pieds. Il faut user bien plus du bâton que de la carotte avec eux. C'est à coups de bâtons qu'on fait avancer les ânes, tout le monde sait ça.

Il convient aussi de ne pas laisser aux travailleurs trop de temps libres pour réfléchir. Voilà pourquoi l'âge de la retraite doit être repoussé toujours plus loin, jusqu'à cent ans s'il le faut. Il y a des centenaires qui peuvent très bien vous apporter un verre de lait tiède avec deux biscuits. Il serait fou de s'en priver.

Évidemment, on ne saurait se montrer trop sévère envers ceux qui pensent et réfléchissent. Les pharaons doivent disposer de tout leur temps pour obliger les uns et les autres à se crever pour leurs pyramides. Il leur faut non seulement un verre de lait tiède avec deux biscuits, mais la semaine de douze heures et des six mois sabbatiques pour se requinquer le moral.

On reproche parfois aux entrepreneurs d'être des assistés sociaux de luxe. Les jaloux leur en veulent de savoir quoi faire avec de l'argent. Vous croyez que l'argent n'attire pas l'argent? Il y a un train de vie à assumer pour attirer les bidous. Les pauvres ne comprendront jamais tous ces sacrifices que font les grands gestionnaires pour bien paraître. Ils vont au gym une demie heure par jour. Ils ne boivent qu'un jus d'orange pressé le matin. Ils se font masser même quand ils n'en ont pas nécessairement envie. Et c'est sans compter ces repas au restaurant, ces parties de golf sous la pluie et je ne sais quoi encore.

Les jaloux s'imaginent qu'ils sont des profiteurs, des manipulateurs, voire des bandits à cravates.

Que nenni! Ils sont des grands seigneurs. Un pays sans grands seigneurs paraîtrait aussi mal qu'un pays sans grands artistes. C'est mal comprendre l'humanité que de croire que nous pouvons nous passer d'esprits aussi fins et délicats qui savent se contenter d'un verre de lait tiède avec deux biscuits pour leur collation.

Récemment, on a vu les grands seigneurs de Bombardier se faire octroyer des augmentations de salaire de 48%, ce qui n'était somme toute qu'une reconnaissance des efforts qu'ils déploient pour nous faire bien paraître auprès de la noblesse des pays étrangers. Les paresseux de Québécois se sont mis à hurler à tort et à travers qu'on leur avait donné quelques milliards de dollars d'argent public pour sauver Bombardier de la banqueroute. Tout ce qu'ils ont vu, ces misérables payeurs de taxes qui abusent des soins de santé au moindre petit infarctus, c'est l'arbre qui cache la forêt. Ils ne comprendront jamais, ces rustres sous-éduqués, que c'est avec de l'argent que l'on fait de l'argent. On aurait donné cet argent aux hôpitaux et aux écoles qu'il aurait été engouffré à perte pour produire des patients qui n'en seraient pas moins morts au bout d'une semaine ainsi que des étudiants chômeurs à vie parce qu'ils ne savent pas se donner des formations profitables aux entreprises. Quand on n'a pas les moyens d'avoir de la culture, on se crache dans les mains et on travaille pour des gens qui savent quoi en faire, justement, de la culture.

Aurait-on souhaité que les rois vivent dans des taudis? La vie de château était la consécration du royaume, fusse-t-il loqueteux et endetté. Sans la vie de château, pas de fugues, de menuets, de grands tableaux, de grands poèmes... Les seigneurs connaissent la beauté plus que tous les pouilleux du royaume qui hurlent qu'on les dépouille de tout, ce qui est dans l'ordre naturel des choses. On n'a jamais rien connu d'autres. Les pelleteux de nuages vous feront accroire le contraire mais ne tromperont personne avec leurs arguties. Ils feraient mieux de travailler dur au lieu de semer le désordre dans le royaume.

Finalement, les Québécois devraient avoir honte de s'en prendre ainsi aux seigneurs de Bombardier.

Ils témoignent, hors de tout doute, qu'ils sont de petites gens, sans rêve et sans grandeur d'âme, des paresseux qui ne savent pas faire de sacrifices pour l'élite de la nation...